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Loi montagne

« La montagne est un formidable atout »

Bernadette Laclais, députée de Savoie, est, avec Annie Genevard, députée du Doubs, co-rapporteur du rapport préalable au projet de loi « Acte II de la loi montagne ». Cette modernisation du texte de 1985 compte 25 articles.
« La montagne  est un formidable atout »

Bernadette Laclais, quel est l'esprit de cette loi ?
Bernadette Laclais : « Il s'agit de tirer les enseignements de 30 ans de loi montagne. En octobre 2014, le Premier ministre, à Chambéry, nous a confié un travail parlementaire pour examiner cette loi, non pas pour la remettre en cause, mais pour la compléter et l'améliorer. Cette loi a beaucoup apporté, mais beaucoup de choses ont changé. À noter, il s'agit d'un projet de loi, qui sera déposé par le gouvernement. »

 

Bernadette Laclais, députée de Savoie, co-rapporteur du rapport préalable au projet de loi montagne.

Quels principaux changements était-il nécessaire de prendre en compte ?
B.L : « La première demande, des concitoyens, des collectivités et des acteurs économiques de la montagne, concerne l'accès au numérique. Il y a aussi une prise de conscience de la question du réchauffement climatique, qui devrait être évoqué dans la loi montagne. On assiste aussi à une évolution institutionnelle depuis la loi de 1985, qui était une des premières à s'inscrire dans la décentralisation initiée en 1982. Il est logique que la nouvelle loi tire les enseignements du renforcement du rôle de la Région et de ses nouvelles compétences en matière d'économie et de transport. De même qu'elle s'adapte aux nouveaux liens entre territoires et intercommunalités. »

 

De quelle façon la future loi tiendra-t-elle compte de l'agriculture de montagne ?
B.L : : « L'agriculture est concernée par de nombreux sujets, à commencer par celui de la conservation du foncier agricole. Les stations ont beaucoup utilisé les terres les plus planes. Or, il importe de garder des terres exploitables pour conserver l'agriculture, en mettant un terme à l'extension foncière. Par ailleurs, si l'aide aux exploitations ne relève pas du domaine législatif, en revanche, la loi sera sûrement sensible au maintien des exploitations par des aides à la transformation du lait dans les territoires. Il faut se donner les moyens, dans la durée, de conserver des structures sur place qui produisent de la plus-value. »

 

Quelles seront les autres questions portées au débat législatif ?
B.L : « La question des Gaec et des heures de travail supplémentaires devra être abordée. L'agriculture et la pluriactivité liée au tourisme n'est pas un modèle dépassé. Or cette pratique est encore dérogatoire. C'est un vrai problème, soulevé par tous les acteurs de l'agriculture. Il ne faut pas perdre de vue que c'est l'agriculture de montagne qui permet de continuer à avoir des activités touristiques dans des paysages entretenus. Il faut donner les moyens aux agriculteurs de travailler et de vivre en montagne. »

 

Quelle vision de la montagne cette loi défend-elle ?
B.L : « La loi de 1985 a été présentée pour surmonter le handicap de la montagne. L'acte II considère la montagne comme un formidable atout. La montagne appartient à tout le monde, mais il existe des spécificités que vivent les habitants et qu'il convient de faire partager. La loi propose un nouveau pacte entre la montagne et la Nation. C'est un réservoir de biodiversité, de production de qualité, de loisirs, de vie qu'il faut préserver, développer en intégrant les enjeux d'aujourd'hui et en tenant compte de la géographie, du climat, de l'altitude, de la saisonnalité, des temps de parcours, etc. L'objectif est de tirer ces territoires vers l'excellence. »

 

Que disent les 25 articles du projet de loi ?
B.L : : « L'article 2 portera probablement sur la reconnaissance des spécificités et la nécessité de mettre en place des politiques diversifiées et adaptées en fonction des massifs. Le législateur souhaite aussi le renforcement des comités de massif dans leur gouvernance et dans la coopération entre les collectivités. La nouvelle place de la Région devrait être prise en compte. Des propositions devraient être faites concernant la procédure des unités touristiques nouvelles (UTN), de façon à inciter les stations à reconstruire sur l'existant plutôt que de créer de nouveaux lits. Dans les années 1985, la logique était celle de la construction de logements neufs et de mètres carrés supplémentaires. On est arrivé au bout des principaux aménagements. C'est une nouvelle donne. Enfin, concernant les prédateurs, il se dessine une proposition de gestion par massif. Il y a une sensibilité parlementaire autour de ce dossier. »

 

Avez-vous retenu des exemples de démarches intéressants dans l'approche de la montagne ?
B.L : : « Certaines stations se sont engagées dans des restructurations de copropriétés et dans la création de logements pour les saisonniers. Reste à dupliquer ces expériences et en faire des objectifs par la loi. Par ailleurs, des collectivités se sont penchées sur les PLU, sur la place de l'agriculture en montagne et sur l'émergence des circuits courts. En revanche, je ne pense pas que l'on arrive à une application des Scot à tous les territoires de montagne. Le passage de PLU à PLUI(1), impliquant plusieurs stations portant chacune leur projet, pose la question de l'harmonisation en tenant compte de l'existant. »

 

Comment s'articule la question du travail saisonnier entre la loi travail et la loi montagne ?
B.L : « Certains points comme la définition du contrat de travail, la négociation des accords par branches pour les contrats renouvelables font partie de la loi travail, de même que la question des groupements d'employeurs. La loi montagne apportera sûrement des points de compléments, notamment sur l'emploi saisonnier dans les régies. Et puis, il y a la question des Gaec, le traitement de la pluriactivité étant pour le moment confié à la négociation avec les préfets, qui n'ont pas tous la même lecture des textes. »

 

Comment se profilent les débats parlementaires ?
B.L : « L'objectif du gouvernement est que le texte soit voté avant la fin de l'année. Pour cela, il devrait y avoir une seule lecture par chambre et un accord de la commission mixte paritaire, afin qu'il soit rapidement opérationnel. Mais il est nécessaire d'obtenir le consensus. La loi montagne est transversale, elle aborde beaucoup de sujets. Si la contribution de l'Anem(2) a été importante, il existe d'autres associations et d'autres partenaires, comme les chambres d'agriculture, qui ont été contributeurs. »

Propos recueillis par Isabelle Doucet

(1) PLUI : plan local d'urbanisme intercommunal.
(2) Anem : Association nationale des élus de montagne.