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BOVINS

La filière viande bovine tente de maintenir le cap

Touchée comme de nombreux secteurs par la mise en place des mesures de confinement, la filière bovine a été contrainte à se réorganiser. Les éleveurs sont encouragés à ne pas transiger sur les prix.
La filière viande bovine tente de maintenir le cap

Jonathan Janichon, président de la section régionale bovine de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes.

Même si leurs contacts avec des intervenants extérieurs se font désormais à distance respectable, le quotidien des producteurs de viande bovine n'a pas vraiment changé. Ce qui a surtout changé, ce sont les habitudes d'achat des consommateurs. Avec la mise en place du confinement, plus de 20 % de la consommation de viande en France a en effet disparu suite à la mise à l'arrêt forcée de la restauration hors domicile. « Le steak haché congelé représente aujourd'hui 90 % de la viande de bœuf consommée dans notre pays. Les steaks hachés sont faits avec des morceaux d'avant. Or, ce sont surtout les pièces d'arrière qui permettent de tirer les prix et elles sont principalement consommées dans la restauration hors domicile », regrette Jonathan Janichon, président de la section régionale bovine de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes. Pour la filière, l'inquiétude vient surtout des jeunes bovins, pour lesquels plusieurs marchés à l'export comme l'Allemagne se sont fermés du jour au lendemain, entraînant des difficultés d'écoulement et donc des fluctuations importantes des prix.

Hausse espérée de la consommation de viande

Après plusieurs semaines de confinement, les habitudes des consommateurs semblent malgré tout revenir progressivement à la normale. Selon la FRSEA, le panier moyen de la ménagère a augmenté de 89 % depuis le début du confinement, ce qui laisse espérer une hausse progressive des achats de viande bovine. « Dans un premier temps, les consommateurs ont paniqué et se sont jetés sur de nombreux produits de base dont font partie les steaks hachés congelés. Mais on constate ces dernières semaines que la demande revient petit à petit et que des petites structures se mettent à proposer de nouveau des pièces d'arrière. Aujourd'hui, on commence à retrouver un équilibre avec une hausse moyenne de 30 cts du prix de la viande bovine », se satisfait Jonathan Janichon. Président de la FDSEA en Saône-et-Loire et coordinateur du Berceau des races à viande, Christian Bajard tient d'ailleurs à dédramatiser l'impact de la crise sanitaire sur la filière bovine. « De nombreuses rumeurs nous laissaient présager des ventes en chute de 40 % alors que nous sommes pour le moment à moins de 9 %. Ce n'est pas si mal si on prend en compte le fait qu'à cette période de l'année, peu d'animaux sortent », rappelle-t-il.

Résistance contre les baisses de prix

Cela étant, l'inquiétude d'une crise durable qui impacterait plus durement la filière est réelle. Dans une lettre ouverte au ministre de l'Agriculture le 29 mars, la Fédération nationale bovine (FNB) demande au gouvernement d'instaurer « un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production ». Une mesure que le syndicat souhaite voir appliquée « jusqu'à la fin de l'urgence sanitaire, période pendant laquelle il est possible de déroger aux règles européennes ». Pour faire respecter la loi Egalim votée en 2018, les représentants de la filière appellent donc à engager un bras de fer avec les principaux distributeurs. « Le président a parlé de montée en gamme de nos produits agricoles. Nous sommes d'accord pour augmenter la part des labels dans notre production globale mais il faut en contrepartie construire un prix minimum qui prenne en compte les coûts de production. Lorsque la crise a démarré il y a quelques semaines, nous étions sur le point de proposer des contrats aux enseignes de grande distribution. Notre crainte, c'est que tout soit balayé et que l'on reparte comme avant avec un détricotage de notre agriculture. Cette crise sanitaire est l'occasion de rappeler les vrais enjeux et de déclencher une vraie réflexion chez les consommateurs », explique Christian Bajard. Une position partagée par Jonathan Janichon, qui appelle d'ailleurs les éleveurs à faire de la résistance face à toute tentation de baisser les prix : « Si les acheteurs continuent à venir à la ferme en demandant des baisses de prix, il faudra absolument faire de la rétention. Ces acheteurs sont opportunistes, ils font de l'intox. La demande ne s'écroule pas et elle est même en train de repartir, donc rien ne nous empêche de garder nos animaux encore quelques semaines. » 

