La laiterie Carrier joue la carte du local
Avec quatre millions de litres de lait collectés en Ardèche, la laiterie Carrier fait figure de petit Poucet dans la filière laitière rhônalpine. Cependant, l'entreprise créée en 1966, il y a tout juste 50 ans, emploie 25 salariés et collecte une quarantaine d'exploitations sur le plateau ardéchois et dans le Coiron. « La laiterie Carrier est aujourd'hui une entreprise qui se porte assez bien, indique Bénédicte Carrier, la gérante de la société familiale. Nous faisons tout pour rester sur un chiffre d'affaires stable ou en légère hausse autour de 5,2 millions d'euros, dont 12 % liés au bio. » Un combat de tous les jours... Et malgré tout, Béatrice Carrier affirme payer le prix du lait mieux que la moyenne nationale. La force de cette PME est de bénéficier d'une belle notoriété à l'échelle de son territoire construite depuis un demi-siècle, et de la marque Areilladou, reconnue en Ardèche, ainsi que deux marques pour le bio.
Une large gamme de produits
L'entreprise basée à Vals-les-Bains s'adresse également à des marchés différents avec une capacité de répondre à la plupart des demandes spécifiques de ses clients. « Nous sommes collecteurs, transformateurs et distributeurs. Nous n'hésitons pas à aller sur des marchés de niche sur lesquels notre capacité à s'adapter à la demande du client est notre force. » Par exemple, si un client cherche un produit précis comme une faisselle avec un taux d'humidité précis ou un fromage blanc avec une matière sèche différente, la laiterie Carrier est capable de répondre de manière très rapide, même si les volumes sont limités, ce que ne peuvent pas faire les gros acteurs.
« Nous proposons une gamme de produits relativement diversifiés : du lait UHT, du lait frais, du lait fermenté, du fromage frais ou demi-sec, en passant par des faisselles, des yaourts nature et aux fruits, de la crème ou du beurre, avec également des produits bio, qui s'adressent à une typologie de clients très différente, poursuit Bénédicte Carrier. Nos clients sont à la fois des grands magasins, des épiceries, des restaurateurs, des collectivités, des industriels, etc. »
Pour séduire ses clients face à la concurrence, la laiterie Carrier joue à 100 % la carte des produits locaux d'Ardèche. « Nos produits sont collectés, transformés et distribués en Ardèche et un peu au-delà, continue la gérante. Tous nos clients y sont très sensibles, cela répond à certaines exigences de cahier des charges pour certaines collectivités ou permet à un restaurateur d'indiquer sur sa carte que tel et tel produit est fabriqué avec du lait ardéchois. Notre marque est d'ailleurs un atout très important pour nos produits vendus en GMS ou en épicerie. » Depuis quelques années, la tendance du « manger local » a sensibilisé de nouveaux clients, comme les collectivités qui cherchent à proposer de plus en plus de produits de leur région. Pour la PDG de la laiterie Carrier, c'est une tendance forte. « Nous bénéficions en ce moment du mouvement vers le local et j'ose espérer que les gens font de plus en plus attention à l'origine des produits qu'ils consomment. Nous avons également des produits labellisés " Goûtez l'Ardèche " ce qui est très important pour informer le consommateur final. »
Des coûts de collecte supérieurs à 50 euros / 1 000 litres
Grâce à l'activité de la laiterie, ce sont plus de 40 exploitations laitières, parfois dans des zones très compliquées d'accès qui sont collectées. « Nous collectons certaines zones très handicapées par le climat et la desserte routière, indique Béatrice Carrier. Par exemple, la commune Le Béage au nord-ouest de Vals-les-Bains à proximité du lac d'Issarlès connaît une météo très compliquée et un accès routier difficile. Je ne suis pas sûre que beaucoup d'autres entreprises s'intéresseraient au lait produit là-bas. » Cette montagne ardéchoise explique des coûts de collecte très élevés de l'ordre de 50 à 55 euros les 1 000 litres.
Aujourd'hui, la grande inquiétude de Béatrice Carrier réside dans la pérennité des exploitations laitières ardéchoises. « Nous sommes en lien étroit avec la chambre d'agriculture de l'Ardèche, mais il n'y a aucun projet d'installation en lait sur nos zones de collecte. D'ici deux à trois ans, 30 % des chefs d'exploitations que nous collectons auront plus de 60 ans... et nous ne savons pas ce que vont devenir ces volumes de lait ! »
Camille Peyrache