Le Brexit ferait perdre à l’UE 7 % de son agriculture
Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l'Union européenne ou quitter l'Union européenne (UE)? » : telle est la question à laquelle doivent répondre les Britanniques lors du référendum de ce 23 juin. La production agricole du pays a atteint, en 2015, 26 milliards d'euros (Mrd e), selon les données de la Commission européenne, soit 7,1 % de celle de l'UE : 9,9 % pour la production animale (32,9 % pour le secteur ovin), 5 % pour la production végétale. Elle est assurée par 185 000 exploitations (1,7 % du total de l'UE) où travaillent quelque 430 000 personnes, soit 1,2 % de l'emploi total (contre 4,7 % en moyenne dans l'UE). 22 % de ces exploitations couvrent plus de 100 hectares et 4,8 % enregistrent un chiffre d'affaires de 500 000 € ou plus (en 2013). En 2014, le soutien de la Pac au Royaume-Uni a atteint 3 Mrd € - soit 7,5 % des fonds agricoles européens dépensés cette année-là - dont 86 % pour les paiements directs, 1,1 % pour les mesures de marché (32 millions € pour les fruits et légumes, 4,5 M € pour le lait) et 12,8 % pour le développement rural.
Fort déficit des échanges agroalimentaires
Les exportations britanniques dans le secteur agricole et agroalimentaire se sont élevées en 2014 à 23 Mrd €, soit 6,3 % des ventes totales à l'étranger, dont 14 Mrd € vers les partenaires de l'UE (8 % des exportations totales sur le marché intérieur) et 9 Mrd € vers les pays non-UE (4,7 %). Dans le même temps, les importations du Royaume-Uni dans ce secteur ont atteint 50 Mrd € (9,6 % du total), dont 37 M€ en provenance du reste de l'Union (13,5 % du total des achats sur le marché intérieur) et 13 Mrd € en provenance des pays non-UE (5,3 %). Les échanges agricoles et agroalimentaires britanniques se sont ainsi soldés en 2014 par un déficit de 26 Mrd €.

Un coût commercial élevé
En cas de Brexit, le Royaume-Uni devra passer de nouveaux accords commerciaux avec l'UE et avec les nombreux pays liés à cette dernière par un accord de libre-échange, a relevé pour sa part le directeur général de l'OMC à l'occasion d'un discours prononcé le 7 juin à Londres. « Ceci entraînerait probablement des négociations. Dans l'intervalle, le commerce continuerait, mais dans des termes très différents et peut-être plus mauvais. Il est très probable qu'il coûterait plus cher au Royaume-Uni de commercer avec les mêmes marchés, a estimé Roberto Azevedo. En conséquence, les exportateurs britanniques risqueraient d'avoir à payer jusqu'à 5,6 milliards de livres (7,2 Mrd €) chaque année en droits de douane sur leurs exportations », a-t-il prévenu. Le dernier sommet du G7 (Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni, États-Unis), les 26 et 27 mai au Japon, a affirmé, dans sa déclaration finale, qu'« une sortie du Royaume-Uni de l'UE inverserait l'évolution vers des échanges et des investissements mondiaux plus importants, ainsi que les emplois qu'ils créent, et représente un risque supplémentaire sérieux pour la croissance ».
L'euroscepticisme serait renforcé au sein de l'Union
David Cameron a confirmé, le 12 juin, qu'il sortira le Royaume-Uni du marché intérieur de l'UE en cas de vote en faveur du Brexit le 23 juin. Quelques jours auparavant, le Premier ministre britannique avait souligné que, si c'est le maintien dans l'Union qui l'emporte, il ferait pression à Bruxelles pour la poursuite de la réforme de la Pac.
Pour sa part, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a estimé qu'un Brexit nourrirait l'euroscepticisme au sein de l'UE et représenterait une victoire majeure pour ses ennemis extérieurs. « Politiquement, cela encouragerait tous les anti-européens radicaux qui se trouvent dans un certain nombre d'États membres », a-t-il souligné dans une interview publiée le 13 juin par le quotidien allemand Bild, ajoutant : « De plus, si un jour les Britanniques quittent l'UE, nos ennemis extérieurs ouvriront une bouteille de champagne, nous devons tout faire pour empêcher cela ».
En cas de sortie /
Le Royaume-Uni, un pays tiers
Si le Brexit devenait réalité, le Royaume-Uni pourrait rejoindre l’Espace économique européen (EEE), qui réunit actuellement les Vingt-huit, l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein. Cette adhésion lui donnerait accès au marché intérieur de l’UE, dont il devrait respecter les règles et normes sans participer à leur élaboration. Le Royaume-Uni pourrait aussi, comme la Suisse, signer plusieurs accords sectoriels avec l’UE, conclure des accords de libre-échange avec cette dernière ou encore une union douanière, comme la Turquie. Sans accord, il deviendra, pour l’Union, un pays tiers.
Conclure de nouveaux accords
En visite en Irlande du Nord, Phil Hogan avait mis en garde, le 9 mai, contre le Brexit, soulignant que les paiements de la Pac représentent aujourd’hui 87 % des revenus des agriculteurs locaux, 53 % en moyenne dans l’ensemble du Royaume-Uni. « Il n’y a pas de garanties du Trésor » britannique de pouvoir se substituer à ce soutien, avait insisté le commissaire européen à l’agriculture, avertissant aussi que, en cas de sortie de l’UE, il faudrait au pays huit à dix ans pour conclure de nouveaux accords commerciaux avec ses ex-partenaires.