La campagne drômoise a chaud et soif
Au milieu de la semaine dernière, certains ont eu la chance de recevoir un orage. Par exemple, dans ses pluviomètres, Météo France a enregistré 20,5 mm à Saint-Sorlin-en-Valloire et Chabeuil, 8 à Die, 34,7 à Saint Roman, 13,5 à Séderon... Sur le Vercors, Emmanuel Drogue, éleveur de bovins lait à Saint-Martin, fait état de 18 mm. « La pluie a fait baisser la température et coupé un peu le sec, remarque-t-il. Pour l'instant, notre situation n'est pas catastrophique. Nous souffrons moins que sur d'autres secteurs. » Cependant, « avec des température très élevées et baissant peu la nuit, les vaches ne sont pas bien ».
Inquiétude pour les pâturages
Certains éleveurs ont rentré leurs troupeaux les après-midi trop chauds. Emmanuel Drogue a constaté un tiers de lait en moins en période caniculaire. Ses premières coupes de foin, il les a faites tôt et dans de bonnes conditions. En secondes coupes, il manque 50 % de la récolte sur les parcelles fauchées précocement et plus sur les autres. En avance de 7 à 15 jours sur le Vercors, les moissons ont bien rendu.
Eleveur à Oriol-en-Royans, Thierry Ageron déplore : « Il n'y a plus d'herbe et les maïs ensilage ont le même aspect qu'en 2003. Le Bas-Royans a la possibilité d'arroser mais peu. Pour minimiser les dégâts et sauver une partie de la récolte de maïs, il faudrait de la pluie rapidement. Pour les pâturages, il faudrait qu'elle trempe vraiment le sol. Les noyers ne souffrent pas pour le moment. » Il en est de même pour ceux du Haut-Diois.
Dans le Diois, Didier Beynet et François Monge, éleveurs ovins respectivement à Saint-Nazaire-le-Désert et Recoubeau-Jansac, font le constat de premières coupes récoltées avant la sécheresse. Celle-ci n'a pas joué non plus sur les secondes coupes. Mais « sans pluie, il n'y aura pas de troisièmes coupes. Ce sont les pâturages qui souffriront le plus. Si la sécheresse dure, il n'y aura pas de repousse à l'automne ». François Monge signale aussi des sojas non irrigués qui jaunissent.
Dans le Sud-Drôme, à Eygalayes, « le rendement des céréales est faible car il n'a pas plu au moment voulu, explique Anne-Marie Clément. Pour les foins, la récolte des premières coupes va de très peu à proche de la normale, selon les terrains. En secondes, elle est misérable. Tout est sec. Il est urgent qu'il pleuve, sinon il faudra entamer les stocks d'hiver pour nourrir les brebis. »
Sur son secteur d'Alixan, Jean-Pierre Royannez constate une perte de rendement en céréales à paille (liée à la chaleur de mai). Les premières coupes ont donné du fourrage mais maintenant l'herbe ne pousse plus. Et les cultures de printemps vont être pénalisées. Des tours d'eau plus rapprochés seraient nécessaires pour les arroser.

Stress hydrique et thermique
Sur le secteur de Valsoleil, la technicienne de la coopérative, Prune Farque, craint de graves difficultés en maïs non irrigués. En tournesols (en majorité non irrigués), quelques cas de cœurs de capitules non fécondés et de petits capitules sont observés. Concernant les maïs irrigués, au stress hydrique s'ajoute le stress thermique, qui peut affecter la fécondation. Du fait des fortes chaleurs, « il est difficile de compenser l'évaporation avec l'irrigation, constate la technicienne. Même avec l'arrosage, on n'est pas complètement sereins. Il est encore tôt pour chiffrer les dégâts mais il est sûr qu'il y en aura. En soja, il peut aussi y avoir des problèmes de fécondation, qui sont en cours d'évaluation. En maïs, il le seront plus tard ».
Pression élevée des ravageurs
Sur le secteur de Natura'pro, son technicien Nicolas Régnier précise que presque tous les maïs et sojas sont irrigués. Pour les tournesols et sorghos en sec (70 % des surfaces), la récolte devrait être « assez précoce et le rendement moindre mais dépendra du type de terre ». Les maïs, eux, « sont dans l'ensemble plutôt jolis, ont du potentiel. Des problèmes de fécondation sont possibles, si les tours d'eau sont justes mais ils ne devraient pas trop y en avoir ». Du fait de la chaleur, la pression des ravageurs est élevée, notamment en héliotis et sésamies sur maïs. En soja, le technicien ne signale pas de problèmes particuliers.
