" La volonté de clarification des compétences a échoué "
Un taux d'abstention record, plus de 50 % est annoncé lors des élections des 6 et 13 décembre, comment l'analysez-vous ?
C. S : « Il est difficile de commenter quelque chose qui ne s'est pas encore passé. Néanmoins, la science politique nous enseigne une chose : plus une élection concerne un territoire étroit et une population restreinte, plus la participation est forte. C'est le cas des municipales où la participation est supérieure aux régionales. Et lors de ces élections municipales, le taux de participation dans les zones rurales atteint 80 % contre seulement 55 % dans les villes. Il sera intéressant d'analyser l'évolution de la participation dans les grandes régions. Est-ce que la participation sera plus élevée dans les régions qui n'évoluent pas comme le Centre par rapport à celles qu'ils se sont largement agrandies comme Aquitaine Limousin Poitou-Charentes ? »
Une des volontés affichées de la réforme territoriale était de faire des économies d'échelle. Est-ce que ces régions plus grandes vont le permettre ?
C. S : « Le gouvernement a refusé de faire une étude d'impact sur le sujet. Maintenant la Commission européenne écrit qu'il y a un risque réel de hausse des budgets à court terme du fait des fusions et que cela entraînera des contraintes budgétaires pour les collectivités et pénalisera les investissements. La rationalisation des coûts, c'est une très bonne idée. On part du principe que plus on est gros, plus on est efficace. Mutualiser des moyens matériels ou humains, c'est facile en zone urbaine, du fait de la proximité. Mais dans les territoires ruraux, c'est beaucoup plus compliqué. »
Êtes-vous inquiet de l'avenir de la ruralité au sein des grandes régions ?
C. S : « Nous n'avons pas de crainte mais des interrogations légitimes sur l'avenir des territoires ruraux. Comment seront-ils pris en compte ? Dans ce but, l'association des maires ruraux a d'ailleurs envoyé un questionnaire aux candidats aux régionales. Avec des demandes très concrètes comme : « Comment allez-vous simplifier les dispositifs qui font que la France est parmi les plus mauvaises élèves en termes de consommation des crédits destinés aux territoires ruraux du fait d'une organisation administrative pénalisante ? ou encore « Quelles seront vos actions précises et le calendrier d'investissement pour accélérer le déploiement du très haut débit partout sur le territoire régional compte tenu de la compétence nouvelle " aménagement numérique " dédiée aux régions ? » Notre interrogation, c'est : comment l'outil qu'est le conseil régional prendra mieux en compte le sentiment d'abandon ressenti par les territoires ruraux ? C'est bien que les élus rappellent que le territoire est d'abord rural mais les actes, c'est mieux. Quand on regarde les listes de candidats, on se rend compte que les territoires ruraux ne sont pas suffisamment représentés. »
Le partage des compétences des collectivités imaginé dans la loi NOTRe reste flou. C'est aussi votre avis ?
C. S : « Ce n'est pas la peine d'en rajouter. La clarification des compétences est un échec flagrant. Aujourd'hui on a confié des compétences à la Région qui a la possibilité de les déléguer notamment aux conseils départementaux, pour les transports scolaires par exemple. Si on prend la culture, la Région est active, les Départements le sont aussi, sans oublier les communes et les intercommunalités. La fête des Lumières ne deviendra pas compétence régionale. Ce qui est sûr, c'est qu'on n'a pas gagné en clarification pour les électeurs. »