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Elevage en agriculture bio

La place du maïs en bovin lait biologique

Dans un projet de conversion à l’agriculture biologique, le maintien ou non du maïs dans la rotation pose souvent question compte tenu des différentes contraintes liées à cette culture. Explications.
La place du maïs en bovin lait biologique

La possibilité de maintenir le maïs en système bovin lait en agriculture biologique est un vrai plus. Mais les conditions de réussite doivent être au rendez-vous pour assurer la rentabilité de ce choix. Sa présence permet aussi de « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». En cas de sécheresse de printemps, les systèmes herbagers très sensibles peuvent, avec le maïs, parier sur la deuxième partie de saison pour essayer de sécuriser leurs stocks. La présence du maïs dans la ration permet d'assurer un niveau de production des vaches laitières. Le limiter à une tonne de MS/ VL/an est raisonnable pour éviter d'avoir à complémenter avec des protéines onéreuses en agriculture biologique. Le parcellaire doit offrir des sols propices à sa culture, des terres à bon potentiel avec peu de dénivelé pour le passage de la bineuse.

Observations dans les fermes de référence

Les chambres d'agriculture suivent des fermes de référence en Rhône-Alpes et ont pu tirer des observations. La présence du maïs donne plus de robustesse aux stocks fourragers. Après une conversion en agriculture biologique (AB), la composition des stocks se modifie dans les fermes qui maintiennent du maïs ensilage dans leur système fourrager. En phase de conversion, le maïs ensilage représente en moyenne 1,2 t de MS/VL (entre 0,4 et 3,2 t de MS/VL) sur 6 exploitations. En conduite AB, il passe à 1 t de MS/VL (entre 0,7 et 1,6 t de MS/VL) sur 4 exploitations. En moyenne, les exploitations ont diminué leur surface en maïs de trois ha. Plus précisément, il est constaté que les fermes qui produisaient peu de maïs en conversion l'ont abandonné pour cultiver davantage de PME (prairies multi-espèces) et celles qui en produisaient beaucoup ont réduit sa part dans les rations afin de limiter les achats de concentrés azotés, quitte à produire moins de lait.

Charge de travail

Le désherbage mécanique exige beaucoup d'observations et de la réactivité d'intervention à une période où l'exploitation de l'herbe est tout aussi stratégique pour stocker le plus de PDI possible. Les herses étrilles et bineuses sont présentes en mécanisation partagée.
La prolifération de prédateurs (corbeaux, sangliers) entraîne parfois des resemis coûteux ou nécessite la pose de clôtures électriques autour des parcelles et sous lesquelles les éleveurs devront faucher l'herbe par des passages successifs de débroussailleuse portative, du fait du non-usage d'herbicide. Ainsi, l'arrêt du maïs, dans les fermes suivies en réseau de référence, se constate surtout en cas de main-d'œuvre limitée à un chauffeur pour le travail des cultures et fourrages. Il se maintient le plus souvent dans les Gaec avec deux chauffeurs au moins.

Les coûts et rendements

Le coût des semences de maïs biologique est estimé entre 250 et 260 € ha.
Les petites parcelles mal découpées sont très consommatrices de temps de travail. Les rendements en maïs sont très variables, allant de 5 à 12 t de MS/ha selon les parcelles et les années sur la même ferme. La moyenne du groupe de fermes suivies en réseau se situe à 8,5 t de MS/ha en non irrigué et en AB (consultez le tableau).

