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Ruralité

"La réforme territoriale obéit à une logique urbaine et technocratique"

Malgré un a priori favorable de l'ensemble de la classe politique, la ruralité ne bénéficie pas de politiques adaptées pour permettre l'égal accès des populations rurales aux services publics. C'est en tout cas le sentiment d'élus présents lors d'un débat du "groupe monde rural".
"La réforme territoriale obéit à une logique urbaine et technocratique"

Les politiques de droite ou de gauche n'ont jamais concrétisé leur discours en faveur de la ruralité. Le "groupe monde rural", présidé par Daniel Prieur, par ailleurs secrétaire général adjoint de la FNSEA, en a en fait une nouvelle fois le constat lors du débat organisé, le 9 juin à la FNSEA, sur le thème « Quelles réponses des territoires ruraux face aux nouveaux défis de la ruralité ». C'est notamment l'avis de Vanick Berbérian, maire de Gargilesse-Dampierre dans l'Indre et président de l'Association des maires ruraux de France (AMRF). « On nous joue de la mandoline sur les territoires ruraux ». Politiques comme socio-professionnels déplorent, en effet, qu'aucune politique ne soit parvenue à mettre un terme à la disparition des services publics (santé, écoles, transports), à résoudre la fracture numérique et à redonner de l'attractivité économique aux zones rurales. « Les agriculteurs sont les plus concernés par le devenir du monde rural qui fait figure de parent pauvre », s'inquiète Henri Biès-Péré, représentant la FNSEA au Groupe monde rural.

Une idéalisation bucolique qui pose problème

Certes, les politiques en faveur de la ruralité en sont restés au stade du discours, mais les élus pointent aussi la responsabilité d'un certain nombre d'habitants, qui perçoivent les espaces ruraux comme des territoires figés, qu'il faut soustraire au développement économique. C'est l'avis de Vanick Berbérian : « Il y a un a priori positif (ndlr pour la ruralité). Mais il y a aussi de la nostalgie que nous traînons comme un boulet », a-t-il déclaré. Sentiment partagé par Françoise Gatel, sénatrice UDI d'Ille-et-Vilaine. « Les gens sont nostalgiques d'un monde qu'ils n'ont pas connu et il y a une idéalisation bucolique qui pose problème », notamment chez les néoruraux qui ne considèrent pas les territoires ruraux comme des zones d'activité économique, déplore-t-elle. « Comment fait-on de la cohabitation avec des gens qui viennent de la ville et qui trouvent gênant la présence des vaches », ajoute-t-elle. « On met les territoires ruraux sous cloche », a déploré un participant au débat, en multipliant les contraintes et les zonages qui brident l'activité économique en zone rurale. Pourtant tout le monde est bien d'accord qu'il faut éviter les concentrations urbaines « qui sont violentes et agressives ». Les uns et les autres insistent sur des politiques complémentaires, associant villes et campagnes et non pas pour des politiques de la ville d'une part et des politiques rurales d'autre part qui s'ignorent. « Nous devons jouer la complémentarité entre ville et campagne. On ne peut continuer à concentrer des populations en ville. Il y a des réciprocités à inventer pour éviter la concentration urbaine », plaide Alain Calmette, député PS du Cantal.

Représentation des territoires

Alors la nouvelle loi NOTRe sur l'organisation territoriale, en discussion au Parlement, permettra-t-elle de corriger le tir ? Non répond sans ambigüité, Vanick Berbérian : « la réforme territoriale est inspirée par une vision urbaine et technocratique ». « Est-ce que c'est l'urbain qui va imaginer le bonheur des ruraux ?», redoute Rachel Paillard, maire de Bouzy dans la Marne et conseillère régionale de Champagne-Ardenne, à propos de cette loi. Alain Calmette, député PS du Cantal, se veut plus nuancé en soulignant que ce n'est pas l'organisation territoriale qui peut tout faire. « L'organisation actuelle n'a pas empêché le déclin des territoires. Les services publics en milieu rural ont suivi la pente de la démographie. L'impact de la réforme est important, mais pas obligatoire », observe-t-il. Tout en soulignant que le renforcement des intercommunalités dans la loi NOTRe est « la chance des communes », en matière de santé, d'éducation et de maintien des services publics à la campagne.

Pas de quoi cependant lever les inquiétudes des ruraux. « Les décisions prises ne vont pas dans le sens du monde rural. Où va-t-on retrouver des élus ruraux pour porter la voix des ruraux ?», s'interroge Henri Biès-Péré. Quand on sait par exemple que le Cantal, département rural par excellence, n'aura que quatre élus dans la grande région associant l'Auvergne et Rhône-Alpes. Même si Marc-Etienne Pinauldt, directeur du Commissariat général à l'égalité des territoires, se veut rassurant en rappelant les dernières mesures annoncées par Manuel Valls en mars dernier : la disparition des zones blanches en matière de téléphonie mobile, d'ici la fin 2016, la couverture de la totalité du territoire d'ici mi-2017, la création de 200 maisons de santé supplémentaires en plus des 1 000 déjà prévues et l'accélération de la mise en place des 1 000 maisons de service publics en 2016, au lieu de 2017 initialement programmée.

Au bout du compte, face aux difficultés à prendre en compte les attentes du monde rural, ne faudrait-il pas associer à la représentation démocratique, « un scrutin complémentaire représentant les territoires », comme le propose Daniel Prieur, le président du Groupe monde rural, pour que les politiques publiques ne se concentrent pas uniquement sur la démographie.