Le bras de fer se poursuit avec les industriels
Malgré les pressions du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, Bigard et Cooperl ont maintenu leur boycott du marché du porc breton, le 13 août. Le marché n'a pas eu lieu et aucune cotation n'a pu être établie. Dans un long communiqué, la Cooperl a justifié la suspension de ses achats en expliquant qu'elle « ne pouvait assurer sa pérennité et celle de ses éleveurs adhérents » en finançant « un cours politique pour soutenir la production porcine française ». Elle indique également qu'elle va se recentrer sur la valorisation des porcs de ses adhérents, car « elle augmente ses pertes chaque fois qu'elle achète des porcs au Marché du porc breton ». A 1,40 €/kg, le différentiel est de 0,28 €/kg avec les cours allemands et 0,38 €/kg avec les cours hollandais, indique-t-elle, expliquant qu'elle perd 0,35 €/kg pour chaque kilo vendu à l'export, sachant que 35 % de la viande commercialisée par la coopérative va à l'export.
Le ministre de l'Agriculture ne désespérait pas toutefois de faire revenir les deux opérateurs à de meilleurs sentiments dans les jours qui viennent, le dialogue n'ayant pas été interrompu. Même s'il maintient sa non participation au cadran breton, Bigard s'est engagé à poursuivre ses achats habituels, soit 90 000 porcs par semaine.
Dégagement du marché
Mais le ministre a surtout insisté, lors d'une conférence de presse le 13 août sur sa stratégie de sortie de crise en reprenant d'ailleurs les principales recommandations du rapport Berger de 2013. A savoir la mise en place de nouvelles formes de commercialisation des porcs, privilégiant l'approche contractuelle pour sécuriser l'écoulement de la production des éleveurs. Ainsi a-t-il annoncé « la mise en place d'avantages fiscaux pour ceux qui s'engagent dans la contractualisation ». Il a également insisté sur la mise en avant du porc français dans la grande distribution, associé à un renforcement du cahier des charges et qui permettrait d'accorder quelques centimes additionnels aux éleveurs. Le ministre compte également sur l'export pour conforter la filière en mettant en place une plateforme d'exportation à l'image de ce que font nos principaux concurrents allemands, hollandais. La crise porcine sera bien entendu à l'ordre du jour du Conseil des ministres exceptionnel du 7 septembre à Bruxelles. La France défendra le maintien en stock des viandes qui ont été retirées du marché au printemps. Mais pour la FNSEA le délai est trop long. Xavier Beulin en appelle à la Commission européenne pour qu'elle prenne sans attendre des mesures de dégagement de marché.
"Sortir les éleveurs de la crise"
"La difficulté est grande", a reconnu le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, à propos de la crise du porc, vendredi matin sur Europe 1. Depuis lundi, deux des principaux acheteurs, Cooperl et Bigard/Socopa, boycottent le marché au cadran, où est établie la cotation du porc. "Mon objectif est de permettre aux producteurs de passer cette crise, qui est européenne", a assuré Stéphane Le Foll.
Alors que des éleveurs en appellent au Premier ministre Manuel Valls, Stéphane Le Foll s'est défendu : "Tant que le Premier ministre et le Président ne m'ont pas dit de quitter mon poste - et ce n'est pas le cas - je ne vais pas rentrer dans ce jeu qui consisterait, pour un certain nombre de professionnels, à aller chercher le Premier ministre pour court-circuiter le ministre. Je suis en contact avec Manuel Valls de manière régulière. Et d'assurer : "On discute, bien sûr, de manière régulière pour trouver des solutions". Le ministre de l'Agriculture tente de garder le cap : "Moi, je suis là pour avoir un objectif : sortir les éleveurs de la crise dans laquelle ils sont, les aider à passer les étapes. Et faire en sorte que tout le monde joue le jeu d'une origine française des produits, qui permette qu'on valorise mieux le prix au producteur", a-t-il insisté.