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Bovins

La ferme des Pélaillons s’oriente vers la transformation de viande

Grégory Pèlerin s’est installé en 2021 sur une exploitation en vaches laitières et va prochainement s’associer à sa compagne Séverine pour créer un laboratoire de découpe sur la ferme.

Par M.E.
La ferme des Pélaillons s’oriente vers la transformation de viande
©ME-AD26
Si Séverine Pélerin conserve son activité de photographe, elle suit actuellement un BPREA en distanciel avec le CFFPA de La Motte-Servolex pour s’associer à son compagnon.

Perchée au cœur du Vercors, à la limite de Saint-Martin-en-Vercors, la ferme des Pélaillons s’étend sur 76 hectares avec des vaches laitières pour activité principale. Depuis 2021, c’est Grégory Pèlerin, âgé de 36 ans, qui gère l’exploitation. Un projet de reprise qui a nécessité environ 360 000 € d’investissement. Mais, dans cette aventure, il n’est pas seul. Séverine Pélerin, sa conjointe, s’apprête à le rejoindre sur la ferme d’ici l’année prochaine. Actuellement, ce sont 45 Montbéliardes et quinze veaux de renouvellement qui vivent sur le site. D’ici 2026, le couple projette d’investir dans un laboratoire afin d’assurer la découpe de la viande et la vente à la ferme.

Reprendre et s’installer

Issu d’une famille d’agriculteurs, Grégory Pèlerin s’est toujours destiné à l’élevage. Lui qui a grandi dans une ferme caprine, à Échevis, ne s’imaginait pas ailleurs. Après un BP agricole spécialisation caprine, un Bac pro conduite et gestion de l'entreprise agricole, à 21 ans, il a rejoint l’exploitation familiale. Finalement, en 2013, il s’oriente vers un apprentissage en CAP boucherie et passe plusieurs années en grande distribution. Cinq ans plus tard, son rêve refait surface. Lui et sa compagne se lancent dans la recherche de la ferme caprine idéale. Après plusieurs visites non-concluantes, le couple craque sur une offre de reprise de ferme publiée sur le Répertoire départ installation (RDI). Pas de chèvres, mais des vaches. « L’exploitation nous a plu. C’est un vrai écrin de verdure, le troupeau était sain et ça restait une petite ferme avec la volonté de rester familiale », décrivent-ils. Après un premier stage de transmission, le passage de la Covid-19 et un an de salariat sur place, Grégory Pèlerin s’installe en janvier 2021.

"Quelques veaux souffraient de diarrhées. Nous ne parvenions pas à trouver la cause. Nous avons donc essayé de mettre les veaux sous les mères", expliquent les éléveurs. ©ME-AD26

« La comptabilité prouvait que le système fonctionnait. J’étais prêt à investir », déclare l’éleveur engagé sur 17 ans. Sur l’exploitation, 74 hectares sont en fermage. Le troupeau bénéficie de 40 hectares pour pâturer. Ainsi, la ferme est autonome en fourrage. Grégory Pèlerin passe par la coopérative XR Repro pour la reproduction de son troupeau. Via le génotypage, quinze génisses sont sexées femelles pour le renouvellement en Montbéliardes laitières. Le reste du troupeau est inséminé avec un taureau charolais afin d’être valorisé en veaux de boucherie.

Un temps d’adaptation 

Il aura fallu trois années au couple pour s’habituer au troupeau. « Quelques veaux souffraient de diarrhées. Nous ne parvenions pas à trouver la cause. Nous avons donc essayé de mettre les veaux sous les mères. Grâce au colostrum ingéré, ils bénéficient de l’immunité maternelle, rapportent les agriculteurs. Nous avons pu dire au revoir aux antibiotiques mais nous observons une baisse de 20 % de la production de lait. Nous pensons quand même être gagnants en temps de travail et sur les frais vétérinaires ». L’exploitation est bio depuis plus de trente ans donc les agriculteurs doivent passer un contrôle chaque année pour conserver cette certification. « Un contrôle à 700 € qui nous pénalise un peu car nous ne valorisons pas notre lait en bio », précise Grégory Pèlerin.

Toutefois, d’ici septembre, la situation devrait changer. La ferme vendra sa production à la coopérative Vercors Lait qui offre une meilleure valorisation. Ainsi, comme le veut le cahier des charges, les agriculteurs élèveront deux vaches villardes, soit 3 % du troupeau. Grégory et Séverine Pèlerin n’envisagent pas de faire de la transformation laitière en raison des « contraintes et des investissements qu’implique un laboratoire dédié ». Si, pour l’instant, le couple achète des céréales à la coopérative Valsoleil, il envisage d’investir dans dix hectares pour faire ses propres céréales.

Si l’installation répond aux attentes du couple, la situation sanitaire ne leur a pas fait de cadeau. En 2024, près de la moitié du troupeau a été touchée par la FCO-8, soient près de 40 % de perte de production sur quatre mois. Cette année, le couple a anticipé la vaccination, notamment contre la FCO-3 et la MHE. Pas de quoi anéantir les projets de la famille de quatre enfants. Si Séverine Pèlerin conserve son activité de photographe, elle suit actuellement un BPREA en distanciel avec le CFFPA de La Motte-Servolex pour s’associer à son compagnon. Avec une meilleure valorisation du lait et l’allégement du crédit en fin d’année, le couple se tourne vers l’avenir. Ensemble, ils souhaitent créer un laboratoire de découpe et développer la vente à la ferme.

Gérer la prédation… et la cohabitation

Le couple a décidé de former un chien de montagne des Pyrénées pour assurer la protection du troupeau. ©Wildphotography

« En 2020, alors que les vaches vêlaient au champ, un veau a été attaqué par une meute de loups, rapporte Grégory Pélerin. Après l’attaque, la vache a arrêté de produire du lait. Nous avions trois loups autour de la ferme ». Le couple a décidé de former un chien de montagne des Pyrénées pour assurer la protection du troupeau. Toutefois, conscients des problématiques liées à la cohabitation entre les chiens, les riverains ou touristes de montagne, les éleveurs ont pris les devants. Ils ont demandé des panneaux d'information à la Direction départementale des territoires de la Drôme. Enfin, les agriculteurs ont distribué des affiches aux voisins et aux propriétaires de locations courte durée pour sensibiliser à l’approche d’un chien de troupeau.

Des éleveurs inquiets face à la Dermatose nodulaire contagieuse

Pour rappel, deux cas de Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ont été confirmés en Sardaigne puis en Savoie ces dernières semaines (voir notre précédente édition). De quoi plonger les éleveurs dans une profonde inquiétude. « Après la FCO, voici la nouveauté de cette année : la Dermatose nodulaire contagieuse. Si nous venions à être impactés notre élevage ne se relèverait pas », alertent les éleveurs de la ferme des Pélaillons sur leur page Facebook. Ils déplorent le manque de vaccination et que « rien ne sera mis en place, à part l'abattage du troupeau, la désinsectisation et une zone de sécurité sachant que ce sont les mêmes insectes que la FCO qui transmettent, que la période d'incubation est de quatre a quatroze jours qu'allons nous faire si dans 14 jours de nombreux foyer apparaissent ? Allons-nous abattre tous les troupeaux ? ».