Il était une fois Ekibio...
Didier Perréol aurait pu reprendre l'exploitation arboricole et viticole de ses parents, située à Saint-Désirat (07). Mais il en fut autrement. Conscient des difficultés que pouvaient rencontrer les magasins pour s'approvisionner en produits issus de l'agriculture biologique, il créa quatre magasins spécialisés pour y remédier. Nous sommes en 1988 : voilà les débuts de la société Euro-Nat.
Le quinoa, la graine star d'Ekibio
L'année 1989 verra la création d'une marque pour l'épicerie sèche. Baptisée Priméal, elle rassemble aujourd'hui environ 600 références au catalogue. Mais le produit phare demeure le quinoa. « Didier Perréol l'a découvert lors d'un salon, à Genève. Il a commencé à l'importer dans la foulée. Il était alors le premier à le faire en Europe », explique Julie Delobre, chargée de communication à Ekibio. Cette graine représente à elle seule une centaine de références. Et de nouveaux produits, comme le risotto, doivent encore voir le jour dans les prochains mois. Il faut dire que selon un récent sondage de BVA, le quinoa, apprécié pour ses qualités nutritionnelles ou encore son goût, est entré dans le paysage alimentaire des Français.
Si le quinoa s'impose comme le produit fort de la marque, il n'en reste pas moins qu'il s'inscrit dans une démarche équitable. Son importation permet en effet de faire vivre un peu plus de 250 familles, dans des zones situées à 3 700 mètres d'altitude. Une logique qui profite également à des producteurs implantés dans l'Hexagone. Priméal met en effet à l'honneur le riz de Camargue, le petit épeautre de Haute-Provence ou encore une gamme de châtaignes d'Ardèche.
Petit épeautre, châtaignes, biscuits, tartines...
Afin d'élargir sa gamme, Euro-Nat investira aussi dans des outils industriels. L'acquisition de deux fabriques de pâtes permettra dès lors d'ajouter ces produits dans les références de l'entreprise. En 2007, une unité spécialisée dans les mélanges et le conditionnement - située à Chasse-sur-Rhône (38) - intègrera aussi le groupe.
La marque de biscuits Bisson, créée en 1902, sera quant à elle rachetée en 1995. L'unité de production sera rapatriée à Peaugres ; celle-ci fabrique quelque 20 références. La marque « Le pain des fleurs », créée en 2000, sera pour sa part rachetée en 2005. Ses tartines bio craquantes sans gluten sont incontournables dans les magasins spécialisés. Avec une petite vingtaine de références, il s'agit là d'une autre fierté pour Ekibio. « La marque est présente à l'international, dans 54 pays. On n'explique pas son succès », précise encore Julie Delobre. L'outil de production est situé en Haute-Loire. Enfin, la marque « Ma vie sans gluten » sera créée en 2008. Cependant de Priméal travaille essentiellement sur la nutrition.
Séduire les consommateurs
En 2016, Euro-Nat deviendra Ekibio. Une nouvelle dénomination pour se défaire de l'image du seul distributeur. Le chiffre d'affaires du groupe ardéchois s'élève aujourd'hui à 100 millions d'euros, dont 20 % à l'export. Mais si certains consommateurs semblent acquis à la cause de la bio, d'autres restent à convaincre. Différentes actions sont menées afin de faire découvrir au grand public l'alimentation bio. Une fondation d'entreprise a même été créée. La dixième édition du festival « La Bio dans les étoiles », qui s'est d'ailleurs déroulée le 1er juin, constitue le rendez-vous annuel. Mais la structure accompagne aussi divers projets qui lui sont soumis, comme l'implantation d'une forêt ou encore des actions dans les écoles.
Il s'agit aussi de faire évoluer l'image de la bio. Concrètement, l'entreprise veut faire rimer la bio avec le bon, la convivialité et la gourmandise. En ce sens, Ekibio fourmille de projets : nouveau packaging, nouvelles recettes... Toujours dans une démarche écologique et durable, évidemment.
Depuis 2016, Ekibio a intégré la holding « Compagnie biodiversité ». Laquelle restera attentive à ce que la PME ardéchoise garde l'âme de son fondateur. Un homme précurseur, passionnant et passionné, dont le parcours a été semé d'embûches mais dont le succès est incontesté.
Aurélien Tournier

REPÈRES /
Ekibio : les chiffres clé
4 marques alimentaires.
168 tonnes de biscuits bio.
1 600 tonnes de pâtes sèches.
5 000 tonnes de grains et graines bio.
1 500 tonnes de quinoa.
2 430 tonnes de mélanges et de conditionnement.
220 collaborateurs.
3 sites de production 100 % bio (Peaugres, Chasse-sur-Rhône, Bolivie).
Du champ à l’assiette
Dans un contexte où la consommation des produits issus de l’agriculture biologique croît, alors que les surfaces agricoles ne suivent pas forcément, Ekibio se doit de sécuriser ses approvisionnements. « On va mettre en place des contrats pluriannuels, avec des accords en termes de volume et de prix. Nous garantissons un prix au plus haut et au plus bas. Chaque année, nous avons un point avec les producteurs et les différentes parties prenantes pour se projeter mais aussi valider le prix de la récolte », explique Bernard Martin, directeur des opérations chez Ekibio.L’entreprise choisit également de s’associer à des éléments structurants. Elle a par exemple participé financièrement à la mise en place d’une unité de décorticage, dans la Drôme. Un outil précieux pour la filière du petit épeautre. Ekibio accompagne aussi des dynamiques. « Nous avons conduit en 2012-2013 une action autour d’un groupe de producteurs, qui a débouché sur la création d’un atelier de moulinage en cuma, à Rocles (07). Ils produisent des farines à base de châtaignes que nous achetons. Nous avions besoin d’une régularité d’approvisionnement et d’une qualité constante. Les producteurs ont été motivés par notre besoin de volumes », note-t-il aussi. Le blé dur bio provient pour sa part du sud de la France. Dans ce cas, Ekibio a veillé à ce qu’il soit maintenu dans les rotations. Un travail a également été mené afin de trouver des variétés de qualité. « Chacun à sa place. Chacun a son métier mais chaque maillon a un rôle à jouer », précise-t-il aussi.
Ekibio reste à la recherche de producteurs, notamment pour le pois chiche, le pois cassé ou encore la lentille. La culture de cette dernière est d’ailleurs actuellement testée avec le groupe coopératif La Dauphinoise.
A. T.