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Développement de l'agriculture biologique

L’origine France sera-t-elle au rendez-vous en bio ?

Si toutes les filières assurent être prêtes à mettre un coup d’accélérateur pour fournir en produits bio la restauration collective, certains sénateurs craignent l’augmentation du recours aux importations.

L’origine France sera-t-elle au rendez-vous en bio ?

Parmi les axes développés dans le plan Ambition bio 2022, l'un des plus forts reste celui de la probable intégration des 20 % de produits bio dans la restauration collective défendue lors des discussions du projet de loi « pour une alimentation saine et durable ». Lors des discussions au Sénat, l'argument majeur de la commission du développement durable pour s'opposer à ce chiffre, c'est le risque d'ouvrir les portes largement aux produits importés si la France échoue à produire à hauteur des besoins. Il n'est pas mentionné explicitement dans le projet de loi que les produits fournissant la restauration collective doivent être d'origine française, par respect pour les principes fondamentaux de non-discrimination et de libre concurrence de la commande publique.

Couvrir trois milliards de repas par an

Si l'augmentation de la part d'agriculture biologique dans les assiettes des cantines était fixée à 20 % comme l'ont voté les députés en première lecture, il faut que certaines filières mettent un sérieux coup de cravache. Ce qui ne suffit pas à effrayer les maillons déjà investis dans l'approvisionnement des cantines. « La Fnab a calculé qu'il suffirait de
400 000 ha pour couvrir en bio 20 % des trois milliards de repas distribués chaque année par la restauration collective », indique Éric Grunewald, coordinateur du réseau Manger bio ici et maintenant (MBIM), qui fournit les cantines grâce à un partenariat exclusif avec Biocoop restauration. Et selon l'Agence bio, fin 2017, plus d'1,7 million d'hectares étaient engagés en bio, avec plus de 500 000 en conversion rien que sur l'année. « Quant à ceux qui pensent qu'il va falloir importer pour couvrir la demande, je rappelle que d'après le CTIFL, les importations de pommes représentent 20 % en bio contre 46 % en conventionnel, » assure-t-il.

Tenir compte du marché

L'argument des importations que pourrait engendrer l'obligation des 20 % de produits bio dans les cantines, Pascal Gury, président du groupe bio Intercéréales-Terres Univia, ne le reçoit pas. Il se met même en colère. « Les sénateurs n'ont pas l'air de comprendre le fonctionnement du marché, tempête-t-il. Il y a des importations de céréales aujourd'hui, mais c'est momentané. La filière se convertit encore. En céréales bio, les choses sont bien différentes du conventionnel, nous n'avons pas de volumes sur le marché, il n'y a pas de spéculation. Les acteurs aval doivent se couvrir vite et tôt. » Pascal Gury estime qu'il n'est pas utopique pour les céréales et les oléoprotéagineux d'atteindre l'objectif fixé par le gouvernement. L'interprofession laitière, le Cniel, assure que le défi sera relevé pour répondre aux besoins de la restauration collective, il attend de cette dernière un engagement fort en contrepartie sur l'achat de lait français. Si, comme en filière conventionnelle, certains voisins bénéficient d'un coût de production moindre permettant de répondre aux appels d'offres des cantines avec un produit moins cher que notre production intérieure, quel intérêt pour le producteur français ? « Aucun, répond Thierry Roquefeuil, président du Cniel. Personne ne s'y retrouvera, en tout cas pas l'éleveur, ni le consommateur qui, à ce compte-là, préférera peut être du lait conventionnel français au lait bio importé. »