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Maïs

Ensiler ou pas ses maïs ? Telle est la question

Après les fortes chaleurs de juin, 2015 sera également exceptionnel pour son déficit d’eau. L'état des maïs est souvent très hétérogène d'une région à l'autre, d'une parcelle à l'autre, et au sein d'une même parcelle. Certains agriculteurs se posent la question de savoir s’il faut ensiler le maïs touché par la sécheresse. Les conseils d’Arvalis-Institut du végétal.

Ensiler ou pas ses maïs ? Telle est la question

Soumis depuis plusieurs semaines à un déficit hydrique prononcé, l'appareil végétatif des maïs se dessèche précocement... Dans certaines parcelles, on peut observer différentes zones en partant de plantes en conditions normales de végétation jusqu'à des zones où les plantes sont quasi intégralement sèches sur pieds. Contrairement à 2003, les stress hydriques et thermiques de 2015 arrivent de manière plus précoce et la question est d'abord de savoir si la plante a ou aura suffisamment de réserves pour produire un épi avec des grains viables. La décision d'ensiler doit se réfléchir en fonction de plusieurs paramètres. Dans les parcelles où les plantes sont totalement desséchées, même un retour rapide des pluies ne permettra pas de rattraper en termes de rendement et de valeurs alimentaires. A contrario, dans les zones encore vertes et sous réserves de ressources hydriques suffisantes, le rendement peut encore croître. Rappelons qu'en conditions normales de végétation, le rendement double entre le stade « floraison » et « 32 % MS plante entière ». Il y a donc plusieurs situations observables dans les parcelles.

Une visite de la parcelle est indispensable au diagnostic

Première situation : toutes les feuilles au-dessus de 15 cm du sol sont vertes, quelques feuilles sont enroulées sur elles-mêmes en pleine journée. L'émission des feuilles est fortement ralentie mais si le stress n'est pas trop sévère et si le retour des pluies ne tarde pas trop, le développement pourrait reprendre. Il est trop tôt pour ensiler. La teneur en MS plante entière est d'environ 18 %.

Deuxième situation : seules quelques feuilles du pied de la plante ont une teinte gris-marron. Toutes les feuilles sont enroulées et ont une teinte « vert grisé ». L'émission de nouvelles feuilles est bloquée. Sauf exception et selon les stades, le maïs peut repartir si les pluies reviennent. Toutefois la taille des plantes sera très réduite. Après floraison, il est nécessaire de diagnostiquer le niveau de fécondation des épis. Ce dernier dépend également des températures. Il est encore trop tôt pour ensiler. La teneur en MS de la plante est aux alentours de 22 %.
Troisième situation : Plus de 30 % des feuilles sont de couleur marron. Les dernières feuilles émises prennent une teinte marron à leur extrémité et blanchissent. Même à des stades précoces (avant floraison), le rendement est affecté. L'émission de nouvelles feuilles est très ralentie voire bloquée. Dans les cas les plus sévères, l'émission de pollen peut avoir lieu directement dans le cornet. Dans ces situations, un retour rapide des pluies fera reverdir en partie la culture mais la floraison et développement de l'épi seront aléatoires. La teneur en MS de ces plantes est d'environ 30 %. Il faut envisager d'ensiler.
Quatrième situation : Près de 90 % des feuilles sont de couleur marron clair gris blanc. La croissance est complètement stoppée. Seules la base des dernières feuilles et la tige sont encore vertes. Quel que soit le stade, le rendement et la valeur alimentaire ne s'amélioreront pas. La plante doit être récoltée sans plus attendre.

La décision d'ensiler s'avère plus délicate pour les parcelles comportant des zones sèches et des zones toujours vertes. Dans ces situations, c'est finalement le ratio entre la surface desséchée (dont le rendement n'augmentera pas) et la surface encore verte (dont on peut encore attendre quelque chose) qui doit guider la décision. La connaissance des potentiels de vos parcelles est primordiale !
Concernant les épis, la situation est aussi très hétérogène. Beaucoup de parcelles n'ont pas ou peu d'épis, même avec un développement végétatif proche de la normale. Le niveau de remplissage des épis est très variable, des avortements importants ont pu avoir lieu, le nombre de grains par m² est très variable. Au sein d'une même parcelle, il peut y avoir une grande hétérogénéité. Il reste encore quelques parcelles qui ont encore du potentiel. Le devenir des grains qualité du remplissage et des plantes -dessèchement du feuillage dépend de la situation d'aujourd'hui et des conditions climatiques des jours à venir. Mais les prévisions ne sont guère favorables...

