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OVINS

" Le consommateur a retrouvé le chemin de l'agneau, espérons que ça va durer "

S'il y a dix jours encore, le pire était à craindre. Force est de constater que les agneaux ont finalement trouvé preneurs, mais à des prix bien inférieurs à ceux de 2019, indiquait l'Idele le 9 avril.
" Le consommateur a retrouvé le chemin de l'agneau, espérons que ça va durer "

Grâce à la campagne d'Interbev, à l'implication de beaucoup d'opérateurs de la filière, et des grandes surfaces qui ont été sommées de mettre en avant l'agneau français, les volumes, à la veille de Pâques, se sont finalement mieux écoulés que ce qui était craint. Mais pour Philippe Chotteau, chef du département économie de l'institut de l'élevage (Idèle), « il est encore bien trop tôt pour crier victoire, a-t-il déclaré le 9 avril lors d'un webinaire (1). Les agneaux vendus sont moins nombreux qu'en 2019 et ils l'ont été à des prix bien inférieurs ». Ainsi, en semaine 14 (celle du 30 mars), les cours se sont effondrés de 35 centimes, à 6,18 euros le kilo. Du jamais vu juste avant Pâques, selon l'Idèle, alors que « l'approvisionnement des boucheries et des GMS (grandes et moyennes surfaces) n'était pas finalisé ». Pour Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine, rien ne justifie un tel décrochage, « qui a fait plonger les prix des agneaux sous signes officiels de qualité au niveau des standards ».

Des prix en net recul y compris pour les chevreaux

Alors comment l'expliquer ? « Un mouvement de panique générale semble avoir envahi les distributeurs, avec l'inquiétude de ne pas écouler leurs gigots dans le cadre du confinement où les grands repas familiaux sont limités...Il y a pu y avoir aussi une volonté de reconstitution de marges par certains acteurs », confie Philippe Chotteau. Ce souci de prix affecte aussi fortement la filière chevreau, qui a vu ses ventes reculer de 70 %. Face au nombre important d'annulations de commandes, les cotations ne connaissent donc pas la hausse saisonnière attendue, si bien que le prix actuel, de l'ordre de 2,90 euros le kilo soit - 20 % en dessous des prix « normaux », ne couvre plus les coûts d'engraissement, mettant en difficulté la filière. Au-delà des prix, la question des volumes est, selon la plupart des analystes, loin d'être résolue, et bien malin celui qui sera en capacité de faire des prévisions, ne serait-ce qu'à très brève échéance. « Certes, le consommateur a retrouvé le chemin de l'agneau, et espérons que ça va durer, mais la fermeture de boucheries halals dans les quartiers populaires, car les files d'attente y étaient trop importantes ou mal maîtrisées, est de nature à inquiéter », estime l'économiste.

Sophie Chatenet

(1) Conférence en ligne.

 

PHILIPPE BOYER /

« Vers un lissage du prix payé aux producteurs »

« Nous avons vu la crise arriver et il a fallu anticiper. Des campagnes de publicité ont été mises en place pour favoriser l'achat de viande d'agneau. Certaines coopératives ont soutenu les éleveurs pour éviter l'engorgement. Je prends l'exemple de la Copagno* qui a pris en charge l'ensemble des agneaux disponibles chez leurs éleveurs adhérents. Nous avons incité les grossistes et les grandes surfaces à congeler la viande d'origine étrangère et à écouler celle venant de notre territoire en favorisant ainsi la consommation de l'agneau français. Pour une fois, ces acteurs doivent nous rendre un service en préservant les produits français. Les prix d'achat ne sont pas les mêmes qu'à l'ordinaire. On constate de gros écarts. Aujourd'hui, l'urgence est d'abattre les agneaux pour éviter l'engraissage des agnelles. [...] A mon sens, il est important d'étaler les ventes d'agneaux sur l'ensemble des fêtes religieuses afin de lisser ce fameux pic. [...] Des coopératives ont maintenu un bon paiement des agneaux aux éleveurs qui ont toujours fait l'effort de produire des bêtes à ce moment-là. La conséquence sera un lissage du prix payé d'ici les six prochains mois pour pouvoir équilibrer leurs comptes. » 
Recueillis par Sébastien Joly
* Coopérative de 300 adhérents dans le Puy-de-Dôme, en Haute-Loire, dans l'Allier, le Cantal, la Loire, le Cher, qui commercialise environ 70 000 ovins chaque année.