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Blocage des sites pétroliers

Distorsions de concurrence : les agriculteurs ont fait bloc

A Feyzin puis à Portes-lès-Valence, une centaine d'adhérents de la FDSEA et de JA de la Drôme se sont mobilisés pour dénoncer les distorsions de concurrence et exprimer leur exaspération face à des décisions politiques jugées « incohérentes ». Les blocages ont pris fin dans la journée du 13 juin.
Distorsions de concurrence : les agriculteurs ont fait bloc

Depuis la nuit du 10 au 11 juin, à l'appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA), plusieurs milliers d'agriculteurs ont bloqué, partout en France, des dépôts de carburants et des raffineries. Dans notre région, une centaine d'adhérents de la FDSEA et de JA de la Drôme se sont rendus, avec d'autres départements, sur le site de la raffinerie de Feyzin (lire page précédente). Et lundi en fin de journée, une cinquantaine de manifestants drômois ont aussi bloqué et occupé le dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Six bennes contenant du fumier, des pneus et gravats ont été déversées aux abords du site, empêchant tout accès aux camions citernes. L'occupation du site s'est poursuivie mardi, avec des renforts venus de l'Ardèche. « Malgré la météo et les travaux sur nos exploitations, nous sommes déterminés et notre réseau syndical a su montrer sa force en bloquant ce site par surprise en moins de trois heures, a fait remarquer Grégory Chardon, président de la FDSEA de la Drôme. C'est une mise en garde adressée au gouvernement. » Son homologue de l'Ardèche, Benoît Claret, ajoute : « Avec le renforcement de la pression, cette mobilisation est une belle réussite. Et si nous n'obtenons pas du gouvernement les réponses attendues, nous continuerons les blocages, de suite ou plus tard. »

Incohérences, contresens

Lundi en fin de journée, une cinquantaine de manifestants ont bloqué et occupé le dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Six bennes contenant du fumier, des pneus et gravats ont été déversées aux abords du site, empêchant tout accès aux camions citernes. Lundi en fin de journée, une cinquantaine de manifestants ont bloqué et occupé le dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Six bennes contenant du fumier, des pneus et gravats ont été déversées aux abords du site, empêchant tout accès aux camions citernes. Par roulement, les manifestants drômois et ardéchois ont bloqué nuit et jour les accès au dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Mardi à midi, lors d'une conférence de presse à laquelle été invités les parlementaires, on notait la présence de l'attachée parlementaire du sénateur Gilbert Bouchet.
© journal L'Agriculture Drômoise

Les deux syndicats dénoncent « l'incohérence du gouvernement français entre les discours tenus par le chef de l'Etat et les politiques mises en œuvre ». Les critiques portent en premier lieu sur les accords commerciaux internationaux. « Après le Ceta(1), la France va signer les accords Mercosur(2) laissant entrer sur le marché français des milliers de tonnes de viande, de volailles, de sucre produits dans des conditions inimaginables en Europe. C'est un contresens alors que l'on nous demande, en France, de produire de la qualité, de monter en gamme », fustigent les responsables syndicaux.
Autre source de mécontentement, le projet de loi Alimentation et Agriculture censé encadrer les relations commerciales entre agriculteurs et acheteurs. « Un projet de loi si frileux qu'il fait sourire la grande distribution », pointe Grégory Chardon. « Même si nous avons pu faire évoluer le texte, la version actuelle est insuffisante pour construire des prix en marche avant, c'est-à-dire rémunérateurs pour les producteurs, ajoute Benoît Claret. Ce sont pourtant des éléments déterminants pour la survie de nos exploitations. » Les syndicats comptent désormais sur les sénateurs pour faire évoluer le projet de loi.

Des charges en plus

Par roulement, les manifestants drômois et ardéchois ont bloqué nuit et jour les accès au dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Mardi à midi, lors d'une conférence de presse à laquelle été invités les parlementaires, on notait la présence de l'attachée parlementaire du sénateur Gilbert Bouchet.
© journal L'Agriculture Drômoise Par roulement, les manifestants drômois et ardéchois ont bloqué nuit et jour les accès au dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Mardi à midi, lors d'une conférence de presse à laquelle été invités les parlementaires, on notait la présence de l'attachée parlementaire du sénateur Gilbert Bouchet.
© journal L'Agriculture Drômoise Lundi en fin de journée, une cinquantaine de manifestants ont bloqué et occupé le dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Six bennes contenant du fumier, des pneus et gravats ont été déversées aux abords du site, empêchant tout accès aux camions citernes. Par roulement, les manifestants drômois et ardéchois ont bloqué nuit et jour les accès au dépôt pétrolier de Portes-lès-Valence. Mardi à midi, lors d'une conférence de presse à laquelle été invités les parlementaires, on notait la présence de l'attachée parlementaire du sénateur Gilbert Bouchet.
© journal L'Agriculture Drômoise

Les responsables syndicaux dénoncent aussi la révision de la carte des zones défavorisées, jugée « sans cohérence, abandonnant des territoires accidentés ou peu fertiles ». Idem avec le plan loup qu'ils jugent contraire aux objectifs de préservation du pastoralisme.
Un autre sujet de colère concerne la main-d'œuvre alors que le gouvernement, après avoir supprimé le CICE, projette de mettre fin à l'exonération de charges sociales pour les travailleurs occasionnels (dispositif TO/DE). « Pour les employeurs agricoles, cela représenterait un surcoût d'environ 200 euros par salarié saisonnier à temps plein, et même jusqu'à 500 euros en cas d'heures supplémentaires, s'inquiète Grégory Chardon. Ces allègements de charges sont indispensables pour rester compétitifs car le coût du travail saisonnier en France est bien plus élevé que chez la plupart de nos voisins européens ».
L'ensemble des barrages a été levé dans la journée du 13 juin, après la réunion entre les organisations syndicales (FNSEA et JA) et le ministre de l'Agriculture. Selon les deux syndicats, des avancées ont été obtenues.

Christophe Ledoux

(1) Ceta : accord commercial entre l'Union européenne et le Canada.
(2) Mercosur : communauté économique qui regroupe plusieurs pays de l'Amérique du Sud.

 

Point de vue /
« Une forte mobilisation qui n'est pas un hasard »

Présente sur le site de Portes-lès-Valence, la présidente de la chambre d'agriculture de la Drôme, Anne-Claire Vial, estime que « la forte mobilisation en Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas le fruit du hasard ». Selon elle, « notre région a développé de multiples signes de qualité, avec des cahiers des charges et des normes élevés. Ce qui rend d'autant plus inacceptables les accords commerciaux tels que le Ceta qui ouvrent grand la porte aux importations de matières agricoles produites avec des substances interdites en France. Rien que dans le cadre du Ceta, nous en avons comptabilisé 46 ! ».
Par ailleurs, elle estime que « le monde agricole souffre d'une forme de mépris de la part des élites politiques, et ce sur tous les dossiers. » Prenant l'exemple des zones défavorisées, « comment se fait-il que l'Etat soit incapable d'expliquer les critères utilisés pour déterminer qui entrent et qui sort du zonage ? », interroge-t-elle. Et d'ajouter : « Certes, il n'y a pas d'élection cette année. Mais pour les prochaines échéances, cette attitude de mépris est très dangereuse, en particulier pour défendre des positions pro-européennes. »