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Prix du lait

Dialogue de sourds entre producteurs et transformateurs

Alors que la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) considère que les entreprises sont en mesure d’assurer un prix de 340 euros/1 000 litres aux éleveurs d’ici la fin de l’année, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) estime ne pas pouvoir le faire en l’état actuel du marché.
Dialogue de sourds entre producteurs et transformateurs

Un peu plus d'un mois après l'accord du 24 juillet dernier prévoyant une revalorisation des prix du lait de 3 à 4 euros/1 000 litres jusqu'à la fin de l'année, la Fédération nationale des producteurs de lait estime que le compte n'y est pas. « À l'exception de Casino, l'engagement a été plutôt tenu par la grande distribution, mais beaucoup de transformateurs font de la résistance et ne jouent pas le jeu », observe Thierry Roquefeuil, le président de la FNPL. S'il reconnaît les efforts de Sodiaal, d'Alsace Lait, de Triballat, des Maîtres laitiers du Cotentin, de la Laiterie Saint-Père, de Saint-Denis de l'Hôtel, qui ont annoncé une revalorisation du prix du lait à hauteur de 340 euros/1 000 litres sur les livraisons du mois d'août, il pointe le comportement de Savencia (ex-Bongrain), de Lactalis et de Laïta qui n'ont pris aucun engagement en ce sens. Quand d'autres transformateurs comme Danone, Bel ou Sénagral seront environ au niveau d'objectif de 340 euros/1 000 litres. Les producteurs de lait sont d'autant plus en colère que les résultats des entreprises laitières sont en forte hausse au premier semestre 2014. « L'objectif des entreprises est de payer le moins cher possible la matière première », déplore André Bonnard, le secrétaire général, estimant que toutes les entreprises laitières sont en mesure d'accorder 340 euros/1 000 litres d'ici la fin de l'année. « L'engagement sur le prix du lait doit être réaffirmé », insiste pour sa part Thierry Roquefeuil.

Élargir l'accord du 24 juillet

Tel n'est pas l'avis de la Fédération nationale des coopératives laitières. « Il n'y a eu aucun engagement sur un prix plancher, mais une cible à atteindre », juge Dominique Chargé, le président de la FNCL. Et de rappeler que l'accord du 24 juillet dernier ne porte pas sur la totalité des livraisons, mais uniquement sur la revalorisation du lait de consommation, de l'emmental, du beurre et de la crème sous marque de distributeur (MDD) ainsi que sur une stabilisation des tarifs pour les produits de marque des entreprises. « Cela ne concerne que 16 % de la production collectée et transformée », objecte Dominique Chargé, soit une revalorisation moyenne de 3,30 euros/1 000 litres à la production. Et non 30 à 40 euros/1 000 litres que les entreprises ne sont pas en mesure d'assurer, (soit 300 à 400 millions d'euros) compte tenu de la chute des prix du beurre et de la poudre sur le marché mondial, et l'encombrement des marchés internationaux. La progression de l'offre mondiale de l'ordre de 3 % actuellement est nettement supérieure à la demande, à cause de l'essoufflement des achats chinois et de l'embargo russe. Pour le président de la FNCL, des revalorisations supplémentaires aux producteurs supposent un élargissement de l'accord aux produits de marque et à tous les réseaux de distribution, y compris les hard discounters et la restauration hors domicile ainsi qu'un relèvement des seuils d'intervention sur le beurre et la poudre à Bruxelles.

Les voies de sortie de crise

Si producteurs et coopératives ne partagent pas le même positionnement sur le niveau des prix à la production, leurs analyses convergent sur les voies et moyens de sortir de la crise.
Outre le relèvement des prix d'intervention à 270/280 euros/tonne pour limiter la spirale à la baisse, FNPL et FNCL plaident pour une réaffectation au secteur laitier de l'argent du superprélèvement au lieu d'alimenter le budget communautaire. En tout, une enveloppe de 840 millions d'euros qui pourrait revenir aux producteurs sous une forme à définir. Producteurs et coopératives considèrent qu'il faut restaurer la compétitivité de la filière française en allégeant les normes et réglementations excessives qui pénalisent la ferme française et en engageant de vigoureux programmes d'investissement. Quand les entreprises estiment que la filière doit se doter d'outil de gestion de la volatilité comme les marchés à terme et qu'elles insistent sur la nécessité d'améliorer les relations entre transformateurs et distributeurs. Y compris en renforçant les sanctions.