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Economie

L'agriculture, au seuil des négociations climatiques

L'agriculture veut franchir les portes de la salle des négociations climatiques. La conférence sur les enjeux économiques de la COP21 à Paris, le 4 juin, a montré qu'elles sont loin d'être ouvertes.
L'agriculture, au seuil des négociations climatiques

"LA question des 100 milliards $ (alloués au Fonds vert, ndlr) empoisonne toutes les réunions internationales", a prévenu Christian de Perthuis, économiste à la chaire Économie du climat (Paris-Dauphine), lors de la conférence sur les enjeux économiques de Paris climat 2015 à Paris, le 4 juin. Le Fonds vert a été lancé par l'Organisation des Nations unies en 2009 pour lutter contre le réchauffement climatique. L'objectif est d'atteindre un financement annuel de 100 milliards $ en 2020. "On est très, très loin des promesses de 100 milliards $", poursuit l'économiste Jean Tirole, opérant pour la Toulouse School of Economics. Pour le moment, seules la France et l'Allemagne se sont engagées clairement pour un montant global de 10 milliards $. Le 4 juin, Pascal Canfin, membre du think tank World Ressources Institute, dévoilait au quotidien Libération, un rapport consacré à la quête de ces 100 milliards $. "Est-ce possible ? Oui", répond-il à la question de conclure cette quête.

Au-delà du manque de promesses de financement, les normes de distribution et d'utilisation restent en suspens. Très sceptique, Christian de Perthuis ajoute : « Nous avons mis trois ans pour discuter de la gouvernance... il n'y a pas une règle sur la répartition, sur la distribution ». En début d'année, le président de la République, François Hollande, espérait pourtant qu'une partie de ce fonds soit allouée à l'agriculture. Mais ce sujet entre en compétition avec de nombreux autres. La fixation du prix du carbone semble avoir la primeur. En témoigne, la conférence du 4 juin qui s'est longuement attardée sur cette épineuse question.

Emissions diffuses exclues des débats

Et l'agriculture n'était clairement pas dans le débat. "Les émissions concentrées de gaz à effet de serre (centrales à charbon, transports...), nous pouvons les quantifier. C'est simple", rappelle l'économiste de Paris-Dauphine. L'industrie, l'énergie et les transports sont à l'étape qui suit. Quel pays doit diminuer ses émissions, de combien et dans quels secteurs ? Doit-on fixer un prix de la tonne de carbone ? Si oui, à quelle hauteur ? Ces questions devraient être centrales à Paris en décembre 2015. L'agriculture, elle, n'en n'est pas là. Ses émissions de gaz à effet de serre sont diffuses. Et donc difficiles à mesurer (1). "Le carbone émis par le vivant (sols, agriculture, forêt) soulève un réel problème", explique Christian de Perthuis. Par conséquent, les discussions sur des normes d'émissions perdraient de la consistance.

Fonds vert, prix du carbone… les points d'entrée visés par l'agriculture semblent difficiles à atteindre mais pas impossible. Reste l'agenda des solutions. Ce futur document, encore très abstrait, est censé réunir les actions opérationnelles à déployer en cas d'accord. Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie, rappelle qu'il est encore « flou et théorique ». À suivre…

(CR)

Emissions de gaz à effet de serre /

Un dispositif de bonus-malus

Christian de Perthuis, économiste à la chaire Économie du climat (Paris-Dauphine), a mis sur la table des discussions climatiques l'idée d'un dispositif de bonus/malus, lors de la conférence sur les enjeux économiques de Paris climat 2015 à Paris, le 4 juin. Il est sceptique quant à l'efficacité du Fonds vert international pour la lutte contre le changement climatique. « Un dispositif de bonus-malus se comprend mieux », insiste-t-il. Si un pays émet plus que la moyenne mondiale, il a un malus. Et doit donc s'acquitter d'une « contribution financière ». Inversement, un pays qui est au-dessous, reçoit un bonus. Jean-Charles Hourcade, directeur de recherche du Cired (Centre international de recherche sur l'environnement et le développement), n'est pas convaincu. Les intérêts politiques et économiques de chaque pays seront un frein à ce dispositif : « La Chine ne financera jamais l'Inde », prend-il pour exemple. La Chine émet plus que la moyenne mondiale. Ce n'est pas le cas de l'Inde.