En productions de semences, la castration des maïs a commencé plus tôt que d'habitude, indique Isabelle Halgrin, du SPSMS Rhône-Alpes. Les conditions climatiques extrêmes suscitent des inquiétudes. Mais, « pour l'instant, il serait prématuré de parler de problèmes de fécondation. Les agriculteurs tiennent l'irrigation du mieux qu'ils peuvent ».
Annie Laurie
Bilan dressé en fin de semaine dernière.
Sécheresse : des soutiens aux éleveurs
La sécheresse va peser sur la trésorerie des exploitations qui devront acheter du fourrage pour leurs troupeaux. « C'est pourquoi la profession a sollicité le soutien financier de la Région, comme en 2003 et 2011*, note Jean-Pierre Royannez, vice-président de la chambre d'agriculture et président de la FRSEA. Une rencontre a eu lieu le 21 juillet. Nous allons nous revoir pour expertiser les besoins dans chaque département et calibrer une enveloppe. »Le président de la Région, Jean-Jack Queyranne, a décidé d'aider les éleveurs pour éviter qu'ils décapitalisent en vendant des animaux (afin de ne pas supporter le coût de leur alimentation) et enrayer ainsi une baisse des cours. Il s’est engagé à financer des actions collectives mises en place par les organisations professionnelles agricoles pour assurer l’approvisionnement en fourrage. Il a par ailleurs annoncé le principe d’un dispositif de solidarité vis-à-vis des éleveurs. Pour le sénateur Didier Guillaume, qui prône l'achat de produits français, « le soutien à l'élevage doit être durable, notamment par la promotion de la viande française à l'export et l'augmentation des prix à un niveau juste, respectueux du travail des producteurs ».
A. L.* Lors de la sécheresse de 2011, la Région avait soutenu 5 669 éleveurs et 10 initiatives collectives en mobilisant 5 millions d'euros.
Gaec des terres blanches : la sécheresse vient fragiliser l'exploitation de Pascal et Céline Ferlay, qui se relève à peine de trois ans de crise du lait de chèvre et souffre de celle du lait de vache.
« Sécheresse et crise, c'est trop »
Au Grand-Serre, Pascal et Céline Ferlay se sont installés hors cadre familial, lui en 2004, elle en 2007. Ils ont créé un élevage de vaches laitières (65) et chèvres (280). Leur ferme, le Gaec des terres blanches, compte 162 hectares dont 90 de prairies, 35 de maïs ensilage, 32 de céréales et 5 de colza semence. Collecté par la Sodiaal, le lait des vaches est transformé par la Fromagerie Curtet (Vinay) en saint marcellin IGP. Le lait de chèvre, lui, est collecté par Eurial.
D'habitude autonome
Habituellement, l'exploitation est autonome en fourrages et céréales pour les deux troupeaux. Cette année, la récolte de foin est correcte. Mais, dans les prés, l'herbe est à présent sèche. Une partie du maïs est irriguée mais ne peut l'être suffisamment en ces temps caniculaires. Aussi, Pascal Ferlay a décidé d'en faire brouter trois hectares par les vaches. Il estime qu'il manquera 60 % d'ensilage. « C'est l'année où il ne fallait pas que ça arrive, dit-il. La trésorerie de l'exploitation est plombée. Nous avons mis de l'argent dans la culture de maïs qui ne seront pas récoltés. Nous n'avons pas de fourrage de report et pas les moyens d'acheter du foin et du maïs. Après la récolte de l'ensilage, nous ferons le point. Et si nous ne pouvons nourrir que 30 vaches l'hiver prochain, nous vendrons les autres. »
30 000 euros en moins
L'exploitation a déjà été fragilisée par les trois ans de crise de la filière caprine (de 2010 à 2012), même si le prix du lait de chèvre est remonté depuis. Et « le lait de vache nous est payé 300 euros les 1 000 litres contre 360 en 2014 à la même période, explique Pascal Ferlay. Sur notre quota de 500 000 litres, c'est 30 000 euros de chiffre d'affaires en moins. Il faut 8 litres de lait pour produire un kilo de saint marcellin. Ces jours-ci, nous en avons acheté dans une grande surface à 2, 81 euros les trois fromages (d'un poids unitaire de 80 g) ! La différence entre le prix à la production et celui à la consommation est grande. La sécheresse et la crise, c'est trop. »
A. L.