Influenza aviaire : « Soyons sérieux et vigilants »
Comment avez-vous vécu le renforcement des mesures de sécurité suite au risque de transmission du virus H5N8 ?
Gilles Lassus : « Nous le savons, à chaque mouvement migratoire il y a toujours un risque. Pour l'heure, il n'y a pas de souci dans nos élevages, et nous prenons nos précautions. Les mesures de biosécurité (grillage de protection, pas d'abreuvement dans les parcs, pédiluve...), nous les appliquons à l'année. Et depuis le dernier arrêté du ministère, nous sommes passés au confinement. Depuis plusieurs jours, les vétérinaires passent dans les élevages pour vérifier l'application de ces mesures. Les éleveurs ont fait le nécessaire. Il y a parfois juste quelques détails à régler. Un rapport, sans complaisance, est ensuite remonté à la DDPP(2). »
La carte des zones concernées par le risque élevé vous a-t-elle surpris ?
G. L : « Non, la carte est cohérente, elle correspond aux couloirs de migration. Et puis, il y a eu beaucoup d'échanges en amont entre la DGAL(3) et la profession. »
Craignez-vous que certains éleveurs, professionnels ou amateurs, ne fassent pas le nécessaire ?
G. L : « Pour les éleveurs de nos organisations, nous ne nous faisons pas de souci. Pour ceux qui n'y sont pas..., nous espérons qu'ils seront aussi contrôlés et j'interpelle régulièrement la DDPP sur ce point. Et puis, il y a aussi les personnes qui possèdent des volailles à titre privé et amateur. L'an passé, on a quand même laissé partir " dans la nature " 20 000 à 25 000 poules suite au problème d'un Gaec dans l'Ain. C'est inadmissible. »
Redoutez-vous une épidémie ?
G. L : « Évidemment, les conséquences pourraient être dramatiques, comme nous l'avons vu cet hiver avec les producteurs de foie gras dans le Sud-Ouest dont les exportations ont été bloquées. Nous sommes donc tout à fait conscients qu'il faille faire le maximum. Nous sommes à moins de trois semaines des grandes ventes des fêtes de fin d'année... Je croise les doigts tous les matins. Il y aura sans doute des cas en France. À nous de faire en sorte qu'ils restent dans la nature, qu'ils concernent uniquement la faune sauvage et pas nos élevages. Nous avons vécu cette situation il y a 12 ans (NDLR : premier épisode de grippe aviaire en France lors de l'hiver 2003-2004). On se souvient que les ventes de volailles avaient chuté de 80 % du jour au lendemain. Aujourd'hui, les consommateurs réagiraient différemment car ils connaissent les mesures de précaution mises en place par les professionnels. Néanmoins, restons vigilants. Demain (NDLR : vendredi 25 novembre), je serai en réunion technique avec les éleveurs et nous ferons encore une piqûre de rappel à ce sujet. Soyons sérieux dans notre fonctionnement ! »
Propos recueillis par David Bessenay
(1) Afivol : association régionale filière volaille.
(2) DDPP : direction départementale de la protection des population.
(3) DGAL : direction générale de l'alimentation.
Un cas hautement pathogène détecté dans le Nord
Un cas d’influenza aviaire hautement pathogène (IAHP), concernant 20 canards sauvages utilisés comme appelants pour la chasse au gibier d’eau, a été confirmé le 26 novembre dans le Pas-de-Calais. La procédure d’abattage du groupe malade a été appliquée. D’après le ministère de l’Agriculture, cette nouvelle affaire n’affectera pas le statut international de la France au regard de l’influenza aviaire. Elle doit recouvrer le statut indemne d’IAHP le 3 décembre. Cependant, le ministère rappelle « l’importance de signaler toute mortalité d’oiseaux sauvages. […] Les mesures de biosécurité, définies par l’arrêté du 8 février 2016 doivent impérativement être mises en place dans tous les élevages qu’ils soient commerciaux ou non ».