Distillation : les bons chiffres de l’UDM
La campagne 2017-2018 avait été caractérisée par l'exceptionnelle faiblesse de la récolte 2017, et donc des apports enregistrés en distilleries. Mais, à la faveur de cours favorables liés à une pénurie globale, l'UDM (Union des distilleries de la Méditerranée) avait malgré tout tiré son épingle du jeu en enregistrant, lors de cet exercice 2017-2018, son chiffre d'affaires le plus élevé des cinq dernières années.
Les millésimes se suivant sans jamais se ressembler. La récolte 2018 a affiché en France une forte progression (35 %) par rapport à celle de 2017, avec une augmentation marquée de 9 % par rapport à sa moyenne quinquennale. Cette hausse a été grandement ressentie par la Distillerie du Beaujolais, partenaire stratégique depuis plus de dix ans et filiale à 55 % de l'UDM, qui collecte les marcs issus d'une dizaine de départements alentour, jusqu'en Champagne. Au lieu des 50 000 tonnes (t) moyennes, ce sont 80 000 t de marcs qui ont été reçues cette année par la distillerie du Beaujolais au titre de la campagne 2018-2019. « C'est une augmentation de 53 % des apports, qui a dû être gérée par cette seule distillerie. Plus encore que l'année précédente, notre partenariat avec cette structure a permis de la désengorger en alimentant le site de Vallon-Pont-d'Arc qui tourne à plein régime, mais également Vauvert et Olonzac », relate Bruno Guin, qui a pris, en 2019, la présidence de l'UDM en succédant à André Mercier.
« Mais, en Languedoc-Roussillon, qui constitue le premier bassin d'approvisionnement pour l'UDM, la récolte se place dans une valeur similaire à la moyenne quinquennale et la collecte des marcs par l'UDM suit naturellement cette tendance », situe ainsi Daniel Faure, directeur général de l'UDM. Ce sont donc 113 500 tonnes de marcs qui ont été collectées par les cinq sites de l'UDM entre l'Ardèche et la Méditerranée (Vallon-Pont-d'Arc, Vauvert, Lespignan, Olonzac, Saint-André-de-Sangonis).
Le groupe UDM, qui chapeaute l'UDM et sa filiale du Beaujolais, peut donc se targuer d'avoir traité presque 200 000 t de marcs sur cet exercice 2018-2019. De la même façon, la collecte de lies dans le bassin Languedoc-Roussillon s'est située dans la valeur moyenne habituelle. Mais la Distillerie du Beaujolais a atteint des records, si bien que ce sont 400 000 hectolitres (hl) de lies que le groupe UDM, dans son ensemble, a dû traiter lors de cet exercice.
Nouvelle hausse du chiffre d'affaires
Cependant, la flambée des cours de la campagne précédente a fait long feu et le retour à la normale des prix a contraint les dirigeants de l'UDM à adapter leur stratégie pour répondre au réajustement des prix du marché. Le chiffre d'affaires réalisé par l'UDM a donc encore augmenté de 9,7 % pour s'établir à 24,3 millions d'euros (M€). « En amont, la réorganisation et la spécialisation des sites, auxquelles nous procédons depuis plusieurs campagnes, portent leurs fruits dans ce genre de situation exceptionnelle. Et, dans ce contexte de retour des prix à la normale, notre capacité à traiter des volumes importants s'est révélée décisive. De plus, les stratégies commerciales mises en œuvre ont été également payantes », se félicite Bruno Guin.
Développement des alcools carburants
Dans le détail, cette stratégie prend la forme d'une présence sur tous les fronts de l'offre commerciale. Parmi les produits proposés, le biocarburant ED95 (95 % de bioéthanol + 5 % d'un additif non pétrolier) fait partie des débouchés prometteurs. Dans le cadre d'un partenariat avec la société pétrolière Dyneff, l'UDM a produit, lors de la campagne 2018-2019, 50 000 hl d'éthanol destiné à l'élaboration de biocarburants. « Le prix moyen actuel est établi à 62,40 €/hl, alors qu'il tournait plutôt à 38 €/hl il y a six ans. Lors de l'exercice, cette production d'alcools carburants a généré un chiffre d'affaires de 3 M€. Et l'ED95 constitue une piste plus que prometteuse : 2 500 hl ont été écoulés par notre filiale de commercialisation Raisinor lors de cette campagne Mais l'augmentation de la flotte éligible permet déjà d'établir des prévisions à 10 000 hl dès les mois qui viennent », indique ainsi Daniel Faure.
Les alcools de bouche ont, quant à eux, vu leurs cours affectés par la forte récolte mondiale, qui a saturé les marchés. Une baisse de 10 % a été enregistrée sur les prix. « Mais notre production a augmenté de 30 %, à hauteur de 20 000 hl, générant un chiffre d'affaires de 4 M€ en hausse de 17 % », précise Daniel Faure. Le tartrate de calcium, dont le cours avait connu en 2017-2018 une exceptionnelle inflation galopante en raison du retrait de la Chine, a vu, depuis, son prix largement baisser pour se fixer dans la moyenne des années précédentes. Cette situation a fait baisser le chiffre d'affaires de 3 M€ mais n'a pas empêché l'UDM de maintenir la remise de 7 % sur le prix de l'acide tartrique à l'intention de ses adhérents.

Préserver la viticulture pour assurer l'avenir
L'une des satisfactions de l'exercice repose sur la performance industrielle réalisée pour la production de colorants malgré une diminution du niveau global d'anthocyanes sur les raisins. « La refonte du process de production des colorants est passée par un investissement de 500 000,00 € sur le site de Vauvert, amorti en moins d'un an grâce au gain de performance généré. À Vallon-Pont-d'Arc, c'est l'atelier d'extraction des polyphénols qui a été renouvelé », poursuit Daniel Faure. Les prix des colorants liquides ayant été particulièrement soutenus, couplés à des ventes de colorants en poudre qui n'ont pas faibli, la branche des colorants et polyphénols a progressé de 24 %.
Même si, comme le dit bien Bruno Guin, « les excès de la nature ont pu faire craindre le pire pendant cette campagne 2018-2019, les vendanges se sont déroulées sereinement et le niveau de collecte est plus que satisfaisant ». L'équipe de gouvernance de l'UDM garde en ligne de mire sa volonté de rester au plus près de ses adhérents en préservant les intérêts de la viticulture. Au-delà des performances, les enjeux environnementaux sont ainsi largement mis en avant, pour que cette relation de proximité soit doublée d'une avancée constante dans le développement durable.
Olivier Bazalge
Le retour aux adhérents, fer de lance de la stratégie de rémunération de l’UDM
Sur les 32 900 hl de MCR (moût concentré rectifié) produits par l’UDM, deux tiers sont vendus directement grâce aux contrats vendanges. Ces contrats ont été mis en place pour permettre aux adhérents de sécuriser leurs approvisionnements en MCR et acide tartrique au moment charnière des vendanges, et bénéficier de tarifs préférentiels sur ces produits. Mais, outre ces avantages, la redistribution de rémunérations aux adhérents a encore augmenté lors de l’exercice 2018-2019, en s’élevant à 3,55 M€ grâce, entre autres, au versement de primes qualité pour la septième année consécutive.