Accès au contenu
pomme - Poire

La métamitrone vient éclaircir l’horizon

Avec l’arrivée de la métamitrone en 2015, les arboriculteurs disposent désormais d’un nouvel outil dans une panoplie déjà bien fournie. Mais cette nouvelle option amène un plus en termes d’action et sur les variétés de pommes difficiles à éclaircir. Sur poires, les stratégies restent encore à préciser. Mais l’éclaircissage reste une opération à fort enjeu technique et économique, d’autant que de nouvelles connaissances nées de travaux sur l’éclaircissage mécanique viennent encore complexifier la situation.
La métamitrone vient éclaircir l’horizon

«Maîtriser la charge est la clé économique du verger », lançait Robert-Pierre Cecchetti, arboriculteur héraultais et membre de l'Association nationale pommes poires (ANPP) qui organisait, conjointement avec le CTIFL, une rencontre technique sur le thème de la maîtrise de la charge le 10 mars dernier. En effet, l'éclaircissage reste sans doute l'une des opérations les plus impactantes au niveau économique et technique que puisse mener un arboriculteur. Au-delà de la régulation de la charge et de l'ajustement de la production du pommier ou du poirier, l'éclaircissage permet aussi d'homogénéiser les calibres et donc de réduire les parts de calibres difficiles à valoriser. « Sans cela, sans doute aurions-nous encore davantage de déséquilibres sur les marchés qui viendraient encore pénaliser les producteurs, d'autant plus que la demande se recentre aujourd'hui sur un nombre de calibres de plus en plus restreint avec le développement de la barquette », poursuivait l'arboriculteur.
Car l'éclaircissage a bien un double effet intéressant. D'une part, il permet de réguler naturellement la charge l'année en cours par un processus de chute physiologique. D'autre part, l'année suivante, cette opération permet à l'arbre d'adapter l'intensité de l'induction florale. Ces mécanismes physiologiques sont régulés par un ensemble de phyto-hormones dont il est possible de modifier les équilibres pour adapter la charge en fruits et leurs calibres aux objectifs commerciaux. Ainsi, l'éclaircissage, qu'il soit chimique ou mécanique, est une étape essentielle dans l'itinéraire du verger. « Chaque année, on se pose les mêmes questions. Et chaque année, la période d'éclaircissage est le moment le plus délicat pour nous, avec des nouveautés qu'il faut nous apprendre à maîtriser », résumait Robert-Pierre Cecchetti.

Une fenêtre de tir entre 10 et 14 mm

Avec l'arrivée de la métamitrone (spécialité commerciale : Brevis®) en 2015, commercialisée par Adama, la donne a encore changé avec ce nouvel outil
désormais à disposition des producteurs de pommes, mais aussi de poires. Cet inhibiteur de photosynthèse vient ainsi compléter une panoplie déjà composée du PRM12®RP (spé.comm. : éthéphonn non homologué sur poirier), de la Benzyladénine (BA, s.p. : Exilis®, Macxel®, Globaryll®) et de l'ANA (s.p. Rhodofix®), sans oublier l'éclaircissage mécanique – avec Darwin, matériel le plus développé en Europe, mais aussi Unibonn conçu en Allemagne ou le prototype Eclairfel développé par Castang, le CTIFL et la Somaref –, les auxines de synthèse (Fixor®, Rhodofix® Tonicler®) ou les compléments manuels.
Les travaux menés par le groupe de travail national « éclaircissage » regroupant le CTIFL et les stations régionales françaises ont permis d'affiner les connaissances sur cette nouvelle solution qui agit par réduction des carbohydrates disponibles pour l'alimentation des fruits (non alimentés, les petits fruits chutent rapidement). Homologué à 2,2 kg/ha avec maximum deux applications par an, et entre 5 et 10 jours entre deux applications, Adama recommande un stade d'application entre 8 et 16 mm. Mais sa fenêtre optimale semble plutôt se situer entre 10 et 14 mm.
Son action originale (inhibiteur de la photosynthèse) laissait croire que le climat pouvait jouer un rôle non négligeable dans son efficacité. Les expérimentateurs et la firme supposaient ainsi qu'un temps couvert au rayonnement faible pouvait accentuer l'effet éclaircissant de la solution. Les travaux semblent avoir levé ce doute puisqu'aujourd'hui, le rayonnement global apparaît moins comme un facteur unique de variation. Par contre, la température semble jouer un rôle plus important que supposé initialement, notamment la température nocturne (minima).
Les nombreux essais menés dans le cadre du groupe national ont également mis en lumière une relation linéaire entre l'efficacité du produit et la dose, « sans effet secondaire négatif », notait Jean-François Saint-Hilary, du Cefel. « Nos travaux ont également démontré que la métamitrone avait une meilleure efficacité après un mélange ANA+BA fait précocement pour éviter les risques d'apparition de fruits pygmées. Par ailleurs, de la dose de Brevis® utilisée dépendent la charge, la coloration, le poids moyen des fruits et le retour à fleur. »
Utilisée en programme, cette solution propose une alternative intéressante sur des variétés difficiles à éclaircir type ArianeCOV, gala, fuji... Par ailleurs, la phytotoxicité observée en verger est rarement plus virulente que l'apparition de décolorations jaunes et, utilisé seul, Brevis® n'induit pas de fruits pygmées. 