Anthony Uijttewaal, Thibaut Ray
Arvalis-Institut du végétal

 

Acheter du maïs à récolter sur pied
Le coût de production d’un hectare de maïs, estimé à 10 tonnes de MS, est de 800 € HT  (références CA71-2014).  Ce prix peut varier selon la qualité de la fécondation et du remplissage des grains. Le vendeur peut aussi se baser sur le prix estimé de vente du grain. Par exemple : 60 quintaux à 150 euros soit 900 euros. Attention à la spéculation, la négociation doit se faire sur des données objectives… (Sources A.Blondel-Ain Conseil élevage)

 

Valeurs alimentaires : la valeur alimentaire d’un maïs fourrage ne contenant pas ou peu d’amidon réside intégralement dans la digestibilité de l’appareil végétatif (tiges + feuilles). Malheureusement, en France, il n’existe pas de références sur ce type de fourrage. Des études sont en cours afin d’apporter des réponses.
Pour des maïs ayant souffert de la sécheresse, des références américaines font état de valeurs énergétiques proches de la normale (85 à 100 %), sans pour autant qu’il soit possible de positionner ces résultats par rapport à la situation française 2015. À noter que les teneurs en protéines sont généralement plus élevées pour des maïs ayant souffert de la sécheresse (l’effet de dilution dans la plante n’a pas eu lieu).
Pour s’adapter aux différentes situations, il est utile de confectionner un échantillon le jour du chantier en prélevant quelques poignées de fourrage de chaque benne pour être représentatif du silo. Durant toute la durée du chantier, ces différentes poignées seront placées dans un récipient à l’abri du soleil (et de la pluie) et si possible au frais (glacière). À la fin du chantier, mélangez le contenu du récipient et remplissez un sac plastique de 1 à 1,5 l en prenant soin de chasser l’air. Jusqu’à l’envoi au laboratoire, l’échantillon sera placé au congélateur. L’envoi de l’échantillon se fera en congelé. Si possible, évitez les envois en fin de semaine pour permettre le traitement immédiat par le laboratoire. 

 

En pratique / Pour des maïs n’ayant pas encore développé d’épi, ou pour les plantes ayant des épis dont la viabilité des ovules est remise en cause, les méthodes classiques d’estimation du rendement en maïs fourrage ne sont pas valables.

Estimer le rendement de ses parcelles

A titre indicatif, pour des niveaux de peuplement correct
(> 65 000) et pour des stades compris entre 10 feuilles et floraison femelle, le rendement est compris :
- entre 2 et 4,5 t MS pour des maïs mesurant 1 m à 1,5 m ;
- entre 3,5 et 7 t MS pour des maïs mesurant 1,5 m à 2 m.
Pour tenir compte de la diversité des situations, voici quelques éléments pour affiner l’estimation de rendement.
Il faut avant tout se placer dans une zone représentative et homogène de la parcelle (peuplement, taille, stade de développement).
Objectif : estimer le rendement à partir d’une placette d’une surface de
8 m².
L’estimation de rendement se fera par prélèvements de plantes sur une surface de 8 m². Il est plus commode de convertir cette surface en longueur de prélèvements à effectuer sur un rang. Attention, cette longueur est dépendante de l’inter-rang.
Sur la portion de rang délimitée, couper toutes les plantes à 15 cm du sol (hauteur de coupe lors de l’ensilage). Puis, selon les équipements disponibles, plusieurs possibilités :
- prenez un big bag ou autre sac de grande contenance (faire la tare), puis remplissez-le avec les plantes prélevées. Relevez le poids de matière fraiche (MF). Il faut maintenant multiplier ce poids par la teneur en matière sèche du fourrage sur pieds.
- si vous disposez d’un équipement de séchage (étuve ventilée), prenez aléatoirement 10 pieds parmi l’ensemble de ceux coupés. Après avoir pesé le poids frais de ces 10 pieds, faites les sécher dans des contenants adéquats (sacs perforés, paniers métalliques) à 105 °C durant au moins 24h. Le ratio de poids (poids sec/poids frais) donnera accès à la teneur en MS des plantes, permettant ainsi d’affiner l’estimation de rendement. En cas de fortes chaleurs, la teneur en MS peut varier de quelques points entre le matin et le soir.
Si vous ne disposez pas d’équipement de séchage, l’estimation du taux de MS du maïs, bien qu’imprécise, peut se faire sur pieds de manière visuelle.
Poids matière fraiche (en kg) x teneur en MS ( [estimée ou mesurée] x 1 250 = rendement (kg MS/ha)

Répétez cette opération autant de fois que nécessaire afin de couvrir l’ensemble des situations voulues