L'arboriculture n'en a pas fini avec les mouches !
Les mouches sont un défi pour la production fruitière. Ces ravageurs préoccupants se développent fortement ces dernières années sur le bassin méditerranéen aux premiers rangs desquels, évidemment, Drosophila suzukii, mais pas seulement : mouche méditerranéenne, mouche de l'olive, mouche du brou... « On a vu les mouches exploser de manière exponentielle ces dernières années et coloniser de vastes territoires où elles étaient jusque-là absentes », notait Nathalie Rivière, réseau APCA, lors de la dernière édition du salon Tech&Bio, le 23 septembre à Bourg-lès-Valence. Alors, vue de l'esprit ou réalité intangible alors que peu de chose semble leur faire obstacle ? « La lutte chimique n'est pas complètement efficace et laisse planer un risque d'acquisition de résistance. Par ailleurs, leur présence oblige à faire des traitements de plus en plus proches de la récolte, ce qui soulève des risques d'apparition de résidus. Seule, la lutte chimique n'est donc pas une solution viable », poursuivait l'experte en arboriculture.
D. suzukii a surpris tout le monde
Le caractère invasif des mouches s'explique par leur cycle, un par an comme pour la mouche du brou, ou bien plus, comme pour D. suzukii. Il s'explique aussi par leur biologie et leur mode d'alimentation : « Les mouches sont principalement phytophages, avec un impact sur la production à différents niveaux : fruits, tiges, feuilles... », notait Valérie Balmès, entomologiste au laboratoire de santé des végétaux de l'Anses, à Montpellier. « En général, ces drosophiles sont considérées comme des ravageurs secondaires qui se mettent sur des fruits déjà abîmés. En 2010, tout a changé avec D. suzukii qui a surpris tout le monde par ses attaques sur fruits verts et sa capacité de dispersion, avec un impact économique très important », poursuivait-elle.
Deux espèces de diptères sont principalement présentes pour l'instant en France : drosophilae et tephritidae. Chez les tephritidae, on peut citer la mouche de l'olive (Bactrocera oleae), la mouche méditerranéenne (Ceratitis capitata) ou encore la mouche européenne de la cerise (Rhagoletis cerasi).
« Sur les 116 insectes ravageurs introduits en France entre 2000 et 2014, seulement six sont des diptères (voir encadré). Ce n'est donc pas le nombre qui fait le caractère invasif, mais bien le fait qu'ils soient capables de se déplacer sur de longues distances, de trouver une plante hôte et un climat favorable pour faire leur cycle », détaillait Valérie Balmès.
Mais pour l'experte, il n'y a pas trop de doute : la disparition de matières actives couplée avec la croissance des échanges commerciaux laissent entrevoir des jours sombres pour les productions fruitières. « Cela va créer des conditions favorables à l'apparition de nouveaux, voire d'anciens, ravageurs ou parasites. Il y aura des périodes difficiles où les ravageurs vont en profiter avant que les équilibres ne se créent et se remettent en route. »
De nouveaux ravageurs
Déjà, de petits nouveaux frappent à la porte. La mouche africaine de la figue (Zaprionus indianus) a pour hôte principal les figues et les kakis, mais c'est aussi un ravageur secondaire sur pêche, orange et autres fruits (74 plantes hôtes sont référencées). « Sa présence en Europe est discutée actuellement car l'espèce est proche de Zaprionus tuberculatus. Mais elle bouge et est déjà présente à La Réunion et à Mayotte et vient d'être signalée en Guyane », résumait Valérie Balmès. Elle a été signalée au Brésil en 1998, en Amérique centrale et au Mexique en 2006, aux USA en 2008 et à la frontière du Canada en 2012.
La mouche de la pêche (Bactrocera zonata) est principalement sur pêche mais aussi mangues et goyaves. « À partir du moment où il faut chaud, elle peut parfaitement s'installer. Elle est signalée à La Réunion mais aussi au bord de la Méditerranée, pays où il est difficile aujourd'hui d'avoir des infos compte tenu du contexte géopolitique. »
La mouche du Natal (Ceratitis rosa) est surtout présente sur oranges et mandarines mais également sur abricot, pommes, poires, figues, tomates, vigne... Elle est actuellement recensée à La Réunion et en Afrique du Sud. Enfin, elle compte deux sous-espèces, « dont une proche des conditions climatiques rencontrées en France. »
L'asticot de la pomme (Rhagoletis pomonella) est présent principalement sur pommes, éventuellement sur cerise. Pour l'instant, l'espèce se cantonne à l'Amérique du Nord.
Céline Zambujo
Entre 2000 et 2014
Les diptères invasifs rencontrés en France
- Drosophilae : Drosophila suzukii.
- Tephritidae : Carpomyia incompleta (mouche du jujubier) ; Rhagoletis cingulata (mouche américaine de la cerise) ; Rhagoletis completa (mouche du brou).
- Cecidomuiidae : Obolodiplosis robiniae (sur Robinia pseudoacaccia).
- Bibionidae : Bibio femoralis (sur herbacées et vivaces).