L'indispensable innovation dans les cultures végétales
Face à des marchés en repli et une conjoncture depuis plusieurs années difficiles pour la filière horticole et pépinière, la profession cherche de nouvelles pistes pour se relancer. Quoi de mieux que de passer par l'innovation pour retrouver une dynamique ? C'était le sujet d'une journée intitulée Horticulture de demain : produire autrement, vendre autrement, organisée au lycée horticole Terre d'Horizon de Romans-sur-Isère le 3 mars dernier.
Il n'est pas facile de transformer une idée nouvelle en innovation. Cela demande de monter un nouveau projet et de le mener au bout. Pourtant, certains horticulteurs, maraîchers ou pépiniéristes y sont parvenus avec une certaine réussite. « Pour innover, il faut oser créer de nouvelles choses », commente Serge Lepage, le directeur de la station expérimentale du Ratho, à Brindas dans le Rhône. Aussi, plusieurs professionnels sont venus témoigner de leur développement d'innovations.
Des légumes venus d'ailleurs
Certains ont choisi de développer de nouveaux produits. C'est le cas dans le Gard, près d’Arles, de Raitetsu Jinno, un maraîcher japonais qui cultive des légumes du pays du Soleil-Levant en bio depuis 2012. Âgé d'une quarantaine d'années, il a d’abord été conducteur de chantier puis, après un voyage autour du monde, il a redécouvert l'agriculture en cultivant des fruits et légumes pendant six ans au Japon avant de revenir en France. Sur un hectare, il cultive une grande variété de légumes japonais en agriculture bio : mizuna, wasabina, komatsuna, edamame, naganasu, kyûri, etc. Ils sont commercialisés par Biogarden, un grossiste en légumes du Gard ,dans les magasins bio de la région. « Je vends également mes légumes sur le marché d’Arles, indique le maraîcher. Je crois que les ingrédients et savoir-faire français mêlés aux légumes japonais peuvent donner un résultat harmonieux. »
L'émergence des fleurs sauvages
D'autres prennent le parti de développer une nouvelle filière. C'est le cas de la société suisse Oh Semences (OHS) dont Stéphane Tremblet fait partie. Spécialisée dans les semences, cette société a développé un savoir-faire sur les semences indigènes et locales depuis une vingtaine d'années afin de répondre aux souhaits des autorités de créer des jachères florales dans les zones d'élevage. Elle dispose ainsi d'un catalogue de 300 à 400 variétés de fleurs sauvages et locales issues de la biodiversité helvète. OHS cherche maintenant à développer son activité en France, notamment depuis 2012, suite à un appel à projet du ministère de l'Agriculture pour la conservation de semences locales et sauvages. « Avec la perte de biodiversité végétale constatée dans les zones agricoles, les autorités développent des dispositifs pour encourager la réintroduction de biodiversité dans les cultures fourragères, par exemple », indique Stéphane Tremblet. Demain, les zones plantées des villes pourraient voir les plants traditionnels laisser la place à des mélanges de fleurs sauvages. « Le fleurissement des villes va être modifié par les fleurs sauvages, estime Serge Lepage (Ratho). Il faut que la profession horticole s'y prépare, voire qu’elle prenne part au développement de cette nouvelle filière. »
Nouvelles tendances
Les métiers liés aux cultures végétales vont évoluer, Serge Lepage en est convaincu. « Pourquoi ne pas imaginer demain que les plantes ornementales puissent également se manger ?, questionne-t-il. De plus, la santé prend une importance de plus en plus forte pour les Européens, il faut donc se voir comme un hortothérapeute avec des plantes dépolluantes (air, eau, terre), des plantes pour produire des molécules recherchées par la pharmacie ou la chimie, voire même l'industrie. Les modes alimentaires évoluent aussi très vite, les végétaux vont prendre une place de plus en plus importante dans l'alimentation, d'où l'intérêt d'avoir une veille sur les tendances de la société et les nouvelles variétés pour inventer de nouveaux usages. »
Camille Peyrache