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Station expérimentale

« La Sefra est liquidée mais l'activité d'expérimentation sur le site se poursuit »

Après 35 années de fonctionnement à Étoile-sur-Rhône (26), la station expérimentale fruits Rhône-Alpes (Sefra) a été placée en liquidation judiciaire. Un nouveau modèle se met en place pour poursuivre des essais. Le point avec Bruno Darnaud, ancien président de la Sefra, et Régis Aubenas, élu de la chambre d'agriculture de la Drôme.

« La Sefra est liquidée mais l'activité d'expérimentation sur le site se poursuit »
©AD26
« La Sefra s'arrête mais le site d'Étoile est conservé », souligne Régis Aubenas. Un nouveau modèle se met en place pour poursuivre des essais.

Que s'est-il passé pour aboutir à la liquidation judiciaire de la Sefra ?

Bruno Darnaud : « La situation financière s'est dégradée d'année en année en raison de la baisse des crédits publics. Le financement des programmes à hauteur de 80 % s'est réduit à 40-50 % du fait de la baisse des subventions et des moyens pris en compte. Trouver 20 % d'autofinancement aurait été possible mais davantage non. S'ajoutent 300 000 euros d'aides d’État non versées sur des dossiers remontant à trois ans, ce qui a considérablement dégradé la trésorerie de la structure. De plus, plusieurs audits ont montré que sur un budget global de 900 000 euros, on aboutissait à un déficit structurel du résultat de 120 000 à 130 000 euros. D'où l'ouverture d'une procédure de liquidation judiciaire prononcée par le tribunal judiciaire de Valence le 2 juillet. »

Que va-t-il se passer désormais ?

Régis Aubenas : « Face à cette situation, la chambre d'agriculture de la Drôme a décidé de reprendre temporairement les expérimentations jugées stratégiques pour le territoire. Notamment tout ce qui concerne le végétal, à savoir les collections variétales abricots et pêches, les essais porte-greffes, le verger “comportement bio-agresseur” ainsi que le verger bio. Sur les six membres de l'équipe, la chambre d'agriculture va reprendre les deux chargés d'expérimentation ainsi qu'un agent d'exploitation.

De plus, un travail a été engagé avec les principaux metteurs en marché arboricoles de la vallée du Rhône (coopératives, expéditeurs…), l'association Fruits Plus et l'AOP pêches et abricots de France*, afin de savoir si la filière est prête à s'investir sur un projet plus durable. L'idée consiste à construire un nouveau modèle économique basé sur une maximisation des fonds professionnels complétés par des fonds publics, à l'inverse donc du modèle précédent. C'est un changement complet de paradigme. »

Quel sera le devenir du verger agrivoltaïque ?

Régis Aubenas : « Le suivi expérimental du verger est poursuivi par Sun'Agri et la chambre d'agriculture de la Drôme. Quant à l'activité de production du verger, qui était réalisée par l'équipe de la Sefra, elle est confiée à deux producteurs arboricoles, et ce de manière temporaire via la chambre d'agriculture. L'objectif étant de conserver la qualité des arbres. »

Êtes-vous confiant dans l'aboutissement du nouveau modèle ?

Régis Aubenas : « Dès lors qu'il y a eu un engagement des opérateurs de la filière et de Fruits Plus**, la chambre d'agriculture a décidé de prendre les devants et de remplir ainsi sa mission consulaire. Le projet est maintenant à construire. D'autres partenaires sont prêts à y entrer, comme le CTIFL. La Sefra s'arrête mais le site d'Étoile est conservé. L'activité d'expérimentation continue et continuera sur le site. Je pense que nous aurons un modèle beaucoup plus robuste qu'auparavant et peut-être même meilleur sur le transfert des connaissances vers les exploitations arboricoles. »

Propos recueillis par Christophe Ledoux

* présidée par Bruno Darnaud.

** présidée par Régis Aubenas.

La Sefra, de multiples expérimentations

La Sefra, de multiples expérimentations
©CL-AD26

Créée en 1990 sous la forme d’association loi 1901 par les chambres d’agriculture, la Sefra s'est développée sur une superficie de 25 ha, sur le site de la ferme expérimentale d'Étoile-sur-Rhône, au sud de Valence. L'évaluation du matériel végétal aux conditions climatiques et l'évaluation des performances technico-économiques de nombreuses variétés ont constitué une partie importante du programme de la station.

D’autres axes de travail ont également été développés tels que la conception d’itinéraires techniques innovants répondant au besoin de compétitivité des exploitations, la lutte contre les principaux problèmes sanitaires tout en prenant en compte les préoccupations environnementales avec l’évaluation de nouvelles stratégies et nouveaux produits principalement de bio contrôle ou encore l’optimisation de l’irrigation en verger, la diversification vers de nouvelles espèces fruitières, l’agroforesterie et l’agrivoltaïsme...

Depuis 2022, la Sefra, en partenariat avec la chambre d'agriculture de la Drôme et la société Sun'Agri, conduisait une expérimentation grandeur nature d’un verger agrivoltaïque sous panneaux pilotables.

À noter, les expositions variétales prévues cet été sont annulées.