La sécheresse et ses conséquences pour les exploitations
Près de 20 % du territoire métropolitain est concerné par des « mesures de limitation ou de suspension des usages de l'eau » (contre 4 % en 2018), a indiqué le ministère de la Transition écologique fin août. Ce bilan a été communiqué à l'issue d'une réunion du Comité de suivi hydrologique autour de la secrétaire d'État, Emmanuelle Wargon. « La pression sur la ressource en eau s'accentue », commente le ministère, qui pointe du doigt la situation du centre de la France, où la « sécheresse des sols est particulièrement sévère » et les niveaux des nappes « particulièrement bas ». Selon le ministère, 41 départements ont pris, ces dernières semaines, des « arrêtés de crise imposant l'arrêt des prélèvements d'eau non prioritaires » (dont l'irrigation), afin de « préserver les usages prioritaires ».
Des prairies à la peine
Ce manque d'eau a réduit la pousse des prairies permanentes françaises selon Agreste. Elle accuse un déficit de 18 % par rapport à la valeur de référence (1982-2009) à la fin août. Une aggravation par rapport aux chiffres du 20 juillet (- 11 %), à mettre sur le compte des « conditions climatiques exceptionnelles (deuxième épisode caniculaire fin juillet suivi de faibles précipitations en août) ». « Plus des deux tiers des régions fourragères sont maintenant déficitaires et 23 % présentent un déficit important », précise le service de statistique du ministère de l'Agriculture. La région Auvergne-Rhône-Alpes est « la plus affectée par les conditions climatiques », la Bourgogne-Franche-Comté et le Centre-Val de Loire affichent des déficits pouvant dépasser les 75 %. Seule la façade Ouest est relativement épargnée. En Aquitaine, la pousse de l'herbe est excédentaire par rapport à la valeur de référence.
Une sécheresse qui coûte cher
L'assureur Groupama a ainsi annoncé début septembre que la sécheresse a provoqué au moins 55 millions d'euros de dégâts toutes cultures confondues chez ses clients. C'est déjà plus de deux fois le volume et la valeur des préjudices de la sécheresse de l'automne 2018. Groupama a reçu « plus de 14 000 déclarations » sur cette période. La sécheresse a touché les maïs « pendant les périodes de floraison », mais aussi « les cultures tardives » (pommes de terre, betteraves, localement vignes et certaines cultures d'hiver). Au-delà de cette estimation « provisoire », Groupama s'attend « à encore plus de pertes sur les maïs semences notamment ». Plus prudent sur les dommages aux prairies, Groupama observe, à fin juillet, « des zones fortement impactées par des déficits de production d'herbe ». Les régions les plus touchées, selon l'assureur : le quart Nord-Ouest et le Massif central avec « des records de pertes à 71 % sur des contrats en Rhône-Alpes ».
Vers un stockage de l'eau facilité
Le lourd préjudice subi par les agriculteurs du fait de la sécheresse n'est pas étranger à l'annonce du gouvernement d'autoriser la mise en place d'une « soixantaine » de retenues d'eau sur le territoire entre 2019 et 2022 pour mieux gérer l'irrigation des terres agricoles. Le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume, a indiqué avoir, avec le ministère de la Transition écologique, « obtenu une instruction arbitrée par le Premier ministre » pour « à nouveau faire des retenues d'eau » afin que l'agriculture « soit résiliente et puisse avancer ». D'après lui, les agriculteurs utilisent « 30 % de moins d'eau aujourd'hui qu'il y a 10 ou 15 ans » et sont toujours plus nombreux à s'engager dans la « transition agroécologique ». Ces annonces ont été saluées par la FNSEA, JA, l'APCA et Irrigants de France, dans un communiqué commun. « Dans le contexte de changement climatique que nous vivons, l'une des solutions réside bien dans le stockage de l'eau hivernale », affirment les organisations, qui ajoutent toutefois « attendre des actes ». « L'État doit mettre les moyens pour aboutir à la réalisation effective d'ouvrages de stockage d'eau », concluent-elles.
C. P.
avec Agrapresse