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Sanitaire

« Je ne lâcherai rien tant que mes bêtes ne seront pas à la maison »

Jérôme Leroy, éleveur bovin à Parnans, fait partie des quatre agriculteurs drômois dont les bovins, parqués en zone réglementée, n’ont pu être rapatriés dans le département en raison des risques liés à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Par M.Eymin
« Je ne lâcherai rien tant que mes bêtes ne seront pas à la maison »
©ME-AD26
Jérôme Leroy a créé l’EARL du Replat avec son frère Clément, associé non exploitant en 2006. Il élève des Angus et des Charolaises en parallèle de 38 hectares de noyers.

Limité en surfaces pour faire pâturer son troupeau de près de 200 bovins dans la Drôme, Jérôme Leroy loue des parcs à Montferrat, en Isère, depuis 2022. D’avril à fin octobre, il fait monter entre quarante et cinquante de ses bovins sur les parcelles d’un de ses confrères isérois. Cette année, dès le mois de juillet et les premiers cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), il a alerté les services de l’État sur les conditions de redescente de ses animaux.

« On m’a d’abord dit ne pas m’inquiéter puis j’ai finalement dû mettre en place la vaccination sur mes 42 bêtes coincées là-haut, explique le gérant de l’EARL du Replat. C’était un vrai marathon. Pour avoir accès à la vaccination, étant donné que mes bêtes n’étaient pas localisées en Isère, j’ai dû prouver que mes animaux étaient bien là-bas, les lister sur chaque parcelle avec des points GPS. » Comme Jérôme Leroy, trois autres éleveurs drômois sont dans une situation similaire. L’agriculteur de Parnans devrait pouvoir rapatrier ses vaches à partir de mercredi 22 octobre. 

Montrer patte blanche

Si Jérôme Leroy a déclaré ses animaux à Montferrat auprès de la Pac, il a dû faire des pieds et des mains pour que son cas soit pris en compte par les services de l’État. « Ça a servi à d’autres producteurs qui étaient dans le même cas que moi », estime-t-il. Le 6 août, il a vacciné en une matinée ses animaux en partenariat avec les vétérinaires de la Tour-du-pin. « Deux vaches n’ont pas pu être vaccinées car elles sont devenues sauvages. Elles ne rentreront pas et partiront à l’abattoir lorsqu’elles seront attrapées, rapporte l’éleveur installé depuis 2000. Pour la contention, j’ai fait monter un râtelier. Ça m’a coûté 400 euros. »  

Normalement, l’éleveur rapatrie ses génisses au mois d’août pour le vêlage. Cette année, il a dû improviser et aménager une partie d’un hangar pour accueillir les mères et leur veau coincées en Isère. ©JLeroy

Après la vaccination, l’éleveur devait attendre 21 jours pour que le vaccin soit efficace et 28 jours qui correspondent à la période d’incubation de la maladie. « Ça nous emmenait au 20 septembre. Sauf que mes deux demandes avaient été refusées », relate Jérôme Leroy. Il est monté en Isère le 20 septembre afin d’aménager un hangar pour rentrer les génisses prêtes à vêler. « J’y montais tous les deux jours et j’étais tous les jours en contact avec la personne qui surveille le troupeau sur place. Pendant un mois, je ne dormais plus que trois heures par nuit, raconte-t-il. Après, il y a eu un nouveau cas dans l’Ain, et à présent, la date butoir est au 22 octobre. Il va falloir que je fasse une demande de laissez-passer à la DDPP mais le site n’est pas à jour. Pour obtenir l’asile sanitaire, je dois aussi faire intervenir les vétérinaires 48 heures avant le départ de mes animaux ainsi que refaire un listing et un inventaire à jour. Il va aussi me falloir un transporteur avec un camion désinsectisé. Je ne lâcherai rien tant que mes bêtes ne seront pas à la maison. »

Le GDS, un soutien essentiel 

Le conseil départemental et la Chambre d’agriculture réfléchiraient à une solution d’indemnisation les éleveurs dans son cas. Mais pour Jérôme Leroy, hors de question de remplir à nouveau un dossier, tant il en a eu à faire jusqu'alors. Il s’interroge aussi sur la prise en compte du préjudice moral. « Heureusement que j’ai eu le soutien du GDS 26, des vétérinaires et de Mme Emmanuelle Antoine pour m’épauler dans mes démarches. Je tiens vraiment à les remercier car sans eux j’aurais tout envoyer balader », déclare Jérôme Leroy. Selon lui, il a eu la chance de faire partie de l’Association des Vétérinaires Eleveurs en Convention (Avec)* du plateau du Chambaran et alentours.

« Tout comme le GDS, ils m’ont été d’une aide précieuse car ce n’est pas toujours simple de trouver un vétérinaire rural. Je reste en contact avec eux pour me tenir informé de l’évolution sanitaire », précise l’éleveur. Pour garder la confiance, il a aussi pensé à sa fille Ninon, qui souhaite s’installer à ses côtés après ses études. « Les éleveurs ont fait preuve de patience et de courage, avec tous les allers-retour réalisés pour aller voir leurs bêtes. Nous espérons que le 22 octobre, tous les animaux drômois pourront être de retour », déclare l’équipe du GDS 26. 

Depuis 2019, Jérôme Leroy a co-créé la SARL La viande d’ici avec six autres éleveurs pour commercialiser les femelles charolaises. 

Inquiet pour ses animaux, Jérôme Leroy épluche toute l’actualité autour de la DNC depuis plusieurs mois. « La réglementation sur l’abattage total des troupeaux date des années 1960. Il faudrait la faire évoluer. J’ai du mal à comprendre pourquoi cette maladie est classée en A au même titre que la tuberculose qui est transmissible à l’homme, avance l’agriculteur. Il faudrait prendre davantage en compte les éleveurs car ils savent ce qu’ils font pour le bien-être de leur troupeau. Si nous continuons l’abattage total, le risque est que dans cinq ans, il n’y ait plus d’élevage bovin en France. »

Un propos qui dénote d'avec les positions officielles qui font du dépeuplement la règle en cas de confirmation de l’infection. Jusqu'alors, plus de 1 700 bovins ont ainsi été abattus depuis le début de la crise en France. Jérôme Leroy devrait recevoir l’autorisation de rapatrier ses vaches cette semaine. Il s’interroge déjà sur les conditions qui permettront ou non de faire monter ses animaux l’année prochaine.

* L’Association des Vétérinaires Éleveurs en Convention a été créée en 1985 et elle est basée à Roybon. Elle rassemble environ 170 agriculteurs. Dans la Drôme, une seconde association de ce type existe à Barbières. Créée en 2006, l’Association des Vétérinaires des Éleveurs de la Raye regroupe plus de 125 éleveurs.