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Expérimentation

Evaluer l'acceptabilité agricole des composts du Sytrad

Pour évaluer « l'acceptabilité agricole » des composts issus de déchets ménagers, le Sytrad et les chambres d'agriculture de Drôme et d'Ardèche viennent de signer une convention d'expérimentation.
Evaluer l'acceptabilité agricole des composts du Sytrad

Quelque 32 000 tonnes de composts sortent annuellement des trois centres de valorisation organique du Sytrad(1), situés à Etoile-sur-Rhône, Saint-Barthélmy-de-Vals et Beauregard-Baret. Il y a là de quoi fournir à l'agriculture une partie de ses besoins en fertilisants. Encore faut-il que cette ressource, issue de déchets ménagers, soit sans danger sur les plans agronomique, biologique et pédologique. Une expérimentation conduite de 2007 à 2011, sur la ferme expérimentale d'Etoile-sur-Rhône, avait conclu que le compost livré alors comportait beaucoup trop d'« inertes » (morceaux de plastique et de verre). Le produit, qui provenait des Côtes-d'Armor, était obtenu selon un process identique à celui des futurs centres de valorisation organique de la Drôme. Depuis, après moult péripéties, les sites du Sytrad sont entrés en fonctionnement et des améliorations au procédé de fabrication des composts ont été apportés.

Un compost de deuxième génération

Les conditions étant réunies pour expérimenter ce compost de « deuxième génération », les chambres d'agriculture de Drôme, d'Ardèche et le Sytrad ont donc signé, le 1er juillet, une convention d'une durée de deux ans. Des tests en arboriculture seront menés sur la ferme expérimentale d'Etoile-sur-Rhône et en grandes cultures à La Voulte-sur-Rhône sur une parcelle appartenant à un agriculteur (voir ci-dessous). Cette démarche permettra de disposer de premiers éléments pour définir éventuellement un protocole d'expérimentation sur une phase plus longue. En parallèle, la chambre d'agriculture de la Drôme effectuera à titre expérimental des suivis d'épandages des composts au cours de cet été.« Nous ne sommes absolument pas préoccupés par les inertes de verre et de plastique car cela peut se régler, a déclaré Serge Blache, président du Sytrad et de la FNCC(2). Ce qui pourrait poser problème, ce sont les métaux lourds s'il y en a dans les déchets entrants. Mais je suis confiant car 36 collectivités en France ont fait ce choix de process. » Avant la signature de la convention, il s'est dit « heureux » de pouvoir à nouveau travailler avec le monde agricole.

« Nous avons bon espoir »

Sur cette parcelle de jeunes pêchers de la Sefra, 38 tonnes de compost ont été apportées à la plantation.

Au nom de la présidente de la chambre d'agriculture de la Drôme, Bruno Darnaud, président de la Sefra, a rappelé qu'après la première expérimentation des recommandations avaient été faites pour améliorer la qualité des composts (aération, incorporation de déchets verts...). « Aujourd'hui, il y a encore des réserves mais nous avons bon espoir, a-t-il indiqué. Ce qui nous intéresse, c'est de tester "l'acceptabilité agricole" selon des critères précis, notamment agronomiques et techniques ».
Jean-Luc Flaugère, président de la chambre d'agriculture de l'Ardèche, a également insisté sur la nécessité de ne pas entraver la qualité des sols et des produits agricoles. « Deux ans d'expérimentation pourraient ne pas suffire », a-t-il prévenu. Par ailleurs, il a mis l'accent sur le service rendu par les agriculteurs pour permettre aux collectivités de trouver un débouché à certains déchets.

Christophe Ledoux

(1) Sytrad : syndicat de traitement des déchets Ardèche Drôme.
(2) FNCC : fédération nationale des collectivités de compostage.

 

Protocole d'expérimentation / Plusieurs essais, sur pêchers et abricotiers d'une part, sur maïs fourrage d'autre part, sont en cours.

