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Phytosanitaire

Glyphosate : « Nous demandons à la France de soutenir l'extension de l'autorisation » (FNSEA)

Le 6 juin, le vote sur la proposition de ré-autorisation du glyphosate pour 18 mois n'a pas pu réunir la majorité qualifiée nécessaire auprès des Etats membres. Eric Thirouin, président de la Commission environnement de la FNSEA, dénonce les conséquences de cette décision pour les agriculteurs.
Glyphosate : « Nous demandons à la France de soutenir l'extension de l'autorisation » (FNSEA)

Comment vivez-vous la décision des Etats membres qui viennent de refuser l'extension de 18 mois de l'autorisation du glyphosate ?

Eric Thirouin : "Je suis scandalisé. Le vote du 6 juin, s'il n'est pas contredit, conduira à l'interdiction du glyphosate sous six mois dans toute l'Europe, mettant en grande difficulté tous les secteurs de l'agriculture, les grandes cultures bien sûr, mais aussi les cultures spécialisées et le monde animal. A la FNSEA, nous attachons une grande importance à l'évaluation du risque sur la santé tant des utilisateurs que des citoyens et respectons les avis des agences de sécurité sanitaire. Or, sur le glyphosate, la très grande majorité des agences, qu'elles soient allemande, française, européenne ou même internationale, ont conclu à l'improbabilité de son caractère « cancérogène ». Comment alors accepter que nos politiques, qui ont commandé aux agences scientifiques ces rapports complets, s'assoient dessus ! Ils ne prennent même pas leurs responsabilités quand la Commission met sur la table une ultime position pragmatique, entre principe de précaution et principe de réalisme économique. Et notre ministre de l'Agriculture, qui affirmait la semaine passée que la France voterait pour, se serait-il une nouvelle fois effacé devant la ministre de l'Environnement ?"

 

Quelles sont les suites possibles ?

E.T. : "Un vote de la dernière chance en appel devrait intervenir au niveau européen d'ici une quinzaine de jours. Nous demandons à la France de soutenir l'extension de l'autorisation et de porter cette position auprès des autres Etats Membres de l'Union. En effet, notre Gouvernement ne peut continuer à défendre le non labour, le stockage du carbone dans le sol – avec le slogan du 4/1000 cher à notre ministre de l'Agriculture - ou encore le développement des couverts végétaux qui impliquent une utilisation de glyphosate et amener en même temps les agriculteurs dans le mur en l'interdisant. La crise est là, la barque est pleine. L'agriculture française ne peut plus supporter l'inconstance des politiques, qui gouvernent par la peur et non par la science et l'agronomie."

 

Pas de majorité qualifiée des Etats membres pour la prolongation de l’autorisation du glyphosate 

Le vote de la prolongation de 18 mois de l’autorisation du glyphosate, le 6 juin, n’a pas réuni de majorité qualifiée. Vingt Etats membres se sont prononcés pour, plusieurs Etats membres, dont la France, l’Allemagne et l’Italie ont préféré s’abstenir, conduisant de facto, au rejet de l’extension. Or, si la Commission européenne ne parvient pas à ré-autoriser le glyphosate avant le 30 juin, il sera interdit et les agriculteurs disposeront de six mois pour écouler leurs stocks. Cette décision s’inscrit dans le processus classique de renouvellement des substances actives, conduit au moins une fois tous les dix pour prendre en compte les dernières données en termes de sécurité pour les Hommes, les animaux et l'environnement. Suite au rapport favorable de l’agence européenne (EFSA), la Commission Européenne a d’abord proposé aux Etats Membres un renouvellement pour quinze ans, puis pour neuf ans, propositions repoussées faute de majorité qualifiée. La France s’y est, à chaque fois, opposée au motif qu’une instance de l’OMS (le CIRC) avait classé le glyphosate – comme le café – en « cancérogène probable », s’asseyant par là même sur l’avis de l’EFSA, mais aussi de l’agence française (ANSES). Le vote du 6 juin concernait la dernière proposition, a minima (ré-autorisation pour 18 mois).