Du nouveau à la tête des établissements Chabert
Rémy Rozeron ne pensait point y faire carrière, loin de là. Le 2 juin 2013, lorsqu'il fut embauché à la maison Chabert, implantée à Marches, il avait prévenu ses employeurs : il n'était que de passage. Et franchement, il pensait d'ailleurs qu'il partirait avant le départ à la retraite de Jean-Louis Chabert. Le travail lui plaisait, là n'était pas la question. « L'activité est très diversifiée, il faut être polyvalent. Il y a là une vraie richesse qu'on ne peut pas avoir dans toutes les exploitations agricoles. On peut très bien livrer un restaurant étoilé le matin et être dans le fumier l'après-midi », explique Rémy Rozeron. Mais le jeune homme cherchait à s'installer. Un peu plus de deux ans après son recrutement, il quitte la casquette de salarié pour celle de patron. Car, depuis septembre dernier, c'est bien lui qui tient les rênes de l'entreprise. Jean-Louis Chabert lui a en effet cédé l'élevage de pigeons ainsi que l'atelier de transformation. Le fondateur de la société a cependant conservé ses terres ainsi que l'activité céréalière.
De longues démarches
La transmission est une étape importante dans la vie d'une exploitation. Et lorsque les enfants ne veulent pas prendre la relève, mieux vaut anticiper. C'est dans ce contexte que Jean-Louis Chabert a proposé à Rémy Rozeron de reprendre l'affaire. Et celui-ci a volontiers accepté. « Je me sentais bien ici. Je connaissais la structure, ce qui est rassurant. Je n'avais jamais eu une opportunité avant celle-ci. J'ai voulu la saisir », explique-t-il. Le premier rendez-vous avec la chambre d'agriculture de la Drôme s'est ainsi déroulé en août 2014. Près d'un an aura été nécessaire, avant de voir l'ensemble des démarches aboutir. Les rendez-vous ont été réguliers, une étude de faisabilité effectuée. « Il fallait aussi démarcher les banques et les délais d'attente peuvent parfois être longs », note Rémy Rozeron. Si le jeune exploitant n'a pas pu prétendre à une dotation jeune agriculteur (DJA), il a en revanche pu bénéficier d'un prêt à taux zéro avec le réseau Initiative. La vente fut ainsi actée fin août 2015. Rémy Rozeron a racheté le cheptel, l'abattoir, la conserverie. Il est aussi en charge de la commercialisation. Les bâtiments sont loués à Jean-Louis Chabert.
Une solution qui satisfait aujourd'hui pleinement le cédant. Car c'est lui qui a lancé cette activité en 1981. En 34 ans, il a ainsi voulu aller toujours de l'avant, prenant peu de jours de repos, désireux de faire prospérer son entreprise. Jean-Louis Chabert sait ainsi que Rémy Rozeron assurera une certaine continuité. « Cela va rester une petite structure. Elle ne va pas être absorbée par un grand groupe. Oui, j'ai été approché. Mais les méthodes sont différentes. Pendant deux à trois ans, le site reste, puis ils partent et le personnel est ensuite licencié », indique l'ancien dirigeant. A 58 ans, il aurait toutefois pu continuer à travailler et était ouvert à bon nombre de propositions. Rémy Rozeron lui semblait en tout cas être la meilleure. « J'ai choisi d'anticiper, tout en me donnant du temps si nécessaire. L'idée, c'est de ne pas se trouver au moment de la retraite à se dire : Et maintenant, qu'est-ce je fais ? », poursuit-il.

Une référence pour les restaurateurs locaux
« J'ai mis 15 jours à ne plus inscrire mes heures à la fin de chaque journée », sourit Rémy Rozeron. Mais désormais, le jeune chef d'entreprise a bien réalisé et bouillonne de nombreuses idées. L'objectif est bien entendu de maintenir l'activité. Qui, de plus, s'avère intense, les fêtes de fin d'année approchant à grands pas. Les établissements Chabert approvisionnent des hypermarchés, des magasins de producteurs ainsi que les commerces de proximité. Les différents produits sont également vendus directement à la ferme et auprès de restaurants, notamment étoilés, qui font figurer les pigeonneaux drômois à leur carte. « Je reprends un buldozer qui avance », indique Rémy Rozeron.
Mais des projets sont d'ores et déjà dans les cartons, tels que de participer à nouveau à l'événement "De Ferme en ferme", organisé chaque année au printemps. Les établissements Chabert y avaient pris part pendant 18 ans. Ils ne figuraient toutefois plus sur le parcours ces dernières années. La gamme de produits pourrait également évoluer. Car, outre la rôtie de pigeons, d'autres produits – qui se marient avec les produits transformés – sont aussi proposés, comme du foie gras de canard, ainsi que des rillettes de canard et de lapin. Rémy Rozeron pourrait également évoluer vers la prestation de services. D'éventuels clients ont par le passé montré leur intérêt pour la conserverie et notamment l'autoclave, dont est équipée l'exploitation. Cette offre supplémentaire permettrait ainsi d'amortir la structure. En attendant la mise en place de ces nouveaux chantiers, Rémy Rozeron peut compter sur le soutien continu de Christine Chabert. Elle travaillait auparavant en tant que salariée avec son mari. Elle est, depuis le mois d'août, salariée à temps complet de Rémy Rozeron. Elle était prête à partir si besoin, même si elle n'avait pas encore l'âge de la retaite. Mais elle a eu l'opportunité de rester. Et, pour le jeune homme, la reprise n'aurait de toute façon pas pu se faire sans elle. « Travailler dans une exploitation et la gérer sont deux choses différentes. Son expérience nous permet de gagner du temps. Elle nous aide dans la résolution de difficultés. Avec elle, certaines décisions se prennent en cinq minutes. Si j'étais seul, cela prendrait plus de temps. C'est un appui important », réagit Rémy Rozeron. Le travail ne manque en tout cas point. Audrey, la compagne de Rémy, a pour le moment gardé un emploi à l'extérieur afin d'assurer un revenu au foyer. Mais, à terme, elle aussi compte rejoindre la structure.
Chiffres clés
Effectif : 6 salariés, 3 ETP.
22 000 pigeonneaux commercialisés par an.
600 m2 de bâtiments d'élevage.
200 m2 d'atelier de transformation.