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Société

Neuf idées pour se déconnecter sans frustration

 On scrolle pour se détendre, on ressort souvent plus fatigué. Le scrolling infini grignote le temps et l’attention, sans jamais vraiment satisfaire. Et si on remplaçait ce réflexe par des alternatives simples, accessibles et bien plus nourrissantes ? Mode d’emploi pour poser le téléphone… sans frustration. 

Neuf idées pour se déconnecter sans frustration
© Viktor - stock.adobe.com
Selon Santé publique France, les enfants de 6 à 17 ans passeraient en moyenne 4h11 par jour sur un écran.

On ne décide presque jamais de scroller (faire défiler à l’infini son écran de téléphone sur les réseaux sociaux). Un moment de creux, une notification, une fatigue diffuse, et le téléphone apparaît comme la solution la plus simple, la plus immédiate. Quelques minutes plus tard, on repose l’écran avec cette impression étrange d’avoir été occupé… sans avoir vraiment rien fait. Le scrolling infini promet une pause, mais offre surtout une saturation : trop d’images, trop d’infos, trop de vies croisées sans jamais s’y attarder.
Le problème n’est pas tant le smartphone que l’absence d’alternatives évidentes. Quand le cerveau réclame du repos ou de la stimulation légère, les réseaux ont gagné par forfait. Pourtant, il existe d’autres manières - bien plus satisfaisantes - de remplir ces interstices du quotidien. Pas des solutions miracles, ni des routines parfaites. Juste des options. Des choix. Des respirations.
1. Lire quelques pages, sans pression
La lecture souffre d’une réputation injuste : celle d’une activité exigeante, longue, presque élitiste. En réalité, lire cinq pages suffit à faire basculer l’attention dans un autre tempo. Une BD, un recueil de nouvelles, un magazine papier oublié sur la table basse : peu importe le format. Ce qui compte, c’est la continuité. Là où les réseaux fragmentent, le texte déroule. Et surtout, il s’arrête. Une page se tourne, un article se termine. Une satisfaction simple, mais devenue rare.
2. Écouter un podcast comme on choisirait un programme
Le podcast peut être un refuge… ou un bruit de fond de plus. Tout dépend de la manière dont on le consomme. Choisir un épisode précis, sur un sujet qui intrigue vraiment, et l’écouter du début à la fin change radicalement l’expérience. Le cerveau aime les récits structurés, les voix posées, les idées développées. C’est une pause active, stimulante, bien différente du zapping compulsif imposé par les algorithmes.
3. Écrire pour soi, sans objectif
Écrire n’est pas forcément produire. Ce peut être déposer trois phrases dans un carnet, une note sur le téléphone, une liste de pensées en vrac. Ce geste simple permet de sortir ce qui tourne en boucle dans la tête. L’écriture agit comme un sas de décompression mentale : elle ralentit, ordonne, clarifie. Et surtout, elle n’attend aucun retour, aucun like, aucune validation extérieure.
4. Remettre le corps en mouvement, doucement
Scroller, c’est être immobile, parfois pendant des heures. À l’inverse, quelques minutes de mouvement suffisent souvent à casser l’envie de replonger dans l’écran. Marcher, s’étirer, changer de pièce, ouvrir une fenêtre. Pas besoin de performance ni de tenue de sport. Le simple fait de remettre le corps en action relance l’attention et apaise la fatigue cognitive accumulée.
5. Faire quelque chose de manuel
Cuisiner un peu, bricoler, réparer un objet, arroser les plantes. Les activités manuelles ont un effet presque thérapeutique. Elles mobilisent les mains, concentrent l’esprit et offrent une récompense tangible. Contrairement aux réseaux, où la gratification est abstraite et différée, ici le résultat est visible, immédiat. Quelque chose avance, se transforme, se termine.
6. Observer, sans chercher à capturer
Regarder par la fenêtre, observer les passants, écouter les sons d’un lieu. Sans photo. Sans story. Sans archive. Cette attention brute, non médiatisée, est devenue rare. Elle peut même sembler inconfortable au début. Pourtant, elle reconnecte à l’instant présent et apaise profondément. Le monde n’a pas besoin d’être documenté pour être vécu.
7. Nourrir sa curiosité par petites doses choisies
Une œuvre d’art par jour, un fait historique, une explication scientifique courte. La culture n’a pas besoin d’être dense pour être enrichissante. 
À l’inverse du flux anxiogène des réseaux, ces micro-apprentissages nourrissent sans agresser. Ils stimulent la curiosité, donnent envie d’aller plus loin - ou pas. 
8. Jouer à un jeu qui a une fin
Mots croisés, puzzle, sudoku, jeu de cartes. Les jeux “finis” offrent une chose essentielle : la clôture. Un début, un milieu, une fin. Le cerveau adore ça. Là où le scroll entretient une frustration permanente, le jeu propose un objectif clair et une satisfaction nette. Même modeste, elle est réelle.
9. S’autoriser à ne rien faire
C’est sans doute l’option la plus radicale  et la plus difficile. Ne rien faire, vraiment. Regarder le plafond, laisser l’esprit vagabonder, s’ennuyer. L’ennui a été diabolisé, alors qu’il est un espace essentiel de récupération mentale et de créativité. À force de le fuir, on perd la capacité à penser librement. Le scroll comble le vide ; l’ennui, lui, crée de la place.

