La lutte contre la FCO est engagée
Rapidement, après la détection du premier cas de fièvre catarrhale de sérotype 8, dans l'Allier, les analyses complémentaires sur le reste du troupeau et ceux des élevages situés dans un périmètre de 2 km (voir le périmètre en cliquant sur la carte) ont confirmé la présence de la maladie. De nouveaux résultats d'analyses rendus par le laboratoire de l'Agence nationale en charge de la sécurité sanitaire (Anses) ont confirmé, le 17 septembre, l'infection par la FCO de cinq nouveaux cheptels dans l'Allier, la Creuse et le Puy-de-Dôme. La mise en évidence de ces cas a conduit le ministère, en application d'un arrêté du 22 juillet 2011, à étendre les zones réglementées autour des foyers concernés. Outre le périmètre de 20 km soumis à des mesures drastiques autour de l'exploitation infectée, la réglementation prévoit une zone de protection d'un rayon de 100 km et une zone de surveillance de 150 km (voir carte ci-jointe). À ce jour, vingt et un départements sont concernés soit approximativement 4,6 millions de bovins et 1 million de petits ruminants répartis dans 55 000 élevages.
Stratégie vaccinale et commerciale
De fait, la France n'est plus considérée comme indemne de la maladie, statut qu'elle avait « récupéré » en 2012 suite à l'épisode FCO de 2008. Les incidences économiques sont importantes. En cette année 2015, décidément bien noire, les éleveurs n'avaient pas besoin de ça. Le ministre Stéphane Le Foll a fait part de sa volonté de sécuriser les flux d'échanges et d'exportation des bovins. Pour l'Espagne et l'Italie, « on appliquera le protocole de certification déjà mis en place lors de l'épisode de 2008 » a-t-il affirmé. Des négociations bilatérales doivent être menées avec l'Algérie et la Tunisie. En revanche, la Turquie a d'ores et déjà annoncé la fermeture de ses frontières aux importations de bétail vivant en provenance d'Auvergne (Allier, Cantal, Haute-Loire et Puy-de-Dôme). Les viandes, en revanche, peuvent continuer à être exportées. Le maintien d'une activité commerciale repose sur la mise en place d'une stratégie de vaccination, celle-ci étant obligatoire pour toute exportation. À court terme, le ministère a décidé la vaccination systématique des bovins de 6 à 15 mois. Selon Interbev, 450 000 broutards doivent être exportés avant la fin de l'année. Le stock de vaccins, 1,3 million de doses, doit se révéler suffisant (à raison de deux vaccins par animal). Dans un second temps, le ministère devra fixer la stratégie pour l'année prochaine, avant le retour à l'herbe. 900 000 doses sont prévues pour cette seconde phase. Pour les ovins, la protection concernera en priorité le cheptel reproducteur. Stéphane Le Foll a annoncé la prise en charge par l'État de la vaccination (vaccin plus acte) et les pertes économiques seront traitées dans les cellules d'urgence. Le réseau des GDS France s'investira pour la répartition des doses de vaccin.
Raccourcir le délai ?
Le délai prévu par l'Union européenne entre vaccin et commercialisation est établi à 60 jours avant commercialisation. La France demande la réduction de ce délai à 10 jours. Mais conserver les animaux entraîne un surcoût, ajouté à la dévalorisation de l'animal, dont les éleveurs se seraient volontiers passés. Trois sources de financement seront mobilisées : l'Union européenne, l'État, et le Fonds national agricole de mutualisation sanitaire et environnemental (FMSE) à hauteur de sa capacité contributive pour indemniser les éleveurs.
Le ministère est pour le moment incapable d'estimer les pertes économiques liées à la FCO.
RAPPEL / Les symptômes de la maladie
- Fièvre ;
- hémorragies et ulcérations des tissus de la sphère oro-nasale ;
- hypersalivation, écoulement nasal et gonflement des lèvres, de la langue et de la région maxillaire ;
- inflammation du bourrelet podal et boiterie ;
- affaiblissement, dépression et perte de poids ;
- diarrhées profuses, vomissements, pneumonie ;
- bleuissement de la langue ;
- avortement (brebis).
L’ensemble du territoire français est sous surveillance et le zonage sera modifié par le ministère chaque semaine en fonction de l’évolution de la situation. Suivez l’évolution du zonage sur le site : www.agriculture.gouv.fr
Menace sur le sommet de l’élevage
La découverte d’un cheptel infecté dans le Puy-de-Dôme ne fait que renforcer la crainte des organisateurs. La question de la présence des animaux au Sommet de l’élevage (du 7 au 9 octobre à Cournon) est clairement posée. « L’hypothèse de départ était de faire un test pour tous les animaux qui allaient à Cournon et, s’ils étaient négatifs, il n’y avait pas de problème. Mais si Cournon, en raison de cas suspects dans le Puy-de-Dôme (NDLR : à moins de 20 km du lieu de la manifestation) devenait une zone d’interdiction, il n’y aurait pas de rassemblement possible », a indiqué le ministre de l’Agriculture. Une situation évidemment jugée préoccupante par Jacques Chazalet, président de la manifestation, même si les organisateurs du Sommet ont mis en place depuis deux ans une cellule de crise intégrant désinsectisation et contrôles. « S’il n’y a pas d’animaux à Cournon, le Salon perd tout son sens », a estimé pour sa part Joël Limouzin, vice-président et responsable du dossier sanitaire au sein de la FNSEA, « mais la décision revient au ministre de l’Agriculture. »
Trois questions à Étienne Fauvet, le président du FRGDS fait le point sur la situation.
“ Vacciner pour éradiquer la maladie ”
Quel a été votre sentiment au moment de la découverte de la maladie ?
Étienne Fauvet : « Bien sûr, nous sommes un peu surpris par le retour de la fièvre catarrhale. Il est fort possible qu’il existe un réservoir de la maladie au sein de la faune sauvage auquel cas, il se pourrait qu’elle soit présente dans bien d’autres régions. Nous sommes un peu dans l’expectative. La réglementation s’applique et des tests PCR sont en cours pour rechercher d’autres cas positifs. »
Quelles seront les conséquences pour les éleveurs ?
E. F : « Le problème est plus prégnant encore chez les ovins que chez les bovins car le taux de mortalité est plus élevé pour les premiers. Se pose surtout la question des échanges commerciaux. En tant qu’organisme sanitaire, il est difficile de ne pas appeler à respecter les délais entre vaccination et commerce. Maintenant, il faut aussi favoriser les échanges car les éleveurs ont déjà assez souffert de la crise des prix et de la sécheresse. »
La solution se trouve dans la vaccination ?
E. F : « Oui, mais le problème, c’est le stock de doses de vaccins. On en annonce 1,3 million. Ce ne sera pas suffisant, même s’il y a une réserve en Espagne. Il faudra du temps pour en fabriquer d’autres. Le seul moyen d’éradiquer la maladie à terme, c’est une vaccination massive. Certains éleveurs y sont opposés et c’est regrettable. »