Gilbert Bouchet, sénateur de la Drôme et ancien maire de Tain-l’Hermitage, est décédé
Figure bien connue de la vie publique drômoise, Gilbert Bouchet s’est éteint lundi 20 octobre à l’âge de 78 ans. Ancien maire de Tain-l’Hermitage et sénateur Les Républicains depuis 2014, il s’était récemment illustré par son combat courageux contre la maladie de Charcot, qu’il avait choisie d’affronter publiquement.
Le sénateur de la Drôme Gilbert Bouchet est décédé le lundi 20 octobre 2025 à l’âge de 78 ans, a annoncé la municipalité de Tain-l’Hermitage. Il souffrait de la sclérose latérale amyotrophique (maladie de Charcot), détectée en 2023 et dont il avait fait publiquement part.
Né le 8 janvier 1947, Gilbert Bouchet laisse le souvenir d’un élu de terrain. Professionnel de l’hôtellerie, il avait repris l’établissement familial à Tain-l’Hermitage, qu’il a dirigé pendant vingt-cinq ans. En 1972, il avait créé le premier syndicat d’initiative de Tain-l’Hermitage, avant de présider le syndicat des hôteliers de la Drôme.
Attiré par la politique, il avait entamé une longue carrière qui l’a conduit d’abord au conseil général (de 1992 à 2015), puis à la mairie de Tain-l’Hermitage de 1995 à 2017. Élu sénateur le 28 septembre 2014 puis réélu en 2020, il siégeait au Palais du Luxembourg au sein du groupe Les Républicains. Au Sénat, il avait notamment été membre de commissions et s’était investi dans les dossiers touchant les collectivités territoriales et la vie des territoires. Gilbert Bouchet avait aussi été secrétaire général de l’Association des maires de la Drôme pendant plus de quinze ans.
Pluie d'hommages
Depuis l’annonce de sa maladie, Gilbert Bouchet avait pris un rôle public dans la défense d’une meilleure prise en charge des malades atteints de la maladie de Charcot. Affaibli mais présent, il avait porté une proposition de loi et sensibilisé ses collègues et l’opinion sur la réalité de la maladie. Son engagement sur ce sujet avait suscité l’émotion dans les rangs parlementaires et bien au-delà.
Dès l'annonce de son décès, beaucoup d’élus locaux et nationaux ont rendu hommage à une figure décrite comme engagée et fidèle à son territoire. La ville de Tain-l’Hermitage et son maire Xavier Angelli ont salué « la mémoire d’un homme qui aura profondément marqué son histoire ». Pour Nicolas Daragon, maire de Valence et président de l'AMF 26, Gilbert Bouchet « s'imposa comme une figure respectée et profondément aimée de la vie locale. J’ai toujours admiré la belle manière avec laquelle il portait haut les couleurs de sa commune et de son canton, avec cette simplicité et cette chaleur humaine qui faisaient tout son charme. »
« La Drôme perd aujourd’hui un ardent défenseur de notre territoire, une grande figure politique, mais aussi un homme profondément humain au caractère affirmé et à la personnalité attachante, a déclaré Marie-Pierre Mouton, présidente du conseil départemental de la Drôme. Tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer gardent de lui le souvenir d’un homme de convictions et de proximité. »
Rappelant que Gilbert Bouchet était chevalier de la Légion d’honneur, chevalier des Palmes académiques et Officier du Mérite agricole, Marie-Aimée Gaspari, préfète de la Drôme, a évoqué « la perte de l’un de ses grands serviteurs » de la Drôme.
Bien d'autres élus drômois lui ont rendu hommage. À l'échelle nationale, Gérard Larcher, président du Sénat, Bruno Retailleau, ex-ministre de l'Intérieur ou encore Laurent Wauquiez, député, ont salué sa mémoire.
Christophe Ledoux
Gilbert Bouchet, un défenseur de l'agriculture
Avant et pendant toute sa carrière politique, Gilbert Bouchet est resté proche du monde agricole.
De la création du Salon des vins à la promotion de la mythique Nationale 7, Gilbert Bouchet a beaucoup œuvré pour promouvoir les produits locaux. En 1984, alors président du syndicat d'initiative de Tain-l'Hermitage, il crée avec Jacky Léchenard ce qui deviendra le Salon des vins de Tain, au pied de la colline de l'Hermitage, colline classée au patrimoine national depuis 2013 notamment grâce à son action. « Nous avons œuvré pour que ce salon soit à la fois une manifestation de découverte des vins de notre région, de promotion touristique et de retombées économiques locales », faisait remarquer Gilbert Bouchet, alors sénateur, lors des quarante ans de cet événement, en février 2024.
