La génétique charolaise se montre à la foire de Beaucroissant
Le concours débute. Les veaux de dix mois font leur entrée sur le ring sous un soleil de plomb. Jean-Marc Vallet, l'organisateur du concours pour le syndicat charolais Sud-Est présente la catégorie et les éleveurs pendant que les animaux se mettent en place. Comme chaque année depuis 19 ans, le concours charolais Sud-Est commence sous le regard d'une centaine de personnes. Certains se sont arrêtés à la vue des animaux, d'autres attirés par les paroles du présentateur et pour une petite partie d'entre eux, des éleveurs, car cette catégorie les intéresse particulièrement pour, pourquoi pas, acheter un futur reproducteur.
Sur le ring, à côté de son veau de dix mois nommé Loustic, fils de Hambert et de Gourmande, Jérémy Guinet attend le verdict des juges. Le trentenaire, éleveur à Eyzin-Pinet en Isère, participe pour la sixième année consécutive au concours charolais Sud-Est à Beaucroissant. « Malgré la conjoncture très difficile moralement et économiquement, je souhaitais participer au concours, raconte-t-il. C'est un moment important, très convivial, où l'on se retrouve entre éleveurs, on discute et on fait la fête. On en repart toujours avec beaucoup d'énergie. »
L'éleveur s'intéresse à l'amélioration génétique de son troupeau depuis dix ans. Lors du concours, toutes les catégories d'animaux sont représentées : des jeunes veaux mâles aux taureaux espoirs de 14 à 33 mois, en passant par les taureaux adultes de 3 ans et demi à 4 ans et plus, les veaux femelles, les femelles espoirs et les vaches. Un choix intéressant pour les éleveurs en recherche de génétique charolaise.
Se comparer pour progresser
De retour sous le chapiteau où sont entravés les animaux avec Loustic tenu par le licol et une plaque verte de 3e de sa catégorie, Jérémy Guinet explique : « Le résultat est tout à fait logique, le veau qui a gagné à des atouts que n'a pas le mien. C'est tout l'intérêt de participer au concours, cela me permet de constater les progrès effectués et les marges de progression qu'il reste à effectuer. »
Ce résultat est le choix des trois juges, agréés par le herd-book charolais, venus de Moselle et de Haute-Saône pour l'occasion. « Quand on juge des veaux charolais, on recherche les caractéristiques de la race charolaise, détaille l'un des juges, Christophe Nanotti, éleveur en Moselle. Les aplombs doivent être solides car les animaux marchent plusieurs kilomètres par jour pour se nourrir et pour faciliter la monte des femelles. En plus, les qualités bouchères doivent être affirmées avec un joli bassin, un dos droit, une finesse des muscles ou encore une harmonie générale des formes de l'animal. L'attitude du veau avec l'éleveur et sa démarche entrent également en ligne de compte, car ces animaux sont amenés à devenir des reproducteurs et il faut qu'ils restent dociles et faciles à élever. »
Valoriser les races à viande
Parce que même une troisième place permet de se démarquer des autres animaux, Jérémy Guinet accroche immédiatement la plaque au-dessus du cornadis de Loustic. « Ce concours est aussi une vitrine pour faire connaître notre travail et, pourquoi pas, vendre un animal », souligne l'éleveur isérois qui explique qu'un veau comme Loustic peut se vendre entre 2 000 et 2 500 euros. « Une dizaine d'animaux se vend chaque année pendant la foire de Beaucroissant, même si cette année, ce ne serait pas surprenant qu'il y en ait moins du fait de la conjoncture, indique Claude Rey, éleveur en Isère et président du syndicat charolais Sud-Est. Même si cela fait plaisir de se retrouver au concours, nous sommes très touchés par la mauvaise valorisation de nos animaux. Et la crise laitière n'arrange rien, en augmentant le stock de vaches de réforme. Seule solution, la segmentation des marchés en permettant aux consommateurs de différencier les steaks issus de race à viande des autres produits. » Pour l'éleveur, il est également important que la profession parvienne à se faire entendre sur les qualités nutritives de la viande de bœuf notamment pour contrer les messages anti-viandes véhiculés dans les médias.
Et la foire de Beaucroissant est l'endroit parfait pour souligner devant le public les avantages de la race charolaise, le mode d'élevage à très faible impact environnemental, l'importance de l'élevage pour les territoires ruraux et le rôle d'aménagement de l'espace et de pourvoyeur d'emplois dans les campagnes.
A télécharger le palmarès complet.
Camille Peyrache