La transformation de l’agriculture en ligne de mire !
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Convention citoyenne pour le climat (CCC) n'a pas pris beaucoup de gants pour exprimer ses demandes en matière d'agriculture et d'alimentation. « Ce que nous mettons dans notre assiette représente 24 % de l'empreinte carbone d'un ménage. » Avec ce constat qui reste sujet à caution et qui interroge sur les 76 autres pour cent de l'empreinte carbone qui composent un ménage, le collectif de citoyens se fixe pour objectif de « réduire de 20 %, d'ici à 2030, notre consommation de viande et de produits laitiers, tout en augmentant la part des fruits et légumes, des légumes secs et de céréales ». Les 150 personnes tirées au sort (lire encadré), les « Conventionnels », proposent aussi de « passer à un choix quotidien dans les self-services à partir de 2022 et inciter la restauration collective à un menu unique et à développer des menus végétariens », en oubliant que des restaurateurs collectifs appliquent déjà ce choix culinaire dans nombre de leurs self-services. L'objectif est d'ailleurs de « garantir une alimentation moins animale et plus végétale ».
Agroécologie
Poussant le bouchon écologique encore plus loin, la CCC entend « transformer l'agriculture française en réduisant ses émissions de gaz à effets de serre (GES) et les pesticides » car le secteur agricole « représente 36 % des GES de la France ». Là encore les chiffres semblent sujets à caution puisque selon le Service de la donnée et des études statistiques (SDES) qui dépend du ministère de la Transition écologique, l'agriculture ne « contribue » aux GES qu'à hauteur de 16,4 % ! Un taux qui descend à 10 % sur le plan européen. Qu'importe. Sur la foi de leurs chiffres, les Conventionnels proposent « l'objectif très ambitieux de 50 % de terres en agroécologie (...) en 2040 », parce que c'est « une pratique plus respectueuse de l'environnement ». Or ce concept d'agroécologie nécessite de solides connaissances agronomiques, et les revenus ne sont pas toujours au rendez-vous.
La Pac comme levier
Le pendant de cette « agroécologie » est la diminution de « 50 % d'ici à 2025 » des produits phytosanitaires, l'interdiction « dès maintenant » des produits CMR1 et d'interdire en 2035 « les pesticides les plus [dommageables] pour l'environnement », sans préciser lesquels !
De même, la Convention propose d'interdire les « auxiliaires technologiques ou de production »2 ainsi que les graines génétiquement modifiées d'ici 2025. Pour « faire muter notre agricul-
ture pour en faire une agriculture durable », les 150 Conventionnels entendent miser sur l'enseignement agricole et utiliser les aides de la Pac comme levier. Toutes les propositions de la Convention ne devraient pas être retenues (lire encadré ci-dessous). Et les interrogations sont nombreuses :
la France sera-t-elle le seul pays à s'inscrire dans cette démarche ? Que feront les autres pays de l'Union européenne ? Si ces derniers devaient s'inscrire dans cette démarche, que feraient notamment les États-Unis, la Chine, le Mercosur ? S'engouffreraient-ils dans cette voie de l'agroécologie ? Rien n'est moins sûr.
C. S.
1. Produits cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction (liste disponible en cliquant ici)
2. Colorants, etc.