Reprendre la main sur son attention

Il ne s’agit pas de bannir les réseaux sociaux ni de se lancer dans une détox numérique punitive. L’enjeu est plus subtil et plus durable : transformer un réflexe en choix. Se demander, avant d’ouvrir une application : ai-je vraiment envie de ça, maintenant ? Parfois, la réponse sera oui. Et c’est très bien. Mais de plus en plus souvent, on découvrira qu’une autre option - plus lente, plus simple, plus incarnée - fait infiniment plus de bien. Déconnecter, aujourd’hui, ce n’est pas disparaître. C’est reprendre possession de son temps, minute après minute. 
ABP

Comment arrêter de scroller (vraiment)

Désactiver les notifications, déplacer ses applis, prévoir des alternatives concrètes : arrêter de scroller n’est pas une question de volonté, mais de méthode. Voici des gestes simples et efficaces pour reprendre le contrôle de son temps… sans supprimer son smartphone.

Arrêter de scroller n’est pas une question de volonté. 
Si c’était le cas, ce serait déjà fait. Le scrolling infini repose sur des mécaniques bien connues : récompense aléatoire, nouveauté permanente, peur de rater quelque chose. Résultat : on ouvre une application sans y penser, et on y reste plus longtemps que prévu. Pour en sortir, inutile de supprimer son smartphone ou de culpabiliser. Il faut changer le cadre.
Première étape : identifier les moments à risque
On ne scrolle pas n’importe quand. Toujours dans les mêmes situations : fatigue, ennui, attente, fin de journée. Prendre conscience de ces déclencheurs permet de sortir de l’automatisme. Ce n’est pas « je suis accro », c’est « mon cerveau cherche une pause ».
Deuxième étape : rendre le scroll moins accessible
Pas besoin de bloquer les applications, mais simplement retirer les réseaux de l’écran d’accueil, désactiver les notifications non essentielles, passer l’écran en noir et blanc. Chaque micro-obstacle redonne au geste une dimension consciente. Si ouvrir l’application demande deux secondes de plus, le réflexe perd déjà de sa force.
Troisième étape : décider à l’avance quoi faire à la place
On ne remplace pas une habitude par du vide. Avant même de vouloir moins scroller, il faut choisir ses alternatives : lire quelques pages, marcher cinq minutes, écrire, écouter un podcast précis. Le cerveau a besoin d’options immédiates. Sans plan B, il retournera toujours au plan A.
Quatrième étape : limiter le temps, pas interdire
Dire « j’arrête complètement » ne fonctionne pas. Mieux vaut décider de moments dédiés : dix minutes le soir, un créneau précis dans la journée. Le scrolling devient alors un choix, non un remplissage automatique. Et paradoxalement, il perd de son attrait.
Cinquième étape : accepter l’inconfort
Les premières minutes sans scroll sont souvent étranges. On s’ennuie, on se sent inutile, presque nerveux. C’est normal. Cet inconfort est le signe que le cerveau se réhabitue au silence. Il ne dure pas. Et derrière lui, on retrouve quelque chose de précieux : de l’espace mental.
Arrêter de scroller, ce n’est pas se couper du monde. C’est simplement reprendre la main sur son attention. Et découvrir, parfois avec surprise, qu’il existe bien mieux à faire de ces minutes-là.  
ABP

Les Français passent en moyenne 4,6 heures par jour devant un écran, tous supports confondus, soit 29 % du temps hors sommeil.