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Arboriculture

« La cerise risque de redevenir un produit de niche »

Alors que la saison des cerises touche à sa fin, la production de ce fruit à noyau s’est montrée « très hétérogène » selon Régis Aubenas, président de la section fruits de la FDSEA de la Drôme. À l’échelle nationale, la filière monte au créneau et alerte l’État. 

« La cerise risque de redevenir un produit de niche »
AD26 archives
Le 27 juin, la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) et l’AOP cerise ont expédié un courrier à destination des préfectures afin d’alerter de l’urgence économique, technique et humaine » vécue par la filière.)

Les freins à la production de cerises continuent d’impacter les arboriculteurs. Comme les années précédentes, la pression de la Drosophila suzukii a entraîné des pertes parfois importantes dans certains vergers. Selon Régis Aubenas, « la cerise devient une affaire de spécialiste. Il faut avoir investi afin d’être opérationnel d’un point de vue technique ».

Une campagne « très hétérogène »

La météo n’a pas épargné la production de cerises. « Ceux qui ont pu investir ont fait une belle saison avec des vergers protégés contre la pluie et les insectes, rapporte Régis Aubenas. Chaque année, la campagne s’avère de plus en plus hétérogène. » Lorsque ce dernier parle d’investissement sur les vergers, il fait aussi référence aux variétés produites. « Les vergers ne sont pas tous renouvelés. Avec la pluie, les cerises éclatent et les fruits montrent une plus grande sensibilité aux mouches et maladies. L’année prochaine, cela risque d’empirer car l’armoire à pharmacie se réduit encore. Il y aura peut-être une vague d’arrachage. Faire de la cerise sans chimie de synthèse, ça n’est pas envisageable… Ça risque de devenir un produit de niche », avance le président de la section fruits. D’un point de vue économique, « une partie de la campagne s’est bien passée malgré des moments plus difficiles car il y avait beaucoup de fruits sur le marché. Tout dépend du circuit commercial. Le haut de gamme cherche de grosses cerises ramassées noires vendues chez les détaillants spécialisés et dans certaines grandes surfaces », rapporte l’arboriculteur. 

"L’année prochaine, cela risque d’empirer car l’armoire à pharmacie se réduit encore"

À l’avenir, la production de ce fruit à noyau devrait passer par des variétés très précoces ou par le biais d’un verger équipé. « Ça sera une récolte d’une semaine, avant que les ravageurs n’arrivent, ou avec des cerisiers sous filets et des parcelles empaquetées mais cela coûte des dizaines de milliers d’euros », selon Régis Aubenas. Il met en avant une technique alternative, qui ne devrait être opérationnelle que d’ici 2030, celle des lâchers d’auxiliaires. Concernant la génétique de la cerise, « il y a un renouveau important et très dynamique. La Turquie se présente comme le producteur numéro un avec une armoire à pharmacie similaire à celle que nous avions il y a 30 ans », précise ce dernier.

La profession alerte l'État

Le 27 juin, la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF) et l’AOP cerise ont expédié un courrier à destination des préfectures afin d’alerter de l’urgence économique, technique et humaine » vécue par la filière. Épaulés du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes et de l’Inrae, les structures demandent une « reconnaissance officielle des pertes agricoles subies », une « revalorisation urgente des prix agricoles et d’un programme de recherche et d’innovation ambitieux et réaliste », un « engagement sur un spectre de molécules plus large : autorisation de l’Esfenvalérate, autorisation de l’acétamipride, maintien du Karaté, et sécurisation des AMM* actuelles ».

Fruits d’été

Les producteurs d’abricots et de pêches anticipent les pics

En plein dans le pic d’approvisionnement en abricots dans la Drôme, la section fruits de la FDSEA reste vigilante à ce que les grandes surfaces jouent le jeu de la production locale. 


 

« Nous sommes sur une production déficitaire en Europe, mais supérieure par rapport à l’année dernière en France », observe Régis Aubenas. ©AD26Archives

Les abricots de la variété bergeron démarrent cette semaine et vont prendre le relais sur les variétés modernes. Comme pour la cerise, la campagne de ce fruits d’été s’annonce assez hétérogène. « Les conditions humides de la fleur ont fait que certaines variétés ont bien accroché et sont chargées en fruits. Certains ont rapporté des problèmes d’épidermes à cause de la pluie. Ceux dotés d’une bonne génétique ont bien renouvelé leur verger et devraient réaliser une très bonne saison », estime Régis Aubenas de la section fruits de la FDSEA 26. 

Des enseignes « dans les radars »

Concernant la production de pêches et nectarines, « elle démarre fort sur la vallée du Rhône. Nous arrivons sur des volumes plus importants et nous sommes dans le cœur de l’activité », rapporte ce dernier. L’aspect technique inquiète toutefois certains producteurs. « Les pucerons verts et la cochenille peuvent nous poser problème en 2026 si certains produits disparaissent. Nous pourrions perdre jusqu’à 40 % de nos productions. Il faudra au minium une dérogation », prévient Régis Aubenas. D’un point de vue commercial, « pour l’instant, c’est fluide par rapport à 2024 ». De quoi apporter un peu de positif aux producteurs. « Avec le gel en Europe et en Turquie, nous observons un déficit structurel. Habituellement, la Turquie gère un tiers du marché allemand et hollandais. L’Espagne et l’Italie n’ont pas non plus été épargnés par le gel, analyse Régis Aubenas. Nous sommes sur une production déficitaire en Europe, mais supérieure par rapport à l’année dernière en France ». 

« Il fait très chaud et beau sur toute l’Europe donc les gens consomment des fruits d’été. Nous avons travaillé la saison avec l’AOP et le syndicalisme afin d’anticiper les pics d’apports. Pour la pêche, c’est pareil. L’idée, c’est de réguler et d’anticiper au maximum les pics », déclare Régis Aubenas. Malgré ce contexte plutôt favorable, la vigilance reste de mise pour les producteurs. « D’ici fin août, il peut y avoir plein d’autres problèmes : un retournement de marché ou la guerre des prix des enseignes. Certains magasins sont dans les radars car nous savons qu’ils peuvent dévier. »

* AMM : autorisation de mise sur le marché.