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PPAM

La gestion des adventices, enjeu majeur pour l’Iteipmai

Comment anticiper le retrait de substances actives dans la filière PPAM* afin d’éviter les impasses pour les producteurs ? Quelles solutions mobiliser ? Dans le cadre du programme Parsada, l’institut technique pour le développement des plantes à parfum, aromatiques et médicinales (Iteipmai) vise à répondre à ces questions à travers le projet Adhemar. 

 La gestion des adventices, enjeu majeur pour l’Iteipmai
©Iteipmai
À Montboucher-sur-Jabron, l’Iteipmai expérimente différents types d’outils de désherbage en parcelles de lavande et de thym.

Annoncé en 2023 par le gouvernement, le plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures (Parsada) vise à développer un éventail de solutions techniques pouvant faire face aux éventuelles suppressions de substances actives au sein des différentes filières agricoles. L’Iteipmai, l’institut technique pour le développement des plantes à parfum, aromatiques et médicinales, qui dispose de deux stations expérimentales à Montboucher-sur-Jabron (26) et à Chemillé-en-Anjou (49), s’est engagé dans ce dispositif à travers le projet Adhemar* (2024-2029, quatre millions d'euros). 

Le 10 mars dernier à Valence, les partenaires du projet Adhemar, porté par l’Iteipmai, se sont réunis pour le lancement de ce projet à près de 4 M€. ©Iteipmai

« Dans notre filière, la gestion des adventices est le premier obstacle technique à la production de Ppam. Outre la concurrence très importante que peuvent représenter certaines adventices sur des cultures peu compétitrices, d’autres ont un impact qualitatif et sanitaire sur les récoltes (contaminations en alcaloïdes pyrrolizidiniques et tropaniques réglementés notamment) », explique Léonie Challant, chargée de mission en protection des cultures à l’Iteipmai. 
À ce jour, le recours au désherbage chimique est dans la majorité des cas inévitable. « Les retraits progressifs de solutions phytosanitaires mènent à des impasses techniques de plus en plus impactantes. Le développement de nouvelles solutions pour la gestion des adventices est primordial pour assurer la compétitivité des productions françaises et la pérennité de la filière », poursuit-elle.

Venir au soutien de la filière

Aux côtés de onze autres partenaires – qui sont le Crieppam, les chambres d’agriculture de la Drôme et des Alpes-de-Haute Provence, AgriBio 04, l’Atelier Paysan, l’EPLEFPA Terre d’horizon, Telespazio, RobAgri, Elatec, la Fnams et CEZ - Bergerie Nationale -, l’Iteipmai va travailler sur des actions phares, dont le déploiement d’agroéquipements innovants. « Nous travaillons avec l’Atelier Paysan pour faire de l’adaptation ou du co-développement de matériels agricoles existants, afin de minimiser les coûts pour les producteurs et leur permettre d’avoir des outils mécaniques rapidement accessibles », explique Léonie Challant. La deuxième action visera à évaluer les possibilités d’atténuation des risques autour de l’application des produits phytosanitaires. Autre axe de travail important, les pratiques agronomiques et les combinaisons de leviers. L’objectif est de re-concevoir des itinéraires de production, via des combinaisons de leviers agronomiques. Des tests de paillage fluide (miscanthus, paille de maïs, paille de chanvre, copeaux de bois, etc.), de couverts végétaux et de papiers ensemencés seront effectués dès 2025 sur les stations expérimentales de l’Iteipmai afin d’observer ou non l’impact de ces techniques sur la levée des adventices. Des ateliers de co-conception de nouveaux systèmes de cultures, avec des producteurs, seront également mis en place.

Des couverts sont implantés dans les parcelles de thym pour observer leur capacité à étouffer les adventices sans porter atteinte à la croissance de la plante. ©Iteipmai

Une étude technico-économique sera également réalisée au cours du projet grâce à l’utilisation du logiciel Systerre, développé par Arvalis. « Nous souhaitons pouvoir apporter des techniques qui s’adaptent à tout type de production pour proposer des solutions accessibles à chaque producteur », note-t-elle. À noter, deux démonstrations de matériels innovants (axe « transfert et déploiement » du projet) seront réalisées au cours du projet pour les présenter aux professionnels de la filière. Aussi, lors de la prochaine rentrée scolaire, les apprenants du lycée Terre d’Horizon de Romans-sur-Isère conduiront un essai système sur la gestion de l’enherbement sur une parcelle de thym. « Ils choisiront les pratiques qu’ils veulent mettre en place, en s’inspirant notamment de toute la palette de leviers testés dans le projet Adhemar : utilisation d'agroéquipements, paillage, couverts... », conclut Léonie Challant.

Amandine Priolet

* PPAM : plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

* anticiper la disparition d’herbicides en culture de plantes médicinales, aromatiques et à parfum.

Ho'PPAM'Alt, une première réponse à la gestion des adventices

Le projet Adhemar viendra apporter des réponses complémentaires au projet Ho’PPAM’Alt (2024-2026) mené par l’Iteipmai, en collaboration avec la filière horticole. Ce projet Eco-phyto vise à imaginer de nouveaux systèmes de production tout en minimisant le recours aux herbicides. « Le projet Ho’PPAM’Alt a pour but de s’intéresser spécifiquement à des cultures pérennes emblématiques (menthe, thym et camomille romaine), qui accumulent des adventices d’année en année », indique Julie Egon, chargée de mission en protection des cultures à l’Iteipmai.

 Pour ce faire, des groupes de travail (producteurs et autres acteurs de ces filières) ont élaboré de nouveaux itinéraires de production avec des techniques innovantes, sans pesticides ni herbicides, en s’appuyant notamment sur des leviers agroécologiques (paillage, couverts végétaux), sur du machinisme innovant, etc. Le paillage en vrac de miscanthus, l’implantation de trèfle souterrain sur et en inter rangs, le travail du sol en quadrillage, sont autant de pratiques testées sur plusieurs parcelles expérimentales, dans le Sud-Est et le Nord-Ouest.

« Nous devons encore évaluer l’efficacité de ces techniques, que nous pouvons déterminer par le nombre d’heures passées au désherbage manuel, la présence ou non des adventices dans les parcelles, la croissance des cultures... Il conviendra également d’étudier les coûts que de telles pratiques nécessitent », conclut Julie Egon.

A.P.