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Congrès de la FNSEA

La FNSEA défend une autre Europe

Initialement porté par Xavier Beulin, le rapport d’orientation voté par la FNSEA lors de son congrès annuel, a réaffirmé l’importance de l’Union européenne et de la Pac pour les agriculteurs français, et des ajustements nécessaires soutenus par l’organisation.

La FNSEA défend une autre Europe

Dans une vidéo diffusée en introduction de la présentation du rapport d'orientation sur l'Europe, Xavier Beulin, le président du syndicat décédé brutalement le 19 février, regrette que l'Europe souffre du « choix d'élargissement au détriment d'un approfondissement ». Un constat partagé par le député européen Michel Dantin qui estime que « le chiffrage de cet élargissement a été largement sous-estimé ». Le rapport d'orientation souligne que le passage de 380 millions à 500 millions de consommateurs s'est accompagné d'une part, d'inégalités et de divergences économiques, mais aussi du développement de distorsions de concurrence entre les États membres alors même que le « tout marché » ne peut fonctionner en agriculture.

Défendre les bienfaits de l'Europe

« La paix et la sécurité alimentaire sont des réussites évidentes de la construction européenne, une construction européenne qui dérive malheureusement vers une technocratie », déplore ainsi Jérôme Volle, responsable de la commission emploi de la FNSEA. « On ne sait même plus si les décisions sont élaborées de manière intelligente », poursuit-il. En effet, « la rédaction des règles européennes est de plus en plus confiée à des juristes, sans lien avec le terrain, ce qui conduit parfois à des absurdités. » La Pac est donc logiquement perçue aujourd'hui comme « un ciment historique qui s'effrite », indique le rapport. Cela s'explique par le fait qu'elle a subi des réformes majeures puisque « nous sommes passés d'une politique de prix à une politique d'aides directes », explique Jérôme Volle.


« Aujourd'hui, elle paraît à bout de souffle », déplore Arnaud Danjean, député européen, dans son témoignage vidéo. Ainsi, « les enjeux nationaux sont souvent mis en avant plutôt que les intérêts européens ». Pourtant, la solution ne réside certainement pas dans un « Frexit ». La FNSEA s'est livrée à un travail prospectif autour d'un scénario où la France sortirait de l'Union européenne, et qui conduirait, souligne le rapport, à une crise sur le marché sans précédent. « Pour la FNSEA, la sortie de la France n'est pas une option mais elle n'acceptera pas non plus le statu-quo », insiste Jérôme Volle.
Crise, instabilité géopolitique, Brexit, changement climatique, croissance démographique... « L'UE est sans doute l'objet des déceptions, néanmoins il faut qu'elle sache relever ces nouveaux défis », estime Henri Brichart, vice-président de la FNSEA.

Les leviers sur lesquels agir

Un élément de réponse majeur consiste en la mise en place de normes uniques : « la convergence des politiques entre les États membres doit être relancée », affirme-
t-il. Et ce, « en débutant par la mise en place d'un salaire minimum dans chaque État membre », ainsi qu'en luttant contre la « zone grise » que constituent aujourd'hui les travailleurs détachés, détaille-t-il. L'harmonisation doit par ailleurs être étendue aux mesures sanitaires, environnementales et concernant le bien-être des animaux. Le rapport d'orientation propose par ailleurs un système plus cohérent d'AMM (autorisation de mise sur le marché) afin de réduire les écarts de compétitivité causés, entre autres, par la surtransposition des normes en France. Au-delà d'une meilleure harmonisation, l'Union européenne doit renforcer le rôle de ses élus : « Le Conseil européen doit retrouver son rôle », estime Arnold Puech d'Alissac, l'un des trois rapporteurs, président de la FRSEA de Normandie. « On insiste pour que les ministres soient présents à Bruxelles », poursuit-il. D'autre part, l'exercice de la démocratie représentative passe par une coopération accrue « entre l'État et les organisations agricoles », explique-t-il.

Un projet agricole européen repensé

Le Fonds de mutualisation sanitaire et environnemental créé en 2013 à l'initiative de la FNSEA et des JA mérite entre autres d'être renforcé. Il s'agit également de « redonner le pouvoir aux producteurs dans la chaîne alimentaire », ambitionne Henri Brichart. « Il est temps de desserrer l'étau de l'interdiction des ententes pour la vente des produits agricoles » mentionne le rapport à cet effet. Le volet environnemental est aussi pleinement présent, néanmoins, à condition d'en revoir les modalités avec plus de pragmatisme : « Nous voulons une écologie pragmatique qui permette d'allier des performances économiques et des performances environnementales ». Ce qui inclut les innovations technologiques, note le rapport, mais aussi la députée européenne Françoise Grossetête : « La modernisation de notre agriculture passe par de nouvelles technologies permettant de créer en somme ou d'aboutir à une agriculture intelligente ». Enfin, la FNSEA met en avant la nécessité d'un budget adapté aux ambitions compétitives, environnementales et sociétales et non l'inverse.