Les composts testés en arboriculture et maïs fourrage

A la station expérimentale fruits de Rhône-Alpes (Sefra), les composts provenant des trois sites du Sytrad sont testés sur pêchers plantés en 2015 (variété Pamela) et abricotiers plantés en 2007 (variété Bergeval). Les essais sont menés selon quatre modalités : témoins sans apport ; avec apport de fumier ; avec compost Sytrad du site d'Etoile-sur-Rhône ; avec compost Sytrad du site de Saint-Barthélmy-de-Vals. Livrés en mars, les composts ont été enfouis de suite à raison de 38 tonnes par hectare pour les pêchers (apport à la plantation) et de 10 t/ha pour les abricotiers (apport d'entretien). « Les itinéraires techniques des cultures sont classiques, explique Baptiste Labeyrie, responsable scientifique de la Sefra. Pour évaluer la qualité des composts, des analyses de sol (CEC*, pH, éléments minéraux et organiques), de fruits (traces métalliques, fermeté, taux de sucre...) et plus globalement de récolte (poids par arbre...) seront effectuées. » La vigueur des arbres sera également appréciée en mesurant la circonférence des troncs. Chacun s'accorde à estimer qu'il faudra au moins cinq ans pour tirer des conclusions solides.
Sur ces abricotiers, le compost a été apporté en mars à raison de 10 tonnes par hectare (apport d'entretien).
Des écarts de production
Un autre essai se déroule sur une parcelle de maïs fourrage (4,5 ha) à La Voulte-sur-Rhône, cultivée par un agriculteur ayant son élevage laitier à une quinzaine de kilomètres. « Comme cet éloignement empêche l'éleveur d'importer son fumier, explique Emmanuel Forel, conseiller en agronomie et fourrage à la chambre d'agriculture de l'Ardèche, nous lui avons proposé d'entrer dans l'expérimentation sur les composts ». Sur 1 000 mètres carrés, huit modalités sont testées. La première consiste à utiliser le compost du Sytrad d'Etoile-sur-Rhône à raison de 20 t/ha. Dans la seconde, est ajouté un apport d'engrais minéral. Les mêmes essais sont réalisés avec du compost provenant cette fois du Sytrad de Beauregard-Baret. Dans les cinquième et sixième modalités, sont utilisés exclusivement des déchets verts broyés à raison de 15 t/ha, avec ou sans apport d'engrais minéral. Enfin, deux témoins, avec engrais minéral pour l'un et sans fertilisation pour l'autre, ont été mis en place. « Les premières observations visuelles montrent un écart de production entre les deux composts testés, indique Emmanuel Forel. Mais c'est entre la modalité "compost seul" et "compost plus engrais minéral" (où la pousse est plus forte) que l'écart est le plus important. »
Si les composts s'avèrent acceptables d'un point de vue agricole, des « fiches conseils » seront produites afin d'apporter les informations nécessaires pour utiliser ces produits dans les meilleures conditions agronomiques, réglementaires et commerciales. Il s'agira de garantir à l'utilisateur final une acceptabilité optimale.
C. Ledoux
* CEC : capacité d'échange cationique.

 

Expérimentation des composts /
Des critères d'évaluation précis

Les composts du Sytrad sont produits selon une norme jugée insuffisante par la profession agricole, d'où les tests actuellement en cours.

L' « acceptabilité agricole » des composts est évaluée sur la base de critères bien précis tels que l'intérêt agronomique (pouvoir fertilisant, pouvoir structurant, influence sur le pH du sol) et l'innocuité (vis-à-vis de la culture, des sols, de la récolte). De plus, seront analysés les enjeux commerciaux (pour la vente des produits agricoles), les aspects sociétaux (dégagement d'odeurs lors des épandages, image de l'exploitant) et l'acceptabilité technique (contraintes d'utilisation dans le contexte réglementaire auquel sont soumis les exploitants agricoles notamment au niveau du stockage en bout de champ).
Du côté du Sytrad, « nos composts sont produits dans le cadre de la norme NFU 44-051 », indique Mathieu Buffet, en charge du suivi des centres de valorisation organiques (CVO) du Sytrad. Un cadre normatif que la profession agricole juge insuffisant. D'où l'expérimentation engagée (lire ci-XXXXX). A noter, d'ores et déjà « une quarantaine d'agriculteurs utilisent les composts du Sytrad, principalement en grandes cultures céréalières, ajoute Mathieu Buffet. Ils sont vendus en moyenne dix euros la tonne, livrés bout de champ. »