Le désherbage par occultation
Le désherbage par occultation est une technique de gestion des adventices qui consiste à couvrir le sol avec un film opaque, perméable ou non, avant la mise en culture. Les graines d'adventices placées en conditions humides et sous l'influence du rayonnement solaire (augmentation de la température) lèvent puis périssent en l'absence de lumière.
La mise en œuvre
La préparation du sol en vue d'une occultation équivaut à celle d'un faux semis. L'objectif est d'obtenir un lit de semence régulier en surface afin d'optimi-
ser la germination des adventices, l'homogénéité du désherbage et une structure grumeleuse dans l'horizon sous jacent afin de limiter les risques de prise en masse et le maintien une activité biologique. Différents itinéraires et matériels peuvent être utilisés à cette fin en fonction de l'équipement et du temps disponible ainsi que des conditions pédo-climatiques : ameublissement profond (labour, rotobêche, cultivateur, cultibutte, actisol...) ; puis outil de préparation finale (cultirateau, rotavator ou autre fraise en passage très superficiel, vibroplanche, vibroculteur...).
Une préparation en planche ou en butte est généralement recherchée afin de favoriser le drainage en cas d'excès d'eau. Il faut également penser que cette configuration sera celle de la culture suivante pour n'avoir à reprendre le sol que sous certaines conditions et le plus superficiellement possible entre l'occultation et l'implantation. Après la préparation du sol, il faut pratiquer une irrigation afin que l'humidité retenue sous la bâche soit suffisante et constante pour permettre aux adventices de germer dans des conditions optimales. Puis couvrir avec le film d'occultation opaque, en prenant garde à marcher sur la planche le moins possible (zone de tassement). Cette technique peut aussi bien s'appliquer en plein champ que sous abris. La difficulté réside dans l'occupation de la surface un à deux mois avant l'implantation de culture et donc de la disponibilité de la parcelle pour la mise en place de l'occultation.
Durée de couverture
Elle sera variable selon la date de mise en place de l'occultation :
- de janvier à mars : 8 semaines (mise en culture début mars à début mai) ;
- d'avril à mi-mai : 6 puis 5 semaines (mise en culture mi-mai à mi-juin) ;
- de mi-mai à mi-septembre : 4 semaines (mise en culture mi-juin à mi-octobre) ;
- de septembre à fin d'année : occultation longue en vue d'un semis précoce (mars-avril de l'année suivante), en particulier dans des sols difficiles à reprendre en sortie d'hiver. Pour les créneaux précoces, cela implique de pouvoir reprendre son sol et de réaliser un lit de semences en fin d'hiver. Veiller à maintenir suffisamment humide les 10 premiers cm de sol, condition nécessaire à la germination des adventices.
Implantation de la culture après occultation
L'implantation peut intervenir dès le retrait de la bâche ou nécessiter un temps de ressuyage selon le contexte. L'idéal est de semer ou planter directement sans reprise de sol. Si les conditions ne sont pas favorables, le travail de sol rendu nécessaire par la prise en masse de surface devra être très superficiel (3 à 5 cm, jamais en deçà de 10 cm) afin de limiter le risque de remonter des graines d'adventices. L'opération peut être réalisée à l'aide d'une décrouteuse ou d'une herse étrille par exemple. La technique peut s'appliquer aux cultures semées (carotte, panais, oignon, épinard, radis, endive...), plantées (oignon, salade, fenouil...), aux bulbes (échalote, ail) mais aussi avant la mise en place d'une pépinière de poireaux.
Pour les semis directs, il est possible de repositionner la bâche d'occultation en post-semis/prélevée de la culture. Toutefois, il faut veiller à ce que le sol soit suffisamment humide pour permettre aux graines de la culture semée de lever dans des conditions optimum. Il pourra donc être nécessaire d'effectuer un arrosage juste après le semis et avant la remise en place des bâches. L'arrosage sur bâches perméables de jeunes semis est à éviter car très hétérogène (phénomène de percolation sur les toiles et dans les allées). Cette pratique, certes délicate car nécessitant une surveillance étroite pour découvrir à temps, apporte un gain notable sur l'efficacité du désherbage et permet surtout une amélioration de la levée de la culture (taux et homogénéité).