Céline Zambujo

 

Ça reste à affiner sur poire 
À La Pugère, les travaux conduits par Bernard Florens ont montré que Brevis® était peu efficace sur guyot. « Nous devons encore préciser le stade et le nombre d’applications », notait le spécialiste de la station expérimentale provençale. À l’inverse, son efficacité semble intéressante sur louise bonne, comice, ElliotCOV et william’s « avec une sélectivité bonne à moyenne sur l’ensemble de ces variétés ». Enfin, Harrow SweetCOV est très sensible et « il faut travailler la dose par rapport à l’efficacité et à la sélectivité recherchée ». Par ailleurs, en fonction de la variété, l’utilisation de Brevis® a peu d’effet ou un effet négatif sur le retour à fleur. Mais cette solution présente un intérêt dans le cadre d’une stratégie d’éclaircissage, le positionnement et la dose restant à valider dans l’état actuel des connaissances.
En programme, le positionnement précoce de Brevis amène une efficacité moyenne. À l’inverse, un positionnement plus tardif semble être plus adapté. Par contre, deux applications de Brevis® semblent pénaliser le retour à fleur. « Nous devons encore affiner les stratégies », concluait Bernard Florens. 

Eclaircissage mécanique  : De l’importance des feuilles de rosette et des pousses de bourse

L’éclaircissage mécanique permet d’intervenir sur une plage assez large et de façon très précoce (stade B-C) jusqu’à la fleur. « Mais dans un souci de praticité, il est souvent réalisé entre les stades E2 et F », détaillait le 10 mars dernier Laurent Roche, du CTIFL de Lanxade. Celui-ci a effectué d’intéressants travaux sur la physiologie du pommier et l’impact de l’éclaircissage mécanique sur cette dernière. « Le mode d’action des outils à fils qui équipe Darwin, aujourd’hui l’appareil le plus utilisé en Europe, a un effet immédiat et simultané sur le taux de fleurs, mais aussi de feuilles de rosette retirées après intervention, souvent en pré-floral. » Or, si la suppression de fleurs diminue le potentiel de fruit, la suppression des feuilles et des pousses de bourse entraîne un stress végétatif.
Pour évaluer l’impact de ce stress, il a mis en place un essai comparant deux modalités :
• dans un cas, il conservait la totalité des feuilles et des pousses de bourse, mais supprimait la moitié des fleurs (cas 1) ;
• dans l’autre cas, il supprimait la totalité des feuilles et des pousses de bourse, mais conservait la totalité des fleurs (cas 2).
À la récolte, la production de la modalité où était supprimé la moitié des fleurs était égale à supérieure au témoin non éclairci : « Cette action n’a donc pas eu d’incidence sur la réduction de la charge fruitière. Par contre, nous avons noté un retour à fleurs en année N+1 très faible en relation avec la production très forte en année N ». À l’inverse, quand la totalité des feuilles et des pousses de bourse sont supprimées, la production est très faible et cette action a entrainé une trop forte réduction de la charge fruitière, « avec un retour à fleur l’année suivante moyen à faible (30 à 70 %) et ce, malgré une production très faible en année N ».
En résumé, ces premiers travaux montrent que :
• le retrait des premières feuilles et pousses de bourse semble avoir un impact beaucoup plus important que le retrait des fleurs ;
• la réduction de la surface foliaire entraîne une diminution du taux de nouaison et de fructification ;
• la réduction de la surface foliaire est proportionnelle à l’intensité d’éclaircissage.
« Ces travaux confirment par ailleurs l’autonomie nutritionnelle du corymbe puisqu’un stress physiologique provoqué sur un corymbe n’a pas d’incidence sur les corymbes environnants. Par ailleurs, on observe des fruits seulement lorsque les feuilles de rosette et les pousses de bourses sont conservées », concluait Laurent Roche. 
C. Z.