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Mercosur-Ceta

La FNSEA et JA interpellent les députés devant l’Assemblée nationale

Face à la ratification prochaine de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (Ceta) et à la conclusion récente de l’accord UE-Mercosur, la FNSEA et Jeunes agriculteurs ont invité les députés, devant l’Assemblée nationale, pour les alerter face aux risques que font peser ces accords sur l’agriculture française.

La FNSEA et JA interpellent les députés devant l’Assemblée nationale

«N'importons pas l'agriculture que nous ne voulons pas dans nos assiettes » : depuis des mois, le mot d'ordre reste inchangé pour la FNSEA et Jeunes agriculteurs qui ont interpellé les députés le 9 juillet sur les impacts négatifs des accords de libre-échange que l'Union européenne met en place avec le Canada (Ceta) et avec les pays du Mercosur. La ratification probable et prochaine, par l'Assemblée nationale, de l'accord Ceta n'empêche pas les agriculteurs de se mobiliser pour dénoncer l'incohérence de ces accords et les enjeux pour l'agriculture française. « Au moment où l'on nous demande de monter en gamme, où les exigences qui pèsent sur l'agriculture française sont de plus en plus fortes, nous allons importer de la viande, de l'éthanol, du sucre, de la volaille, des produits qui ne sont bien sûr pas élaborés dans les mêmes conditions, ni avec les mêmes exigences qui s'appliquent à l'agriculture française et à l'agriculture européenne », a rappelé Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, devant plusieurs dizaines de députés de bords différents venus apporter leur soutien, à l'exemple de Christian Jacob, président du groupe Les Républicains à l'Assemblée, de l'ancien ministre de l'Agroalimentaire Guillaume Garot, député socialiste de la Mayenne, mais aussi du député LREM Jean-Baptiste Moreau, ce dernier étant cependant favorable au Ceta mais opposé à l'accord UE-Mercosur.

Une menace pour toutes les filières

Les représentants des différentes filières agricoles se sont exprimés pour dénoncer le différentiel énorme entre les normes européennes et les normes canadiennes. Si le bœuf aux hormones est interdit d'importation, « il n'y a aucune garantie sur les autres pratiques des éleveurs canadiens », a souligné Bruno Dufayet, président de la Fédération nationale bovine (FNB). Ainsi, les farines animales peuvent être utilisées dans l'alimentation des animaux, les antibiotiques comme activateurs de croissance, interdits dans l'UE, sont encore autorisés au Canada. Par ailleurs, aucune disposition n'est obligatoire en ce qui concerne le bien-être animal. Autre point important, le tonnage global, entre le quota de l'accord Ceta (65 000 tonnes) et ce qui est prévu dans le cadre de l'accord avec le Mercosur (99 000 tonnes), concernera essentiellement l'aloyau, soit un secteur de 400 000 tonnes en Europe, secteur qui sera concurrencé par des viandes produites à plus bas coût. La problématique est similaire pour la volaille, l'accord avec le Mercosur prévoyant l'importation de 180 000 tonnes « alors que les conditions sanitaires et environnementales ne sont pas respectées », a rappelé Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l'aviculture, demandant également aux députés un appui pour obtenir un étiquetage d'origine en RHD. Et si certains secteurs ont été présentés comme offensifs dans le cadre de l'accord Ceta, comme le lait, Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) n'est pas de cet avis car cet accord Ceta ouvre la voie à d'autres accords de libre-échange plus menaçants, comme avec la Nouvelle-Zélande. Pour Arnaud Rousseau, président de la FOP (les producteurs d'oléoprotéagineux), « c'est un sujet de cohérence », et de respect des volontés du consommateur européen. « L'agriculture peut répondre à tout ce qui lui est demandé mais, si demain ces accords sont signés, c'est la fermeture d'un certain nombre d'exploitations agricoles qui va suivre et ça nous ne l'acceptons pas », a résumé Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, qui a salué « un attachement à la ruralité qui traverse tous les courants politiques ». En raison des normes moins strictes dans les pays tiers, ces accords de libre-échange sont bien une menace pour l'agriculture familiale et pour l'avenir de l'agriculture, mais aussi de la ruralité. « Si on importe massivement des produits agricoles, on empêche l'installation sur le territoire et notamment dans les zones les plus fragiles », a ainsi rappelé Aurélien Clavel, vice-président de JA.

Delphine Jeanne