Le Crédit Agricole conforte son assise
Le contexte économique a beau être rude, « peu porteur », voire « très difficile », le Crédit Agricole n'en affiche pas moins une santé solide. Présentant les résultats financiers de la caisse régionale Sud Rhône Alpes, Jean-Pierre Gaillard, son président, s'est d'ailleurs dit « plus que serein » concernant l'exercice 2014. On le comprend : le bilan est bon et la mue est en cours. Le navire rhônalpin résiste aux coups de tabac d'une économie tempétueuse dans toute la zone euro, même s'il a pu être chahuté par la « forte baisse des taux de marché qui a obéré sensiblement la rentabilité des produits de collecte réglementés ». Traduction : le livret A et le PEL ont coûté cher au Crédit Agricole (surcoût de 24 millions d'euros, soit 5 % de son chiffre d'affaires). Des pertes compensées par des gains importants, tant en termes de part de marché que d'activité (+ 11,9 % de parts sociales sur l'année) et de coûts de fonctionnement (charges en baisse de 1,3 %). De fait, si le produit net bancaire de la caisse régionale est à peu près stable (+ 0,9 % en normes IFRS*, soit 428 millions d'euros), son résultat net consolidé (résultat net part du groupe) s'élève à 125 millions d'euros, en hausse de 12,8 % par rapport à 2013, ce qui renforce ses fonds propres (1,9 milliard).
Co-constructeur du territoire
Cette bonne performance est due en grande partie à la « dynamique de l'activité commerciale », notamment dans les secteurs de l'habitat et de l'assurance. Le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes revendique un encours de collecte de 17 655 millions d'euros au 31 décembre 2014 (+ 0,9 % par rapport à l'année 2013). Parmi les succès de l'année, on notera l'engouement pour le livret sociétaire (plus de 630 millions d'euros collectés), l'assurance (52 000 nouveaux contrats « incendie, accident risques divers ») ainsi que l'assurance-vie (encours en hausse de 3,8 %). La banque enregistre également de bons résultats dans l'activité « crédit », ce qui conduit Jean-Pierre Gaillard à poser l'établissement en « co-repsonsable et co-constructeur du territoire ».
Ce rôle de soutien à l'économie locale se retrouve au travers de deux « marqueurs » : les crédits immobiliers et les crédits d'investissement. Pour les premiers, la banque, qui détient déjà 27 % de parts de marché, ne surfe pas sur la reprise du marché immobilier, qui reste atone, mais continue de grignoter le « fromage » de la renégociation (+ 0,2 % de parts de marché en 2014). Les taux étant très bas, de nombreux particuliers renégocient en effet les conditions de leur prêt immobilier, allant parfois jusqu'à quitter leur banque d'origine pour rejoindre le Crédit Agricole. La caisse régionale a ainsi vu ses encours de crédits habitat augmenter de 4,8 % en 2014 (pour un montant global de 1,2 milliard d'euros). Cette « porte d'entrée », pas forcément très rentable en elle-même, le devient à terme grâce aux services et aux produits que les conseillers parviennent à vendre à leurs nouveaux clients.
Mue technologique
Côté investissements, le Crédit Agricole Sud Rhône Alpes annonce avoir injecté 2,1 milliards de nouveaux crédits dans l'économie régionale. Parmi les secteurs les plus activement soutenus, on retrouve les crédits aux entreprises à hauteur de 309 millions d'euros (+ 22 %) et les crédits d'équipement aux agriculteurs pour un montant de 114 millions (+ 4,6 %), qui recouvrent aussi bien le financement de programmes photovoltaïques que d'importants investissements viticoles en Ardèche. Signe des temps, le soutien aux start-up est quant à lui en hausse de 26 %, mais ne représente que 3,3 millions d'euros au total. A signaler également côté innovation, le lancement d'une plateforme d'e-commerce pour aider les commerçants à vendre en ligne. Actuellement, 650 commerçants ont adopté cette solution, 350 d'entre eux se montrant très actifs.
Et pour 2015 ? Le Crédit Agricole entend conquérir de nouvelles parts de marchés en poursuivant sa mue technologique et son opération séduction en direction de ses clientèles. Cela passe par l'offre de nouveaux services (amélioration des processus, service après-vente digital, lancement réguliers de nouveaux produits, programme de fidélité, suppression de la surtaxe sur les appels entrants...) mais aussi par un changement de paradigme dans la conception même de ses agences, considérées comme autant de points d'ancrage vitaux pour le territoire (« services bancaires au quotidien » de Saint-Rambert-d'Albon, nouvelle enseigne aux Vans, espaces thématiques de Montélimar...). Un changement radical d'image qui se traduit également par la construction d'un nouveau siège social. Installé sur la presqu'île scientifique de Grenoble, le bâtiment devra « attirer de nouveaux talents », « être ouvert sur le monde économique » et « s'inscrire dans l'ère technologie ». Premier coup de pioche fin 2015 pour une ouverture au printemps 2017.
Marianne Boilève
* IFRS : normes internationales d'information financière.