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FRUITS ET LEGUMES

Interfel veut étendre le modèle interprofessionnel à l’Europe

Forte du nombre et de la diversité des familles qui la compose, Interfel poursuit son action pour encourager la consommation des fruits et légumes frais. Mais pas seulement. L’interprofession des fruits et légumes prévoit désormais d’agir avec force sur le plan européen.
Interfel veut étendre le modèle interprofessionnel à l’Europe

«La légitimité de notre interprofession s'est encore accrue en 2016 », s'est félicité Bruno Dupont, président d'Interfel, à l'occasion de l'assemblée générale de l'interprofession, le 13 juin. Car l'interprofession des fruits et légumes compte désormais quatorze membres en son sein, représentant la filière entière, de l'amont à l'aval. Derniers venus après d'âpres négociations : les importateurs.

Bruno Dupont, président d'Interfel.
Réunir toutes les familles de la filière était la grande ambition du président Bruno Dupont, convaincu que toutes les forces vives devaient se mettre autour de la table pour avancer. Pour ce faire, l'ancien syndicaliste a su ruser. Il fallait trouver un « dénominateur commun » à toutes ces familles, un projet commun exempt de conflit potentiel. Bruno Dupont a ainsi axé depuis cinq ans l'action de l'interprofession vers la communication pour encourager le grand public à consommer davantage de fruits et légumes frais. Une ambition que tous les acteurs, quels qu'ils soient, ont tout intérêt à faire leur.

Promotion de la consommation

Interfel compte bien poursuivre sur cette voie. Bruno Dupont en est convaincu, « il faut surfer sur la vague de l'essor du végétal ». Et pour ne pas louper le train en marche, Interfel poursuit ses opérations de communication pour rassurer le consommateur « face à des attaques médiatiques de plus en plus virulentes » quant à l'usage des produits phytosanitaires. Interfel sera d'ailleurs épaulé par les deux autres organisations qui composent un trio uni : le CTIFL, qui permet l'expérimentation de techniques alternatives afin de tendre vers des pratiques plus saines appelées des vœux des consommateurs ; et Aprifel, la caution scientifique du trinôme.

Les « aberrations » du droit de la concurrence

Désormais, Interfel veut aller plus loin et ne pas se limiter à la communication pour favoriser la consommation. Maintenant que toutes les familles sont autour de la table, l'interprofession semble armée, aux yeux de Bruno Dupont, pour s'attaquer à des questions plus épineuses. La thématique choisie pour la table ronde organisée à l'occasion de l'assemblée générale donnait d'ailleurs le ton. Il ne s'agissait plus de s'interroger sur les attentes des consommateurs, ni sur la façon de contrer les associations qui dénigrent les fruits et légumes frais. C'est vers le droit de la concurrence qu'Interfel a décidé d'orienter les débats. « Le droit de la concurrence européen est rempli d'aberrations », estime Bruno Dupont, qui déplore que l'Europe incite les producteurs à se regrouper tout en leur interdisant de se coordonner au nom des règles relatives à la concurrence.

« Vendre le modèle » interprofessionnel à l'Europe

Pour le député européen Michel Dantin, qui avait laissé un message vidéo à l'attention des participants à l'assemblée générale, il faut faire respecter les traités européens « qui stipulent que la Pac prime sur le droit de la concurrence ». Le député constate qu'il faut « en permanence ramener la direction générale de la concurrence à ses justes prérogatives ». Il espère d'ailleurs que la décision prochaine de la cour de justice quant à l'entente du « cartel de l'endive » viendra « reconnaître que l'organisation des producteurs en Europe est un droit ». Le règlement Omnibus apportera-t-il de nouvelles prérogatives aux interprofessions ? « Sincèrement, je ne le crois pas », répond Michel Dantin. Mais il invite les interprofessions, particulièrement Interfel, à « vendre le modèle » interprofessionnel aux autres États membres, afin que dans la future Pac - de 2023 selon le député - les textes renforcent les pouvoirs des interprofessions et leur donnent enfin des nouveaux droits, notamment celui de discuter prix.

Michel Dantin, député européen.

Une collaboration européenne

Chez Interfel, le message a été entendu. L'interprofession, qui en 2016 a « renforcé sa collaboration avec ses homologues européens » (en Espagne, Italie, Hollande et Roumanie notamment), veut poursuivre le dialogue. Dans l'idéal, Bruno Dupont souhaite que les producteurs de tous les pays européens « s'organisent sur les volumes et qu'ils travaillent sur un calendrier commercial ». « Je suis un Européen convaincu », affirme Bruno Dupont, et il compte bien faire d'Interfel un moteur d'« une structuration européenne ».