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Anniversaire

La technique, l’Adaf la cultive depuis dix ans

L’Adaf a fêté ses dix ans d’existence à Bonlieu-sur-Roubion, du jeudi 9 au samedi 11 octobre. Pour l’occasion, l’association a organisé différentes animations, dont une matinée technique dédiée à l’agroécologie.

Par M.Eymin
La technique, l’Adaf la cultive depuis dix ans
©ME-AD26
Les matinées techniques organisées par l’Adaf vendredi 10 octobre ont réuni près de soixante personnes.

Créée en 2015, l’Adaf a su faire son trou dans la Drôme. L’association est devenue un acteur incontournable spécialisé dans l’accompagnement des agriculteurs vers des pratiques agroécologiques et agroforestières. Ainsi, pour célébrer ses dix ans, du jeudi 9 au samedi 11 octobre, l’association a tenu à valoriser ses expérimentations et ses partenaires. Vendredi 10 octobre, l’Adaf a démarré la journée avec l’organisation d’une matinée technique sur les sols vivants avec plusieurs thèmes au choix* dont les grandes cultures.

« Depuis sa création, l’Adaf a mené 250 expérimentations dans des fermes en Drôme et en Ardèche et a planté 110 000 arbres sur le territoire. Cet anniversaire était l’occasion de faire connaître nos nouveaux locaux plus adaptés à notre équipe grandissante, composée de onze salariés permanents. Un événement avec toujours les mêmes objectifs : accompagner et former les agriculteurs vers la transition agroécologique, faire connaître nos recherches dans un contexte de réchauffement climatique et sensibiliser le grand public, a déclaré Antoine Morinay Calmon, coordinateur de l’association. Sans oublier d’élargir les thématiques avec la venue de spécialistes ou encore d’artistes engagés. Nous avons réuni près de 200 personnes par jour, c’est un vrai succès. Nous essayons de créer du lien entre tous les publics et acteurs du territoire. D’ailleurs, nous en avons profité pour inaugurer notre sentier pédagogique et agroécologique "Des racines aux cimes" pour découvrir leur patrimoine arboré, la faune et la flore locale. »

Les essais en grandes cultures

Depuis 2023, l’Adaf anime un groupe dédié à l’agriculture régénérative en Drôme rhodanienne (CNR) qui réunit neuf agriculteurs drômois. C’est Tarik Zniber, agronome chargé de mission Sol Vivant en polyculture et élevage à l’Adaf, et Nicolas Courtois, technicien expert en agriculture de conservation des sols, qui accompagnent les producteurs dans leurs essais. « Souvent les agriculteurs implantent leurs couverts végétaux à partir de fin août. Semer plus tôt permet cependant d’associer plusieurs plantes par le biais de double couverts, ont expliqué les intervenants lors de la matinée technique sur les grandes cultures organisée le 10 octobre. Nous avons des étés secs, chauds et caniculaires parfois mêlés de périodes de pluies de vingt millimètres. Avec ces pluies, le couvert végétal planté en septembre ne peut pas capter tout l’azote qui risque de s’évacuer dans les nappes. Les sols peuvent perdre jusqu’à cent unités d’azote. La couverture d’été réduit la poussée de l’ambroisie, empêche la destruction des micro-organismes du sol et a aussi un effet positif sur le climat. »

Nicolas Courtois a montré aux participants la prodonfeur racinaire des couverts et la structure du sol. ©ME-AD26

Grâce à la méthode d'estimation des restitutions par les cultures intermédiaires (Merci), une mesure simple et rapide au champ, l’Adaf peut démontrer « l'intérêt agronomique, économique et environnemental des cultures intermédiaires multi-services sur le recyclage et la mise à disposition des éléments minéraux ». En guise d’introduction, Tarik Zniber prend l’exemple de Dorian, un agriculteur qui possède des parcelles à Alixan et Montélier et qui a expérimenté des couverts double semis implantés en juin et en juillet. « Sur les schémas, nous constatons que le couvert planté en juin donne plus de 2,5 tonnes de matières sèches par hectare en septembre contre 1,5 t MS/ha pour celui implanté en juillet », a indiqué le technicien. Si de nombreux agriculteurs plantent du sorgho, Nicolas Courtois et Tarik Zniber ont conseillé d’implanter aussi des légumineuses qui captent davantage d’azote. Ils ont rappelé les enjeux du rapport carbone/azote (C/N). « Plus nous avons de carbone par rapport à l’azote, plus le rapport C/N est élevé. Les bactéries du sol ont besoin d’azote, ont-ils souligné. Semer plus tôt permet d’avoir plus de biomasse à l’automne. À chaque jour perdu dans l’implantation en août, on perd trois jours de résultats en octobre. » Les intervenants préconisent aussi de semer entre cinq et sept centimètres de profondeur dans la Drôme. Selon Nicolas Courtois, « le cinq centimètres donne de meilleurs résultats lors d’une implantation en été. La profondeur, c’est la clé, pas le matériel ».

