Future Pac : à la recherche d'un " diagnostic partagé "
Première étape des discussions cogérées par le ministère de l'Agriculture et Régions de France : l'élaboration d'un « diagnostic partagé » sur le plan stratégique national de la future Pac entre tous les acteurs. Et il y en a pléthore, car Didier Guillaume a voulu une concertation « la plus ouverte possible », associant organisations professionnelles, salariés du secteur, industriels de l'agroalimentaire et société civile. Le 10 octobre, lors d'une réunion élargie du Conseil supérieur d'orientation agricole (CSO), le ministère a présenté son projet de diagnostic. Il sera amendé pour parvenir à un état des lieux final, présenté en décembre. Dans l'ensemble, les syndicats agricoles saluent un travail complet qui pose un regard objectif sur la situation agricole française et sur les travers des précédentes Pac. « Il y a un aspect un peu trop dogmatique, regrette toutefois Henri Brichart, vice-président de la FNSEA. On y parle beaucoup de montée en gamme, mais la France perd des parts de marché en entrée et en milieu de gamme. Ce sont des segments qui vont profiter à nos concurrents européens. » Dans son projet, le ministère suggère de « renforcer l'ancrage alimentaire de la Pac », notamment en prenant en compte « les impacts sur les enjeux sociétaux dans la définition des aides (exemples : impact nutritionnel, précarité alimentaire) ». Lors de la réunion du 10 octobre, Jeunes agriculteurs a, de son côté, insisté sur l'installation et sur la gestion des risques. « La gestion des risques devient essentielle pour les exploitations, car les risques se multiplient. Pour nous, c'est un point important à développer dans le PSN », indique JA. Si la justesse du diagnostic semble faire l'unanimité, les pistes proposées par le ministère sont accueillies avec beaucoup moins d'enthousiasme. « Pour la Pac post-2020, nos maîtres mots sont compétitivité, résilience et durabilité », indique Henri Brichart. Jeunes agriculteurs veut, lui, porter « une ambition forte sur les aides contracycliques », à la manière du Farm bill américain. Le syndicat jeune veut aussi obtenir un ciblage des aides vers les actifs agricoles, et non à la surface comme aujourd'hui. « On veut se séparer du système de paiement à l'hectare, explique Julien Caillard, membre du bureau national de JA. Distribuer des aides à l'hectare ou à la tête de bétail, ce n'est pas une stratégie. Nous voulons financer autre chose, comme la structuration des filières et la gestion des risques. » Sans oublier les effets pervers des aides découplées, qui « font augmenter le prix du foncier », rappelle Julien Caillard. Une évolution que reconnaît le projet de diagnostic du ministère : « Les aides directes se capitalisent au moins en partie dans le prix des terres, avec un effet net incertain sur les revenus. »
« Les portes sont encore toutes ouvertes »
Cette clé de répartition (à l'hectare, ou à l'actif) apparaît comme la principale divergence entre JA et la FNSEA. Mais l'impact de ce débat devrait être limité, d'abord parce qu'avant de répartir les aides à l'actif, il faut commencer par définir cette notion. C'est la demande qu'a faite Bruxelles à tous les États membres. « Même dans notre réseau, le débat n'est pas encore tranché sur la définition de l'actif », précise Julien Caillard. Et surtout, aujourd'hui, « il n'existe pas d'outil dans la Pac pour distribuer les aides à l'actif, précise ce céréalier bourguignon. On ne peut que tordre les outils actuels. »
Trois réunions de concertation sont prévues entre octobre et novembre (en format CSO élargi), avant la présentation du diagnostic final en décembre. Henri Brichart, de la FNSEA, affiche un optimisme prudent sur la teneur des débats. « Le 10 octobre, je n'ai pas senti les ONG dans l'opposition systématique, remarque-t-il. Tout le monde est conscient des enjeux de double performance économique et environnementale. »
Y. G.
Diagnostic / Concentration des exploitations, impact limité sur la préservation de l’environnement, effets « ambivalents » sur l’emploi... Dans son rapport qui sert de base au plan stratégique national de la future Pac, le ministère pointe certains travers des aides européennes.