Pierre Garcia

Bovins /

D. Guillaume écarte la demande de la FNB d'un prix minimum à la production

Le 16 avril, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a écarté la demande de la FNB, (producteurs de bovins viande, FNSEA) formulée le 29 mars d'instaurer «un prix minimum payé aux éleveurs à hauteur de notre coût de production» - soit un euro de plus au kilo - pendant l'état d'urgence sanitaire. «Des prix d'intervention où l'argent public viendrait entériner le déséquilibre, je ne pense que ce ne serait pas une bonne mesure», a justifié Didier Guillaume lors d'une audition devant les députés de la commission des Affaires économiques. Le ministre a évoqué un entretien à venir avec le président de la FNB Bruno Dufayet. Dans un communiqué le 15 avril, son syndicat a appelé les éleveurs «à retenir, au maximum, leurs animaux en ferme», afin d'obtenir de meilleurs prix. «Si tous les éleveurs retiennent leur animaux dans les cours de ferme, ça fera forcément poser des questions aux abattoirs», a reconnu le ministre. «Aujourd'hui, il n'y a aucune raison acceptable que le prix payé à l'éleveur baisse, là, au moment où il y a une demande qui augmente», a-t-il lancé, en réponse à une question du député Jean-Baptiste Moreau (LREM, Creuse).

 

VEAUX / Déjà éprouvée ces dernières années, la filière vitelline a été frappée de plein fouet par la mise en place des mesures de confinement. Le 14 avril, l’interprofession a lancé une campagne de communication afin d’alerter les pouvoirs publics et les consommateurs.
La section veaux d’Interbev lance une campagne de communication du 14 au 24 avril, à la fois sur internet et à la radio.

Des produits mal représentés dans les grandes surfaces

Si les boucheries restent ouvertes, les rayons traditionnels des enseignes de la grande distribution ont pour la plupart fermé. Une situation qui met aujourd’hui en péril la filière vitelline, qui s’inquiète de la faible représentativité de ses produits dans les linéaires des grandes surfaces. « Cette crise sanitaire met en lumière les difficultés récurrentes que nous connaissons depuis des années. Les consommateurs ne savent pas s’ils peuvent retrouver du veau au rayon viande blanche, viande rouge ou à proximité de l’agneau. Ils vont donc avoir tendance à se tourner vers d’autres viandes comme le bœuf et le poulet que les enseignes mettent beaucoup plus en avant dans leurs rayons », rappelle Angélique Delaire, administratrice de la Fédération nationale bovine (FNB) et membre du conseil d’Interbev section veaux de boucherie. Inciter les GMS à soutenir la filièreConséquence directe de ces difficultés de représentativité dans les grandes surfaces, la cotation du veau gras est aujourd’hui en chute libre, ce qui affecte toute la filière. Depuis le début de la crise sanitaire, elle déplore une baisse d’activité moyenne de 35 % dans les abattoirs français. Dans le même temps, les industriels accusent le coup et alertent déjà les éleveurs sur des retards de sortie et des délais de vide de plus de six semaines. Malgré tout, la FNB a annoncé qu’elle resterait vigilante au respect des engagements pris par chacun par rapport au contrat-type, qui prévoit des cas particuliers d’allongement de la période d’engraissement. Elle n’hésite d’ailleurs pas à pointer du doigt les principaux distributeurs qui ont, semble-t-il, oublié leurs engagements pris en 2018 dans le cadre des Etats généraux de l’Alimentation. Interbev a décidé de lancer du 14 au 24 avril une grande campagne de communication à la fois sur internet et à la radio. « Les enseignes de la grande distribution doivent absolument jouer le jeu. Nous leur demandons simplement de mieux mettre en avant nos produits et de rémunérer de manière plus juste les producteurs », rappelle Angélique Delaire.
P. G.