« En bio, pas le choix »

Après la théorie, direction le terrain sur la ferme de Robin Perdriolle à La Batie-Rolland. Installé depuis 2009, l’agriculteur produit en bio du maïs, du tournesol, de l’ail, des tomates, des céréales… Depuis 2018, il élève aussi des Charolaises pour valoriser ses prairies. « Je travaille depuis sept ou huit ans avec l’Adaf. Avec l’élevage, j’ai réimplanté des haies puis j’ai voulu améliorer mes couverts végétaux, augmenter mon taux d’azote et de matière organique. En bio, pas le choix. Les couverts végétaux me permettent d’être plus résilient en azote, l’hiver j’ai moins d’érosion, notamment quand il y a de grosses pluies. Pour moi, c’est un équilibre », a confié l’agriculteur. Robin Perdriolle ne sème pas ses couverts en été « car je suis trop limité pour irriguer », confie-t-il.

Installé depuis 2009 à La Batie-Rolland, Robin Perdriolle est en polyculture et élevage en techniques culturales simplifiées (TCS) bio. ©ME-AD26

Un facteur important puisque les essais menés par l’Adaf affichent des résultats très positifs lorsque les couverts sont irrigués. « En système d’élevage, ça n’est pas inintéressant niveau prix d’irriguer. Les prairies d’été permettent de faire pâturer les animaux », a fait remarquer Nicolas Courtois. Robin Perdriolle a toutefois semer fin août et début septembre après ses récoltes. « Cette année, je n’ai pas eu le temps de le faire plus tôt. J’ai priorisé mes cultures principales », a confié l’éleveur. Pour Tarik Zniber, « la question du temps est fondamentale ». Il a aussi insisté sur le fait que « pour que le couvert fonctionne, le sol doit être exempte d’adventices ».

Vesce velue et féverole

Enfin, les intervenants ont vanté les bénéfices de la vesce velue. « Elle se sème autant en été qu’en automne et elle passe bien l’hiver ». Sur une seconde parcelle, Robin Perdriolle a présenté son couvert de féverole. « Le mieux pour éviter le ray-grass est de l’associer avec des graminées », ont déclaré les techniciens. Sur des essais menés, la féverole implantée en septembre a permis d’obtenir jusqu’à onze tonnes de matières sèches avec 365 unités d’azote piégées et 160 unités restituées. « Plus le sol est rempli de matière organique, plus il minéralise et plus nous récupérons de l’azote. Dans l’idéal, il faut avoir 30 % de matière organique. C’est le Graal. Pour aller plus vite, vous pouvez tenter d’aller voir les communautés de communes pour vider les compostières », a précisé Nicolas Courtois.

L’occasion d’aborder certains partenariats déjà en place dans la Drôme. La communauté des communes Bourdeaux- Dieulefit et celle de Valence-Romans jouent déjà le jeu en permettant à des agriculteurs de récupérer les déchets verts. Finalement, les intervenants ont mis en avant la nécessité de produire localement les couverts végétaux (féverole, pois, vesce velue). « C’est difficile à faire grainer. Je suis preneur si quelqu’un y arrive », a fait savoir un agriculteur présent. 

L’Adaf a fêté ses dix ans

Des centaines de personnes ont assisté à cet anniversaire des 10 ans de l'Adaf. ©Adaf

Pour son anniversaire, l’Adaf avait vu les choses en grand. Elle a organisé trois jours d’animations du jeudi 9 au samedi 11 octobre : conférences avec l’ingénieur forestier Ernst Zürcher, l’enseignant chercheur Jean-Pierre Sarthou et l’ingénieure agronome Caroline Dumas, visites de parcelles, rencontre avec les viticulteurs du groupe « agroforesterie et sol vivant en viticulture », balades découvertes, projection de film, spectacles et concert.

* Les participants pouvaient s’inscrire gratuitement à une matinée technique sur les sols vivants en maraîchage avec les interventions d’Amandine Faury (Adaf), Esther Guillot (Inrae) et Elie Langard (EPLEFPA de Rouffach-Wintzenheim) notamment sur le projet Sefersol (Stratégies innovantes d'Entretien de la Fertilité du Sol en maraîchage biologique). Une matinée technique sur la viticulture sur sols vivants était aussi proposée avec l’Atelier paysan, Christine Forestier et Fanny Balmat (Adaf) et Agribiodrôme notamment sur le matériel agricole et le travail du rang. Enfin, les participants pouvaient opter pour la matinée technique dédiée aux grandes cultures sur sols vivants avec la visite de la ferme de Robin Perdriolle.