L’annonce surprise d’un revenu agricole en hausse
Le revenu des actifs agricoles (salariés et exploitants) devrait augmenter de 8,8 % en 2015, selon la commission des comptes de l'agriculture qui s'est réunie le 15 décembre. Le résultat courant par actif non salarié atteindrait environ 25 000 euros en moyenne. Un résultat surprenant eu égard aux événements de l'année, la sécheresse, la crise de l'élevage notamment et la baisse des prix. D'une façon générale, le climat de la campagne 2014-2015 caractérisé par un printemps doux et un été sec et caniculaire a favorisé dans l'ensemble les cultures légumières, viticoles et les céréales à paille, mais a pénalisé la pousse de l'herbe, notamment dans l'Est, les rendements des grandes cultures récoltées à l'automne (maïs notamment) et les productions de fruits d'été. Au final, même si la production végétale dans son ensemble a reculé en volume de 3,4 %, elle s'est appréciée en valeur de 3,4 % grâce à l'amélioration des récoltes de blé et d'orge, aux hausses de prix du colza et de tournesol, de la pomme de terre et des fruits et légumes. En revanche, les productions de maïs et d'orge se sont inscrites en recul.
Contexte international
Côté prix, l'abondance de l'offre sur la plupart des marchés mondiaux de matières premières agricoles a pesé sur les cours, comme d'ailleurs en 2014. Mais pour ce qui est des fruits et des légumes, ils ont été bien orientés en 2015 grâce à une offre limitée et une demande soutenue. Les vignes dans l'ensemble ont été peu affectées par l'épisode caniculaire. Malgré un recul dans l'Est, la récolte a progressé de 2 % par rapport à 2014.
Compte tenu des stocks limités, les disponibilités sont restées modérées. Conséquence : les prix se sont maintenus (+ 0,3 % pour les appellations d'origine) ou ont légèrement progressé pour les autres vins (+ 2,8 %). Pour les productions animales, c'est l'inverse qui s'est produit, la production a été relativement abondante (+ 1,3 %), mais les prix se sont effondrés (- 5,7 %). Au final, la valeur de la production a reculé de 4,5 %. C'est particulièrement le cas pour le lait dont la production s'est stabilisée mais dont les prix se sont effondrés (- 11 %), à cause d'une offre mondiale abondante et une demande chinoise en baisse. Pour ce qui est des productions bovines, porcines et ovines, elles se sont accrues. S'agissant des bovins, cette hausse, tirée essentiellement par l'abattage de vaches de réforme, succède à trois années de repli. Avec une offre en hausse, les prix des bovins ont reculé. Quant à la production porcine, en légère augmentation, elle reste pénalisée par la perte du marché russe qui n'a pu être compensée par une progression des ventes vers d'autres destinations.
Hausse des subventions
Face à une offre européenne excédentaire, une concurrence exacerbée entre les grands bassins de production et un ralentissement de la demande, les cours ont nettement reculé (- 7 %) par rapport à 2014. Enfin, la production de volailles s'est redressée en 2015, mais elle s'est accompagnée d'une baisse des prix.
Côté consommations intermédiaires, en baisse de 2 %, l'agriculture a bénéficié de la baisse du prix du pétrole. Ce qui se traduit par une diminution des prix de 15 % du poste « énergie et lubrifiants ». Idem, pour les aliments du bétail dont les prix ont reculé de 5 % en lien avec le repli des cours des céréales et des matières premières. Globalement, la réduction du coût des consommations intermédiaires a conduit à une progression de la valeur ajoutée brute de 4,7 %. In fine, après retrait de toutes les charges de production (amortissements, salaires, cotisations sociales, intérêts, impôts fonciers), le revenu net de la branche agricole s'élèverait à 14,7 milliards d'euros en 2015, soit une croissance assez forte de l'ordre de + 14,9 % par rapport à 2014. Compte tenu de l'inflation (+ 1,1 %) et de la baisse du nombre d'exploitants agricoles (- 2,2 %). Cela conduit à une hausse de 8,8 % du revenu net par actif et de 16, 2 % par actif non salarié, qui a bénéficié aussi d'une augmentation des subventions, celles de la Pac sur l'ICHN et les MAE notamment et celles du plan de soutien à l'élevage dont la mise en œuvre est intervenue à la fin de l'année.
Réactions / Les représentants de la profession ont exprimé leur surprise et leur contestation face aux données du revenu agricole et ont jugé l’annonce de ces chiffres positifs comme une « provocation ».
Tollé général de la profession agricole
Vive réaction de la FNSEA qui qualifie de « comptes hors sol » ces évaluations qu’elle estime sans lien avec la réalité du terrain. « Annoncer un revenu prévisionnel 2015 en hausse est une véritable provocation, affirme-t-elle. Qui peut, un seul instant, croire de tels chiffres, au regard de la situation économique exceptionnellement critique que vivent des dizaines de milliers d’agriculteurs ? », insiste la FNSEA qui juge que « cette publication de décembre n’a plus lieu d’être au regard de l’instabilité qui caractérise désormais notre activité. Elle doit être purement et simplement supprimée. »Dans un communiqué, l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA) alerte sur la situation de contraste en matière de revenus agricoles 2015. « L’année 2015 est marquée par une crise sévère dans le domaine de l’élevage et aussi par des tensions importantes sur les cours des grandes cultures », rappelle-t-elle. « Au regard des chiffres de la commission, le secteur laitier subirait un recul de son chiffre d’affaires de - 11,1 % et - 6,1 % pour l’élevage porcin, ce qui conduirait à des replis particulièrement forts du revenu pour ces deux filières. »
Les céréaliers « en bas de l’échelle »
Orama a contesté le 15 décembre les chiffres du revenu 2015, en pointant une « situation aggravée » pour les céréaliers qui les situe « au bas de l’échelle ». « Les comptes de l’agriculture font apparaître pour 2015 un revenu prévisionnel global à la hausse alors que, dans tous les secteurs, la tendance est à la baisse. Incompréhensible ! » Et de poursuivre : « En ce qui concerne les producteurs spécialisés en céréales et oléoprotéagineux, les travaux d’Orama ne laissent pas de place au doute : pour la troisième année consécutive, leur revenu moyen sera au bas de l’échelle, plus encore qu’en 2013 et 2014 puisqu’il avoisinera zéro avant impôts et cotisations sociales. » Le président Philippe Pinta invite les pouvoirs publics à « ouvrir les yeux » sur la situation des grandes cultures. « Si le gouvernement veut éviter une autre crise sectorielle, il doit cesser d’agir comme si les producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux pouvaient tout supporter, discriminations dans le cadre de la Pac, contraintes environnementales injustifiées et atermoiements face à la volatilité des prix et à la baisse des revenus », déclare-t-il dans un communiqué.