Lait de chèvre : trouver huit millions de litres
Des laiteries cherchent du lait de chèvre. Les territoires des comités d'actions et de progrès (Cap) Drôme des collines et Royans Vercors Bourg-de-Péage sont concernés. Des Cap mis en place par la chambre d'agriculture et présentés le 3 mars à Saint Donat (voir en pages 2 et 3 de l'Agriculture Drômoise du 12 mars). « La production caprine est donc ressortie comme l'une des priorités de ces territoires, explique Céline Ferlay, membre de la compagnie consulaire en charge de la filière caprine. Nos objectifs sont de motiver des installations ou des agrandissements d'ateliers caprins lait et de les accompagner. Pour montrer qu'il est possible de produire plus par différents moyens, nous avons organisé une demi-journée sur la filière le 10 mars à Rochefort-Samson en partenariat avec Valcrest. »

Un challenge
L'union Valcrest, dont fait partie Valsud (ex-coopérative laitière de Crest et ex-Caprilac), collecte 13 à 15 millions de litres de lait de chèvre (sur 140 exploitations). Aujourd'hui, elle cherche huit millions de litres supplémentaires (en AOP picodon et conventionnel) d'ici 2020 sur sa zone de collecte actuelle. « Huit millions de litres, c'est une perspective dont nous sommes sûrs », a indiqué le directeur de Valcrest, Pierre Degabriel, le 10 mars. « Atteindre ce litrage est un challenge, un défi à relever pour assurer la pérennité de nos sites et l'avenir de la production en Rhône-Alpes », a noté Xavier Goy, le président de Valsud.
Ce supplément de litres ne pourra pas être produit qu'avec des installations, a fait remarquer Jean-Pierre Manteaux, conseiller élevage à la chambre d'agriculture. Cela passera aussi par la création de nouveaux ateliers dans des exploitations voulant se diversifier et l'agrandissement de troupeaux existants.
Un plan de relance
Valcrest a décidé de soutenir les nouveaux producteurs avec un plan de relance. La première mesure est une garantie de 95 % du prix 2014 pendant cinq ans pour ceux qui se sont installés depuis le 1er janvier 2014. S'ajoute une bonification du prix aux 1 000 litres de vingt euros la première année, dix la deuxième et cinq la troisième. Viendra en complément une aide à l'acquisition et l'élevage de chevrettes issues d'un troupeau adhérent au contrôle laitier et, en plus, inscrit à Capgènes ou à 800 litres par chèvre. « Un coup de pouce pour démarrer sur les meilleures bases », a observé Xavier Goy. A ceux qui créeront leur atelier, sera proposé de désaisonner les mises bas. Et si une crise survient avant 2020 ? « Eurial respectera ses engagements, a assuré Xavier Goy. Le groupe a fortement enrichi la qualité de son catalogue avec nos produits, ses commerciaux sont confiants. Je crois au développement du picodon. Eurial joue le jeu. A nous de relever les manches pour y arriver. » A la réunion Cap du 3 mars, le président de Valcrest, Pierre-Jo Aufranc, avait déjà dit : « La filière caprine doit se prendre en main. Elle doit s'imposer comme une filière qui a de l'avenir. Il en va aussi de nos usines et de tout ce qui gravite autour ». Il avait également estimé que des progrès restaient à faire dans les élevages, en termes de technicité.
Des facteurs de réussite
S'appuyant sur les suivis de fermes de référence, Anne Eyme-Gundlach, conseillère en élevage caprin à la chambre d'agriculture, a présenté trois systèmes caprins laitiers : tous désaisonnés, deux en zone de plaine, mais l'un en AOP picodon et l'autre avec ensilage de maïs, et le troisième sur le Vercors. « Des systèmes cohérents, productifs et adaptés au contexte », a-t-elle souligné. Et elle a mis l'accent sur des facteurs de réussite : des bâtiments fonctionnels, une salle de traite adaptée, distribution de l'aliment mécanisé (si possible), une autonomie fourragère maximisée, du foin de qualité, le renouvellement du cheptel, la maîtrise du coût alimentaire. « Celui qui double son troupeau doit faire évoluer son bâtiment, sinon ce n'est pas possible », a remarqué Jean-Pierre Royannez, vice-président de la chambre d'agriculture. C'est ce qu'ont décidé Christine Grand et Sylvain Vachier, dont l'élevage a ensuite été visité (voir article ci-...).
Annie Laurie
Initiative / Un groupe de travail est en projet pour accompagner l'agrandissement d'ateliers caprins et la création d'autres. Céline Ferlay, élue chambre d'agriculture en charge de la filière caprine, nous en dit plus.Avancer en groupe
« Les laiteries demandent du lait de chèvre et le prix a été réévalué depuis deux ans, même s'il ne satisfait pas tous les producteurs en raison des charges, souligne Céline Ferlay. Je pense que c'est une opportunité pour l'agriculture. C'est pourquoi nous voulons créer un groupe de travail. Il sera ouvert à tous ceux qui veulent se lancer dans l'élevage caprin ou agrandir leur troupeau. L'objectif est de les accompagner sur dix-huit mois.La première journée de travail, le 23 avril, sera dédiée aux fourrages. Le groupe choisira les thématiques à aborder par la suite. Elles pourront être variées : sanitaire, organisation du travail, autonomie alimentaire, traite, gestion des mises bas dans un troupeau important... Pourront intervenir, selon les sujets, le GDS, Drôme Conseil Elevage, le conseiller bâtiment de la chambre d'agriculture... Les formations seront financées par Vivéa. Le calendrier des journées sera fixé par le groupe, en dehors des périodes de travail intense dans les élevages. Ceux qui veulent plus d'informations peuvent contacter, à la chambre d'agriculture, Anne Eyme-Gundlach, conseillère caprins (au 06 22 42 53 92 ou 04 75 76 85 99), ou Jean-Pierre Manteaux, animateur de l'antenne de Romans (au 06 22 42 53 88 ou 04 75 70 69 34). »
