L'irrigation pour stabiliser la production viticole
Entre une vigne bloquée dans son développement par la sécheresse et des baies diluées, pauvres en degrés et anthocyanes à cause d'un trop plein d'eau, nul besoin de se résigner. On peut en revanche opter pour la « voie du milieu » : une irrigation optimisée, c'est-à-dire distribuée au bon moment et dans des quantités mesurées. « On situe le besoin annuel en eau de la vigne entre 30 et 80 mm/ha », indique Béatrice Renoud-Lyat, conseillère viticulture en Sud-Ardèche pour la chambre d'agriculture. Et de détailler : « Trop d'eau à la floraison peut entraîner la coulure. Un excès entre floraison et véraison aura tendance à diluer le raisin du fait d'une croissance excessive de la taille des baies. Il y aura alors trop peu de sucre pour la concentration. De plus, une sur-irrigation à ce stade engendrera une croissance exubérante avec un entassement de la végétation propice au développement de maladies. Enfin, entre véraison et récolte, les glucides générés par la photosynthèse alimenteront inutilement la croissance végétative. Par ailleurs, un excès d'eau à cette période pourrait occasionner des problèmes de maturation de la vendange, d'éclatement des baies et un risque de surproduction ».
La réponse est dans les apex
L'apport en eau ne doit pas être trop tardif, sachant qu'il n'est autorisé que du 15 juin au 15 août pour les vins de France, de pays et IGP. Avant cette échéance, les pluies printanières sont censées pourvoir aux besoins de la plante. Après, il n'y a plus d'intérêt ni pour la vigne ni pour les baies. « Tout le travail d'irrigation se fait de la nouaison à la fermeture des grappes, voire au début de la véraison », confirme la conseillère. L'observation des apex fournit des informations fiables et exploitables. Si entre 50 et 80 % des apex se trouvent en situation peu poussante, on peut déclencher l'irrigation, aux alentours d'un millimètre par jour. « Attention, il ne faut pas attendre l'arrêt total de la croissance ! »
Le stade de culture n'est pas le seul critère déterminant. La nature du sol (séchant ou non) et sa préparation, les besoins propres du cépage, la maîtrise du nombre de bourgeons... sont autant de préalables à une bonne irrigation. Si le bon dosage n'est pas évident à trouver, la question mérite pourtant qu'on s'y arrête. Équilibrée, l'irrigation peut en effet permettre de stabiliser, sinon d'augmenter, ses rendements et améliorer la qualité du raisin, même si « cela ne compensera pas le millésime », rappelle Béatrice Renoud-Lyat. Une étude menée par la chambre d'agriculture de la région Paca et l'institut français de la vigne et du vin (IFV) sur grenache, syrah et merlot (58 essais) fait apparaître que, dans deux cas sur trois, le gain moyen de production est de 26 % pour 83 mm d'eau en moyenne ; dans le tiers restant, l'irrigation ne permet pas d'augmenter les rendements de plus de 10 %. Le gain moyen de production étant de 17 % pour 78 mm. L'étude conclut cependant que la relation « eau apportée/gain de production » n'est pas linéaire.
Un vignoble de plus en plus irrigué
Désormais, de plus en plus de vignerons s'interrogent sur l'opportunité d'arroser. « Je pense que l'augmentation du marché du rosé joue sur la demande de volumes des caves coopératives et donc sur le développement de l'irrigation », analyse Céline Gachet, animatrice en gestion quantitative de l'eau et accompagnatrice de projets hydrauliques à la chambre d'agriculture de l'Ardèche.
Elle estime aussi que la sécheresse de 2015 a eu un impact. « La remontée du climat méditerranéen préoccupe les professionnels. Je n'avais jamais eu de demandes sur les solutions techniques applicables à la vigne jusqu'à maintenant », note-t-elle.
Tiphaine Ruppert
Le 27 octobre formation
Une nouvelle session de formation « Irriguer son vignoble selon ses objectifs de production » sera proposée par la chambre d'agriculture de l'Ardèche, le 27 octobre prochain. Animée par Céline Gachet et Béatrice Renoud-Lyat, toutes deux conseillères, elle permettra de passer en revue les aspects aussi bien réglementaires de la gestion de l'eau et de l'irrigation que les aspects agronomiques et techniques. Du matériel d'irrigation sera aussi présenté aux participants.
Une autre session de formation sur ce même thème sera organisée en début d'année 2017 dans la Drôme.
Plus d'information :
en Ardèche : Béatrice Delarbre(tél : 04 75 20 28 00 –
mail : [email protected]
en Drôme : Isabelle Méjean (tél : 04 75 26 99 49 –
mail : [email protected])