Selon les saisons
L'efficacité de l'occultation varie selon les saisons. Elle est maximale sur les implantations d'avril à août, plus limitée de janvier à mars (le choix d'un film thermique est primordial sur ce créneau). L'occultation est également possible en octobre pour un maintien du dispositif durant tout l'hiver. Cette configuration est cependant à réserver aux sols peu sensibles à la prise en masse. Elle peut également favoriser les campagnols.
Combinaisons possibles
L'occultation peut se combiner avec la solarisation dans les conditions qui nécessitent une optimisation de l'itinéraire technique de désherbage. Ce peut être le cas en prévision d'un semis précoce de carotte ou pour l'implantation d'une pépinière de poireau. On aura alors recours à une solarisation estivale (début août - fin septembre) suivie d'une occultation afin de maintenir propre la parcelle jusqu'à la mise en culture en sortie d'hiver. Si la parcelle est disponible l'été précédent l'occultation, il peut être intéressant d'implanter un engrais vert estival gélif, le sarrasin (Fagopyrum esculentum) par exemple, qui a la capacité de se développer rapidement et de sécréter, par ses racines, des toxines limitant le développement des adventices. Il faut toutefois veiller à ce que cet engrais vert ne monte pas à graines, générant une nouvelle flore adventice l'année suivante.
Source Sérail
Bon à savoir
Afin d’assurer la meilleure efficacité possible, voici un rappel des différents points à respecter et écueils à éviter :
• préparation de sol et du lit de semence dans les conditions les plus optimales possibles ;
• humidité du sol suffisante lors de la pose des bâches, arrosage si nécessaire ainsi qu’en cours d’occultation ;
• bon lestage des bâches ;
• prendre garde au réapport de terre non occultée sur le dessus de la planche lors du débâchage ;
• reprendre le sol le moins profondément possible pour le semis (uniquement si réelle nécessité) ;
• en cas de rabâchage en post-semis/prélevée, s’assurer d’une humidité suffisante avant la repose des bâches ;
• technique délicate en sol sensible à la prise en masse.
Le choix du film pour la pratique du désherbage par ocultation est fonction de plusieurs paramètres :
- la saison (besoin d’un effet thermique plus ou moins important pour favoriser la germination des adventices) ;
- le type sol (sensibilité à la prise en masse, sensibilité au dessèchement) ;
- l’usage unique ou la réutilisation ;
- la pose manuelle ou mécanique ;
- le dispositif d’amarrage ou de fixation au sol.
Choisir de préférence :
- des films polyéthylènes noirs pour leurs propriétés thermiques (film de paillage 20 m pour un usage unique et une pose mécanique ; film de paillage plus épais (jusqu’à 40 m) pour plusieurs utilisations et une pose manuelle ; ou bâche d’ensilage (250 m) pour utilisations multiples, pose manuelle sur grandes largeurs) ;
- de la toile hors-sol (toile tissée) pour sa perméabilité à l’eau, préférer les plus lourdes (130 g/m²) et sans quadrillage qui sont les plus résistantes.
La vétusté, de la toile hors-sol en particulier, peut engendrer une moindre efficacité. Cette toile devenant moins opaque à la lumière sous l’effet du rayonnement solaire et des intempéries. Au-delà de 5 années d’utilisation, il est préférable d’opter pour une toile plus récente. La couleur de la toile hors- sol influe sur les températures engendrées en-dessous. Il est ainsi préférable de privilégier une bâche verte même si les efficacités sont très proches au final.
La bâche d’ensilage a la particularité d’être lourde, plus résistante au vent et peut être lestée avec un arrosage, qui la plaquera au sol par ruissellement de l’eau dans les allées.
Des bâches perméables non tissées (type géotextile, feutre…) ne sont pas suffisamment thermiques et opaques pour permettre une bonne levée d’adventices et une efficacité optimale. Elles sont à proscrire.
Attention : la pose et dépose manuelle sont d’autant plus contraignantes que les dimensions de bâche sont importantes. Il faut se limiter à des largeurs de trois planches ou quatre maximum et les manipuler à deux personnes afin d’optimiser le temps de pose-dépose (prise au vent, déroulage...).