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Cloque du pêcher

La bonne dose de cuivre n'est pas forcément la plus forte

Membre du groupe Dephy pêche animé par Agribiodrôme, Laurent Chaussabel expérimente depuis plusieurs années la réduction des doses de cuivre pour lutter contre la cloque du pêcher. Les premiers résultats sont palpables.
La bonne dose de cuivre  n'est pas forcément la plus forte

Difficile de s'en passer, tant le spectre d'action du cuivre est étendu pour lutter contre de nombreuses maladies. En arboriculture, c'est plus particulièrement la lutte contre la cloque des pêchers qui impose son application. Son impact sur l'environnement reste pourtant néfaste. Pour en réduire l'utilisation, le groupe Écophyto Dephy, animé par Agribiodrôme, accompagne les producteurs volontaires vers une limitation de leur usage de cuivre.
Membre du réseau, Laurent Chaussabel en a fait l'expérience. Passé en bio dès 1996, il exploite aujourd'hui 3,5 ha de vergers (cerisiers, abricotiers, pêchers, poiriers et kiwis) entre les communes d'Ucel, Aubenas et Pont-d'Aubenas (07). « Auparavant, j'appliquais les exigences du cahier des charges européen, soit l'usage de 6 kg/ha de cuivre par an. J'ai commencé à diminuer mes doses il y a environ quatre ans, encouragé par la marque suisse « Le Bourgeon », qui limite le dosage à 4 kg/ha . Mais je l'ai surtout fait par conviction, certain que j'avais tout à gagner d'un usage moins important mais plus pertinent », raconte l'arboriculteur.

Des passages plus fréquents

Le partage d'expériences avec des pairs lui est précieux. Mais le dosage optimal, c'est avant tout à force d'observations et d'ajustements que Laurent Chaussabel parvient à le trouver. « Cela représente un peu plus de travail mais pas autant qu'on peut l'imaginer, relativise l'arboriculteur. En conventionnel, on préconise trois passages par an, aujourd'hui j'en fais au moins six, mais avec des doses bien moindres. Il s'agit de traiter plus souvent mais plus intelligemment ». Il intervient sur ses arbres fin janvier : « J'observe l'avancement des bourgeons et si je constate un allongement, je ré-applique une dose de fongicide ». Il conseille cependant de limiter les traitements en période froide et humide : « Le tout est de savoir s'adapter en fonction de la météo. L'an dernier, j'ai par exemple dû traiter un peu plus, suite à d'importants épisodes de pluies ».

La cloque du pêcher, un fléau contre lequel un usage raisonné de fongicide est efficace.

Trouver le bon équilibre

L'équilibre est difficile à atteindre. Le bon dosage varie non seulement en fonction des conditions climatiques et météorologiques, mais « il faut jongler avec différentes sortes de cuivre ». Il détaille : « Je mélange principalement de l'oxychlorure de cuivre, notamment la bouillie bordelaise, avec du Kocide, un fongicide et bactéricide à base d'hydroxyde de cuivre. J'adapte là-encore mes quantités en fonction du climat, puisque le Kocide a une action plus rapide. Par temps froid, je privilégie donc une proportion plus importante de bouillie bordelaise ».
Le processus se révèle exigeant mais les résultats sont probants. Laurent Chaussabel est formel : « J'ai de bien meilleurs résultats que dans le passé. Aujourd'hui, je n'ai quasiment plus aucun problème avec la cloque. Je continue même à tenter de réduire encore mes doses : j'en utilise maintenant 3,5 kg/ha/an. » 

Mylène Coste

 

Le réseau Dephy pêche

Le groupe a été mis en place dans le cadre du plan Écophyto 2018, démarche gouvernementale initiée en 2008, visant à réduire l'usage des intrants et phytosanitaires dans toutes les productions au niveau national. En 2016, un deuxième plan a été lancé.
Le groupe Dephy pêche rassemble, depuis 2012, des producteurs ayant décidé de s'associer dans le but de trouver des solutions pour réduire leur indice de fréquence de traitement (IFT). Douze arboriculteurs sont engagées pour trois ans (8 en Drôme, 3 en Ardèche, 1 dans le Rhône). Leurs profils très différents rendent les échanges d'expériences d'autant plus pertinents. « Producteurs en bio, conventionnel ou mixte s'y côtoient. Les exploitations sont de tailles différentes et les types de commercialisation, multiples », précise Brice le Maire, animateur du réseau pour Agribiodrôme.
La réduction des intrants sur les pêchers était au cœur de la première phase de travail du groupe, essentiellement avec la réduction des doses de cuivre pour lutter contre la cloque. « Les producteurs concernés se sont réengagés pour la deuxième phase du plan Écophyto, avec de nouveaux objectifs. Nous nous penchons désormais aussi sur la réduction des insecticides. Depuis 2016, nous avons installé 700 nichoirs et abris à auxiliaires de culture (mésanges et chauve-souris) dans huit des douze vergers, afin de diminuer la pression des insectes ravageurs.Les premiers résultats sont très encourageants mais nous attendons la fin de la première saison pour tirer des conclusions ! »