 

 

Débat / À l’issue de son congrès de Brest, le 30 mars, la FNSEA avait proposé au CAF - conseil de l’agriculture française qui réunit les deux syndicats (FNSEA, JA), l’APCA et le mouvement mutualiste - d’inviter les candidats à la présidentielle à présenter leur vision de l’agriculture et répondre aux questions de la salle.

Sept candidats présentent leur projet agricole

Dix minutes d’exposé, treize minutes pour répondre aux questions de la salle et à celles de quatre professionnels : Christiane Lambert (FNSEA), Jérémy Decerle (JA), Michel Prugue (Mutualisme) et Claude Cochonneau (APCA). Telles étaient les règles de ce grand oral pour les candidats à l’élection présidentielle. Plusieurs projets reposant sur des approches et des analyses différentes ont été présentés par sept des onze candidats à l’élection présidentielle devant près de 1 200 personnes, dont une majorité de congressistes de la FNSEA, mais également un parterre d’invités et de membres du CAF.
François Fillon, très applaudi, a vanté les capacités d’adaptation et de modernisation des agriculteurs, indiquant qu’il s’engageait à supprimer toutes les normes rajoutées aux règles européennes, à augmenter de deux points le taux de TVA pour réduire les charges sociales, à promouvoir une « politique ambitieuse de stockage d’eau, à instituer un compte aléas permettant d’épargner hors impôts des sommes utilisables par une exploitation lorsque les temps sont plus durs. »
Deuxième dans l’ordre de passage, Emmanuel Macron s’est fait le candidat du « juste prix » payé aux agriculteurs. Il s’est dit prêt à légiférer en modifiant notamment la LME afin de donner plus de poids aux filières et aux organisations de producteurs pour peser. Il a dit vouloir mettre en place un plan d’investissement de 5 milliards d’euros pour la modernisation des exploitations et doubler les aides environnementales. Enfin, plaidant pour une Europe « qui accompagne et protège davantage » il a promis qu’il mettrait fin à la surtransposition des directives européennes et lutterait pour l’harmonisation sociales et fiscales au sein de l’UE.
Remarqué par son accent rocailleux des Pyrénées et un physique de basketteur, Jean Lassalle, fils de berger, s’estime très proche du monde agricole : « Je suis des vôtres », « je ressens ce que vous ressentez », a-t-il lancé aux agriculteurs, après avoir salué « ses frères » en introduction. Parmi les mesures annoncées, le candidat centriste a promis de faire de la « campagne de France, une grande cause nationale », de « reconstruire une administration bienveillante […] qui vous aide à monter des dossiers » et de lever « des contraintes dont notre pays n’a pas besoin ».
Pour sa troisième candidature à l’élection présidentielle, Jacques Cheminade, du parti Solidarité et progrès, veut organiser un « moratoire de la dette des agriculteurs ». Il entend « sortir de la pression financière à court terme ». Il estime que « les répercussions de la soumission à la finance ont été dures pour l’agriculture ». Pour cela, il souhaite créer une grande banque publique, afin de pouvoir réinvestir plus de dix milliards d’euros pour les agriculteurs et « mener une politique d’innovation sans complexe ».
Rompre avec l’Europe
Les partisans d’une rupture franche avec l’Europe avaient deux représentants, François Asselineau de l’UPR et Marine Le Pen du FN. François Asselineau s’est livré à une longue critique souverainiste des traités européens qui confient selon lui « à la Commission européenne le pouvoir de proposer les grandes orientations de la Pac ». Il estime que « la demande des Français pour une agriculture raisonnée entre en choc frontal avec les traités qui prônent une agriculture productiviste ».
De son côté, Marine Le Pen, députée européenne propose, sous le slogan de « patriotisme alimentaire », une politique agricole « renationalisée », fustigeant une Pac « qui s’est écartée de la vision des Français ». Elle promet une retraite minimum portée à 1 000 euros, une baisse des charges pour les TPE et PME, une suppression des droits de succession, et s’oppose à la TVA sociale.
Également souverainiste sans toutefois souhaiter la sortie de la France de l’Union a priori, le candidat et député européen, Nicolas Dupont-Aignan, souhaite « donner une dernière chance à l’Europe » : « Soit nous retrouvons l’esprit de la Pac, soit nous partons. » Ses conditions au maintien de la France dans l’Europe sont : « la préférence communautaire, la mise en place de prix garantis, la restauration des quotas laitiers » et l’abrogation de la directive sur les travailleurs détachés. 
 C. P.