La rotation

On observe parfois une baisse des rendements en céréales, lorsque le maïs est présent, pour deux raisons : l'utilisation des terres à bon potentiel pour sa culture et la consommation de fumures organiques. La monoculture est interdite en agriculture biologique. Le maïs s'implante souvent après une prairie temporaire, car elle présente l'intérêt de restituer de l'azote à cette culture exigeante et de laisser un sol propre. Certains éleveurs réalisent sur une partie de ces surfaces un ensilage d'herbe ou de céréales immatures avant le semis de maïs. Afin de limiter le salissement, l'épuisement et la déstructuration des sols, il est préférable de respecter un délai de retour de la culture d'au minimum 5 ans dans la rotation. La mise en place de rotations adaptées est indispensable pour la réussite. S'il est implanté derrière une céréale, il peut être intéressant de semer un engrais vert à base de légumineuses fourragères en interculture, voire un semis sous couvert de céréales. Compte tenu des contraintes de cette culture en agriculture biologique, certains éleveurs ont fait le choix de le supprimer en achetant ou non du maïs épis pour équilibrer leur ration. Globalement les exploitations qui ont gardé du maïs ont une production de lait/ha SFP supérieure aux exploitations du même secteur pédoclimatique. Le maïs est un atout supplémentaire pour réussir une conversion mais cela demande d'avoir un parcellaire adapté, une disponibilité de la main-d'œuvre au bon moment et un potentiel de rendement suffisant.

Jean-Pierre Monier, chambre d'agriculture de la Loire - Référent technique
régional lait bio

 

La filière laitière biologique / L’année 2015 a vu deux événements majeurs pour la filière laitière : l’arrêt des quotas laitiers au 1er avril suivi d’une crise laitière marquée ; et une forte demande en lait biologique notamment de la part des deux plus gros collecteurs de Rhône-Alpes (Soodial et Violait SAS).

Des opportunités à saisir ?

Cette concordance d’événements incite de nombreux producteurs de lait conventionnel à se tourner vers l’agriculture biologique afin de trouver une meilleure valorisation de leur lait et de sortir de la crise laitière.Cependant, décider de convertir son élevage à l’agriculture biologique ne doit pas se faire à la légère. Cela demande de prendre du recul sur ses pratiques actuelles et d’analyser objectivement ses résultats. Un accompagnement dans cette démarche de réflexion est primordial pour permettre à l’éleveur de prendre la bonne décision : convertir ou pas son élevage à l’AB. En aucun cas il ne faut partir « bille en tête » en AB. De grands changements de système peuvent être nécessaires pour assurer la faisabilité d’une conversion.Un accompagnement qui a fait ses preuvesLes Gab (groupements d’agriculteurs biologiques) et les chambres d’agriculture ont mis en place un accompagnement sérieux et efficace pour aider les éleveurs dans leur prise de décision. Pour décider d’engager son élevage en conversion vers l’agriculture biologique, il faut tout d’abord se renseigner sur les bases de l’agriculture biologique : définition, historique, valeurs, principes de bases mais aussi règlement européen, marché du lait biologique et filières bio, gestion de la conversion, démarches administratives et aides. Pour cela, le plus simple et efficace est de suivre une formation d’initiation à l’agriculture biologique. Cette formation permet, en plus de lever des freins psycho-sociologiques, de faire le point sur ses motivations, ses objectifs, de commencer à mesurer la marche à franchir pour adapter son système à l’agriculture biologique.Ensuite, un diagnostic de conversion peut être demandé. Il s’agit d’une étude individuelle qui prend en compte la situation actuelle et les objectifs de(s) l’éleveur(s). Il est généralement réalisé par un binôme de conseillers (Gab + chambre d’agriculture) qui, à l’issue du diagnostic, donnent leur avis sur le projet de conversion.Informer sa laiterieEn parallèle, l’éleveur doit contacter sa laiterie, l’informer de sa démarche de réflexion et lui demander si elle souhaite le collecter en AB. Si ce n’est pas le cas, il pourra contacter une entreprise qui recherche de nouveaux producteurs biologiques. La conversion vers l’agriculture biologique nécessite un temps de réflexion suffisant qu’il est indispensable de prendre en période de crise, surtout quand les trésoreries sont tendues et les systèmes de production intensifs. Une conversion mal préparée peut être catastrophique et précipiter plus rapidement encore l’exploitation dans une situation difficilement surmontable. nMarianne Philit- Ardab chargée de mission élevage laitier biologique Si la conversion vers l’AB vous intéresse, vous pouvez vous renseigner auprès des Gab et de votre chambre d’agriculture.