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Syndicat du picodon

L'AOP picodon cherche des volumes et des opérateurs

Le syndicat du picodon AOP a tenu son assemblée générale à Loriol le 26 mars. Entre la mise en place du nouveau cahier des charges, les actions de promotion et la recherche de nouveaux adhérents, le travail ne manque pas.
L'AOP picodon cherche  des volumes et des opérateurs

En près de dix ans, l'AOC Picodon, devenue AOP (appellation d'origine protégée), a perdu 43 % de ses adhérents. Le syndicat est même passé en dessous de la barre des 200 en 2014. « Il est temps d'inverser la courbe de manière durable », annonce le président Philippe Bénézech, producteur à Treschenu-Creyers (Drôme).
Pour ce faire, le syndicat entend employer tous les moyens de communication nécessaires tant auprès des futurs installés que des éleveurs en place qui ne revendiquent pas l'appellation. « Certains peuvent être effrayés par le cahier des charges ou le plan de contrôle. En réalité, on constate que tous les élevages sont dans les clous(1) et que les éleveurs apprécient cette visite technique. On entend aussi montrer que la fabrication de picodons est rémunératrice, que les coûts de production ne sont pas forcément plus élevés. » Le cap fixé par son prédécesseur, Christian Moyersoen, est même très ambitieux : atteindre 1 000 tonnes de production, soit plus du double que la production actuelle (470 tonnes en 2014) !
L'AOP picodon a vu son nouveau cahier des charges validé par l'Inao en 2014, mais il reste dans l'attente d'un accord de Bruxelles avant d'entrer en vigueur. Si le pastoralisme n'y a pas été retenu comme obligation, le lien au terroir est assuré par une alimentation provenant à 100 % de la zone de production et la diversité des espèces consommées. L'obligation d'utiliser le lait cru a été assortie d'une dérogation jusqu'à fin 2016 pour certaines fromageries.

La chasse aux usurpations de nom

La commission de contrôle organoleptique présidée par René Guilhot s'est félicitée des résultats de son travail avec seulement 8 % de lots non conformes débouchant sur un avertissement pour les personnes ou entreprises concernées.
La défense de l'appellation passe aussi par une lutte contre les usurpations du nom picodon par des non-adhérents. Depuis 2012, Pascale Moulin effectue pour la structure des tournées sur les marchés et constate encore quelques irrégularités. « Face aux cas récurrents d'abus, nous allons devoir être plus coercitifs », prévient par ailleurs le président, « nous ferons si nécessaire dresser un constat d'huissier ».

Soirée promotionnelle à Crest le 16 avril

A l'autre bout de la chaîne, le syndicat travaille aussi à recruter de nouveaux consommateurs. « Nous avons une clientèle fidèle, âgée, avec un bon pouvoir d'achat mais il nous faut aussi recruter une clientèle plus jeune. Et ils ne consomment pas forcément le fromage de la même façon, parfois en apéritif ou dans la cuisine, d'où l'idée de la création des fiches recettes », justifie le président.
Le syndicat s'est en effet lancé dans la création de nouveaux outils promotionnels pour moderniser son image. Outre ces fiches-recettes, dont certaines seront transposées en vidéos, le syndicat a fait réaliser un film promotionnel qui sera remis à chaque adhérent sur clé USB, ainsi que des web-doc (20 capsules d'une minute et demie). Ce nouvel arsenal de communication sera présenté lors d'une soirée festive à la salle des moulinages à Crest le jeudi 16 avril à partir de 19 h 30. 

(1) Sur les 58 contrôles internes effectués, seulement 4 non-conformités ont été relevées sur des problèmes mineurs de traçabilité.

 

Vigilance sur les Stec
Certains opérateurs ont fait part de leur inquiétude sur la présence éventuelle de Stec (souches d'escherichia coli producteurs de shigatoxines, bactérie pouvant causer des infections graves à l'homme), sur les fromages au lait cru, suggérant la possibilité de travailler avec du lait thermisé, afin d'anticiper un éventuel problème sanitaire. Le vice-président Pierre Degabriel (Valcrest) a rappelé que les conséquences économiques pour les entreprises concernées pouvaient être très importantes (destruction de lots) et souhaité plus de réactivité de l'Inao sur le sujet.
A ce stade, la filière est dans une impasse technique puisque les Stecs ne sont parfois pas retrouvées dans les analyses de lait mais se développent ensuite dans les fromages. « Il y a une discussion nationale sur ce problème et il y aura peut être une décision transversale », explique le président Philippe Bénézech. Le syndicat du picodon AOP maintient toutefois le contenu de son cahier des charges et la typicité de son produit face à un problème dont il considère minime l'incidence sanitaire. « Notre volonté de travailler avec du lait cru est intacte », conclut-il.