La prédation préoccupe et occupe l'Adem
L'Adem de la Drôme agit en faveur du pastoralisme en déployant différentes actions, dont certaines avec des partenaires. Ses techniciens - Dominique Narboux, Fabien Candy, Marie Cabrol et Clarisse Amiotte - se sont relayés pour en faire état. Mais, « malheureusement, beaucoup de ces actions sont désormais induites par la prédation. En 2018, une nouvelle fois, l'équivalent de trois troupeaux moyens drômois ont été rayés de la carte », a déploré le président de cette association, Philippe Cahn, en assemblée générale le 12 avril à Die. Le bilan est de 163 attaques de loups en Drôme l'an passé.
Les attaques de loups
Quelles sont les conséquences de la prédation ? L'Adem et la chambre d'agriculture (avec l'aide de la Région) ont conduit une étude sur son impact économique, territorial, environnemental et humain. Sa restitution est prévue le 21 mai à Sahune, a informé son président. Pour savoir si le GPS peut aider les éleveurs, l'Adem, la chambre d'agriculture et la FDO (avec le soutien du Département) projettent d'étudier le déplacement de brebis et le comportement de chiens de protection en les équipant de balises (sur trois troupeaux). Au plan régional, il y a Map Loup : en lien avec les DDT, l'Adem ainsi que les services pastoraux de l'Isère et de Savoie tiennent à jour une carte interactive des attaques de loups. L'objectif final serait l'envoi d'alertes (SMS) aux éleveurs et bergers en faisant la demande dans un périmètre restreint. Le sous-préfet de Die, Patrick Bouzillard, a appelé à la vigilance quant à la maîtrise de la transmission des données. Et la députée Célia de Lavergne a trouvé le dispositif intéressant « même si des précautions sont à prendre ».
Plus de loups pourront être prélevés cette année. Mais cela ne réglera pas le problème. « Les chercheurs de l'Inra disent qu'il faut faire peur aux loups, les dissuader d'attaquer les troupeaux », a noté le président de l'Adem. Pour lui comme pour Nathalie Gravier, élue chambre d'agriculture, « l'éleveur doit être remis au cœur du dispositif ». La députée a signalé que venait d'être créé, à l'Assemblée nationale, un groupe d'étude sur le pastoralisme « pour mieux le faire connaître car la population n'a pas conscience de la réalité du terrain et des services qu'il rend ».
Changement climatique et foncier

Comme préoccupation, le président de l'Adem a encore évoqué le changement climatique et la nécessité d'anticiper les évolutions des pratiques pastorales qu'il engendre. En ce domaine, les « alpages sentinelles » drômois de Jocou et Darbounouse font l'objet d'un suivi annuel depuis 2012. Philippe Kahn a aussi soulevé la problématique du foncier et notamment « la mise sous cloche » de propriétés. Sur le Vercors Ouest, une association (10 000 membres) est en train de finaliser l'acquisition de 490 hectares pour en faire une réserve de vie sauvage. « Il n'y a pas d'outils pour empêcher cette cession, a expliqué le sous-préfet. Les services de l'Etat ont rencontré les dirigeants de l'association pour leur rappeler la réglementation. S'ils ne souhaitent pas que la chasse y soit pratiquée, c'est possible, la loi le prévoit. Mais il faut une clôture hermétique. » 243 hectares de la montagne de Miélandre sont aussi visés pour un autre projet de ce type. « La plus grande vigilance s'impose, a confié Philippe Cahn. Je profite de la présence d'élus pour dire que nous devons tous nous poser, collectivement, la question de l'avenir que nous voulons pour nos territoires, notamment les plus fragiles. Dans ceux considérés comme un peu désertiques, il y a quand même des activités humaines : le pastoralisme y figure en bonne place mais il y a aussi d'autres activités, même de loisirs (randonnée, chasse...). A l'Adem, nous nous sommes toujours battus pour que cela puisse continuer d'exister. »
PPT, AFP, GPGC, CP...
Parmi ses missions, en 2018, l'Adem a poursuivi son appui aux plans pastoraux territoriaux (PPT). Celui du Royans-Vercors et contreforts a redémarré avec plusieurs projets dès la première année, essentiellement pour l'abreuvement. Et il portera la fête de la transhumance 2019. Pour la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors, un deuxième PPT a été déposé fin 2018. Les autres PPT - Vallée de la Drôme, Diois, Bassin de Montélimar et Baronnies provençales - « restent actifs ». En termes d'amélioration de l'utilisation des surfaces pastorales, l'Adem, accompagne la réalisation d'équipements. A noter encore, une nouvelle association foncière pastorale (AFP) en née en 2018 à Villeperdix, couvrant 337 hectares et concernant 45 propriétaires. Elle permettra l'installation d'une exploitation (brebis laitières) et des travaux d'aménagements pastoraux. Quant aux groupements pastoraux à gestion concertée (GPGC), ils sont progressivement transformés en collectifs pastoraux (CP) ; 13 l'ont été en 2018.
Annie Laurie
Repères
Domaines d'intervention de l'Adem : vie des GP, CP et AFP, structuration foncière, équipements et aménagements pastoraux, expertises, études, veille technique et prédation, formation, emploi de bergers, gestion de la location de la cabane mobile du parc naturel régional des Baronnies provençales, accompagnement Pac et mesures agro-environnementales, communication auprès du grand public, animation de l'Association française du pastoralisme...
Equipements pastoraux : 571 531 € de travaux déposés (74 dossiers) dans la Drôme en 2018. Et 382 650 € de subventions (Europe, Région, Département) dont 45 % à des aménagements pour l'abreuvement des troupeaux, 22 % pour des clôtures, 13 % pour la gestion des milieux.