« Gilbert Bouchet était un fervent défenseur de notre viticulture et de notre territoire, confie Pierre Combat, ancien président de l'AOP Crozes-Hermitage. C'était un homme de grande conviction et la viticulture était pour lui une priorité. Chaque fois qu'il le pouvait, il promouvait l'appellation Crozes-Hermitage auprès des personnalités qu'il rencontrait. » De plus, face aux difficultés des arboriculteurs de loger les saisonniers, « il avait fait venir le ministre de l'Agriculture de l'époque, Philippe Vasseur, pour une rencontre avec les JA du canton de Tain. Cela avait abouti à la possibilité de les loger sous tente, dispositif exceptionnel encore en vigueur aujourd'hui sur notre secteur », se rémémore-t-il.
Récemment, en octobre 2020, il avait aussi échangé avec les responsables du syndicat des vignerons de la Drôme des collines à propos de leur dossier pour passer d'IGP à AOP.
FCO-8, TODE, loup...
Plus largement, Gilbert Bouchet s'est montré ardent défenseur de l'agriculture dans son ensemble. En 2024, alors que l'épizootie de FCO-8 faisait des ravages dans les élevages de notre région, il avait écrit à la ministre de l'Agriculture afin d'obtenir un plan de soutien et une absence de pénalité sur le versement des aides de la PAC en 2025 et 2026.
Gilbert Bouchet s'était aussi mobilisé pour la pérénnisation du dispositif de réduction des charges sociales sur les travailleurs occasionnels (TODE) et son amélioration, ce qui avait abouti à une décision du Sénat pour une exonération totale jusqu'à 1,25 Smic.
Les dégâts du loup faisaient aussi partie de ses préoccupations. Le 28 juin 2018, il avait organisé une rencontre avec notamment la participation de l'eurodéputé Michel Dantin. « La matinée s'était déroulée sur l'exploitation d'Alain Baudouin, à Combovin, se rappelle Jean-Pierre Royannez, président de la Chambre d'agriculture de la Drôme. Depuis 2005 comme président de la FDSEA puis de la Chambre d'agriculture, j'ai toujours vu Gilbert Bouchet présent à nos côtés pour comprendre et défendre nos positions. Il a fait son travail d'élu proche du terrain jusqu'au bout, même lorsqu'il était gravement malade. C'était un homme remarquable. »
Ch. Ledoux
Loi G. Bouchet: son dernier combat pour les malades
Gilbert Bouchet a porté la loi visant à une amélioration de la prise en charge de la maladie de Charcot, dont il était lui-même atteint. Lors de son intervention au Sénat, à l’automne 2024, il avait profondément marqué les parlementaires. « Je suis très fier de porter cette loi », avait-il déclaré, saluant une « avancée majeure » pour soulager le quotidien des 6 000 personnes atteintes de cette terrible maladie en France et leurs aidants.
Adoptée à l’unanimité au Sénat puis à l’Assemblée nationale, la loi Gilbert Bouchet a mis fin à une injustice : auparavant, seuls les patients atteints de maladies évolutives graves avant l’âge de 60 ans avaient droit à une compensation financière.
Marie-Pierre Mouton, nouvelle sénatrice ?
La disparition du sénateur LR Gilbert Bouchet laisse un fauteuil vide. Lors de sa réélection au Sénat en 2020, le parlementaire était à la tête d’une liste composée, dans l’ordre, de Marie-Pierre Mouton (LR), présidente du conseil départemental, Claude Aurias (UDI), maire de Loriol-sur-Drôme, Odile Tacussel (DVD), maire de Mévouillon, et Nicolas Daragon (LR), maire de Valence. Marie-Pierre Mouton étant seconde sur la liste, c'est elle qui est largement pressentie pour remplacer Gilbert Bouchet au Sénat, pour au moins une année et avant les prochaines élections sénatoriales fixées en septembre 2026.
Dans ce cas, du fait de la loi sur le non-cumul des mandats, Marie-Pierre Mouton ne pourrait plus être la présidente du conseil départemental de la Drôme. Son premier vice-président, Franck Soulignac (LR), semble le mieux placé pour lui succéder, à la condition de recueillir une majorité de suffrages de l'assemblée départementale.
C.L.