Flavescence dorée : le point sur les connaissances
D'après Sylvie Malembic-Maher, chercheur à l'Inra, les origines et le cycle écologique de la flavescence dorée sont aujourd'hui mieux connus. « L'origine probable des populations européennes est américaine, prouvant là que la cicadelle Scaphoideus titanus a une très grande capacité de migration, avec en particulier un transport des œufs par le commerce du bois. Mais ce sont bien les plantes sauvages européennes - clématite et aulne - qui sont le réservoir originel des populations de
S. titanus arrivées d'Amérique du Nord. Aujourd'hui en Europe, nos populations sont homogènes au niveau génétique, avec une faible diversité », souligne Sylvie Malembic-Maher, chercheur à l'UMR Biologie du fruit et pathologie : la souche FD1 est minoritaire en France (15 % des cas) mais plus présente dans le Sud-Ouest. La souche FD2, largement distribuée, représente 85 % des cas. Sa caractéristique ? Une propagation rapide et sur une longue distance. Enfin, la souche FD3 est restreinte à l'Italie et au pays de l'Est. Dans le Vaucluse, on trouve uniquement la souche FD2. « Elle se dissémine par des plants contaminés puis se diffuse au niveau local par la cicadelle », précise la scientifique.
Par contre, des zones à risque ont été identifiées : « Les vignes ensauvagées sont d'importants réservoirs épidémiques abritant de fortes populations de S. Titanus capables de migrer vers le vignoble. Et le risque est grand de les voir recontaminer des vignobles assainis ».

Des cépages qui réagissent différement
Les travaux sur l'étude des populations de S. titanus ont déjà livré quelques secrets : ainsi, « plus l'hiver est froid, plus les éclosions des œufs sont synchrones, et moins les stades se chevauchent », détaille la spécialiste de l'Inra. Autre information notable : les températures hivernales sont un signal utilisé par la plante et l'insecte permettant une bonne synchronisation du débourrement des bourgeons et des éclosions.
On sait aussi que les cépages réagissent différemment en présence de cicadelles : cot, merlot et syrah sont donnés peu sensibles, à l'inverse du chardonnay, du grenache blanc, du grenache, du sauvignon ou de l'ugni blanc par exemple. Tandis que cabernet franc, carignan, cinsault, mourvèdre, muscat blanc ou pinot noir sont connus pour être sensibles. « Pour les porte-greffes, on note peu d'expression de symptômes (retards végétatifs, défauts de lignification) voire pas d'expression du tout. Mais on sait également qu'ils peuvent être porteurs de phytoplasme », rappelle-t-elle.
C'est pourquoi les études aujourd'hui visent à mieux caractériser les différences de sensibilité en termes de quantité et de diffusion des bactéries dans les plantes, mais aussi de mieux évaluer l'impact sur la propagation de la maladie par le vecteur. Des essais d'inoculation du phytoplasme FD menés en serre de haut confinement sont réalisés sur les cépages les plus cultivés, des porte-greffes hybrides et des Vitis sp. provenant d'Asie et d'Amérique. « Nous observons les symptômes et quantifions les phytoplasmes présents, avec comme témoin référent le cabernet sauvignon. »
Ces travaux ont d'ores et déjà permis d'établir une hiérarchisation de sensibilité (voir graphique). D'une part, des essais de propagation menés dans des vignobles à encépagement mixte ont montré « que plus les phytoplasmes sont concentrés dans les ceps, plus le taux d'insectes infectieux est important ». D'autre part, la propagation de la maladie se fait plus rapidement sur les cépages sensibles que sur les moins sensibles.
Sources : « Flavescence dorée de la vigne, recherches menées par l'Inra et pistes pour le futur », par Sylvie Malembic-Maher, chercheur à l'UMR Biologie du fruit et pathologie. 17èmes Rencontres rhodaniennes, Orange, avril 2015.
Perspectives de lutte
L’Inra travaille sur diverses pistes destinées à perturber le vecteur et réduire le développement de la flavescence dorée dans le vignoble français.
La première piste porte sur la recherche de molécules répulsives et (ou) perturbatrices du comportement d’alimentation (kaolin, huile de neem, 20-hydroecdisone, polyphénols de raisin). « Nous avons constaté que le kaolin avait un effet répulsif », notait le 2 avril dernier Sylvie Malembic-Maher, chercheur à l’UMR biologie du fruit et pathologie, à l’occasion des 17èmes Rencontres rhodaniennes à Orange.
Seconde piste, la confusion sexuelle a montré des résultats encourageants. Un test d’efficacité à grande échelle est en cours. « L’objectif est de perturber l’accouplement par émission de vibrations parasites, les adultes communiquant par vibrations », expliquait la scientifique.
La troisième voie consiste à exploiter des sources de résistance présentes chez la vigne : identifier des cépages et porte-greffes (PG) peu attractifs pour l’insecte et (ou) qui multiplient peu le phytoplasme ; tester des assemblages entre cépages et PG les moins sensibles ; tester l’effet des PG les moins sensibles sur les cépages sensibles ; caractériser les mécanismes et les bases génétiques de la résistance pour l’amélioration variétale.
Enfin, il s’agit également d’exploiter ces sources de résistance en testant l’effet de stimulateurs des défenses naturelles (SDN) biotiques ou abiotiques sur la vigne, tout en étudiant les mécanismes du rétablissement.
« Il faut bien être conscient que ces futurs outils ne seront que des compléments à ceux existant, et que l’ensemble de ces stratégies sont complémentaires les unes des autres. En aucun cas elles ne pourront remplacer la lutte actuelle », concluait Sylvie Malembic-Maher.