Accès au contenu
Bovin lait

La crise laitière de la France à l'Allemagne

Précédée par l'Allemagne qui, à elle seule, produit 21 % de la collecte de lait européenne, la France est le deuxième plus gros pays producteur de lait de l'Union européenne (16 %). Si les deux nations possèdent des filières laitières bien différentes, elles ont néanmoins subi, l'une comme l'autre, la crise du lait de plein fouet.
La crise laitière de la France à l'Allemagne

L'élevage laitier est une production agricole majeure en Allemagne. Il est présent sur toutes les surfaces qui ne sont pas propices à la culture végétale. Depuis le début de la crise en 2014, le pays a perdu 8 % de ses exploitations et compte maintenant environ 67 300 exploitations et 4,2 millions de vaches laitières, réparties pour la plupart au Nord-Ouest (Basse-Saxe) et au Sud-Est (Bavière). Il s'agit d'exploitations de grande taille, avec un cheptel moyen d'une centaine de vaches. En France, en revanche, les exploitations sont plus petites et moins nombreuses, avec une moyenne de soixante vaches par élevage pour un effectif total de 3,8 millions de bêtes, réparties sur un peu moins de 59 000 exploitations. En 2016, l'Allemagne a produit 32,7 millions de tonnes de lait avec une moyenne de production de 7 746 kg de lait par vache, contre 26 millions de tonnes de lait en France, et 7 154 kg par vache. Les 195 laiteries allemandes ont collecté 31,3 millions de tonnes de lait dont 794 718 en bio, pour en faire du lait de consommation, du fromage puis des boissons et produits mixtes (beurre, crème, yaourts...). Les 350 laiteries de l'hexagone ont, quant à elles, récolté 26 millions de tonnes dont 553 000 en bio. En France, le lait sert principalement à faire des fromages (37 %), puis du beurre (16 %) et du lait de consommation (10 %).

Les origines de la crise

En 2014, le prix du lait (taux réels) en Allemagne (424,60 €/1 000 l) et en France (410,30 €/1 000 l) n'a jamais été aussi élevé. Il permet aux éleveurs de couvrir leurs coûts de production tout en réalisant une petite marge. Seulement, deux évènements vont venir perturber cet équilibre. Le premier est la fin des quotas laitiers, auquel est venu se rajouter l'embargo russe qui interdit l'importation des produits européens aux pays qui ont prononcé des sanctions envers la Russie pour son annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée.
La fin des quotas a surtout eu un impact en Allemagne, car aucune limite n'a été fixée par les laiteries. Encouragés par un prix du lait élevé, les éleveurs ont augmenté de 3,5 % leur production de lait pour atteindre 31,4 millions de tonnes. Seulement, l'embargo est arrivé et la demande mondiale a chuté brutalement. Les Allemands qui exportent la moitié de leur production en Russie se sot retrouvés avec des volumes de lait excédentaires. Face à cette offre trop importante et cette demande minime, le prix du lait a commencé à baisser. Pendant ce temps-là, en France, à la fin des quotas, les éleveurs ont passé des contrats avec les laiteries, ce qui a stabilisé les volumes. Si la France, qui exporte également sa production laitière (en particulier ses fromages) en Russie, est impactée par l'embargo, c'est dans une moindre mesure par rapport à ses voisins germaniques. La tendance vient donc à s'inverser. L'Allemagne, qui produit toujours plus, voit son prix du lait passer en dessous de celui de la France. En 2015, les prix ont déjà bien baissé, et les éleveurs français ne touchent plus que 316 €/1 000 l et les allemands seulement 277,5 €.

Surproduction laitière

Pendant ces deux ans de surproduction, l'excédent de lait a été redirigé vers la fabrication de beurre et de poudre de lait, des produits stockables. Face aux difficultés de la filière, l'Europe a stocké près de 380 000 tonnes de poudre de lait écrémé, pour essayer de soulager le marché. Les prix sont en chute libre et les éleveurs ne s'en sortent plus avec leurs coûts de production. De nombreuses exploitations font faillite ou sont obligées de se séparer d'une partie de leur cheptel, ce qui entraîne une dévalorisation de la viande de réforme avec une baisse du prix. Les Français consomment de moins en moins de lait en réponse au discours « anti-lait », et certains préfèrent le lait végétal, qu'ils jugent plus sain.
À la suite de cela, le nombre de vaches laitières est moins important dans les deux pays, et les volumes de lait commencent à diminuer. En parallèle de cette baisse d'effectifs, les exploitations doivent faire face à un manque de fourrage à cause de la sécheresse de 2016, ce qui fait baisser encore plus la quantité et la qualité du lait. Cet été-là, le prix du lait est au plus bas (294,50 €/1 000 l en France et 231,80 en Allemagne), car 25 % de la production annuelle européenne de poudre de lait est encore en stock. À noter, que la filière laitière bio est, quant à elle, peu impactée depuis 2014, car le prix du lait est resté constant à 450 €/1 000 l.

Un sursaut d'espoir

Fin 2016, retournement de situation, le marché européen se retrouve déficitaire en matière grasse. Cela s'explique par la baisse des volumes de lait, le développement d'un nouveau marché en Asie ainsi qu'un regain d'intérêt de la part des consommateurs européens. Le prix du beurre monte en flèche (+ 36 % en 1 an) et en 2017 le prix du lait augmente enfin pour arriver en novembre aux alentours des 345 €/1 000 l en France et 340 € en Allemagne. D'après le Cniel, « cette nouvelle demande en matières grasses devrait venir compenser la difficulté à vendre les stocks de poudre de lait, et constituer une sorte d'assurance pour 2018 et ainsi éviter une rechute vertigineuse des prix. » Néanmoins, la prudence est de mise car la bonne quantité et qualité des fourrages de 2017 et la remontée des prix invitent de nouveau les éleveurs à produire plus et il ne faudrait pas retomber dans le même schéma, avec une offre qui plombe la demande.
Manon Laurens

Consulter les données sous forme de graphiques et tableaux